Le CSF s’attire les foudres des femmes médecins

Diane Francoeur, la présidente de la Fédération des médecins spécialistes du Québec
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Diane Francoeur, la présidente de la Fédération des médecins spécialistes du Québec

Le Conseil du statut de la femme a failli à son devoir de défendre « toutes les femmes » en appuyant le ministre Gaétan Barrette « dans son entreprise de manipulation et de dénigrement de la pratique des femmes en médecine », dénonce la présidente de la Fédération des médecins spécialistes du Québec, Diane Francoeur.

« Vous êtes en porte-à-faux par rapport à votre mandat ; vous avez échoué à votre obligation de conseiller le gouvernement sur tout sujet lié à l’égalité et au respect des droits et du statut des femmes, de toutes les femmes, écrit la Dre Francoeur dans une lettre envoyée mercredi à la présidente du Conseil du statut de la femme, Julie Miville-Dechêne. Vous n’aviez pas à choisir, à nous diviser. Vous n’aviez pas à intervenir de la sorte. Et tant qu’à venir cautionner publiquement les visées totalitaires de ce ministre, vous auriez franchement dû vous abstenir pour le bien et pour la santé de toutes les femmes du Québec. »

La présidente de la FMSQ accuse Julie Miville-Dechêne d’avoir fait des « associations boiteuses » et de ne pas s’être informée sur la réalité des femmes médecins avant d’aller témoigner en commission parlementaire. « Au lieu de vous rabattre sur des lieux communs, sur des clichés, vous auriez pu prendre le temps de nous consulter afin d’obtenir l’heure juste. En lieu et place, vous vous êtes béatement rangée du côté du ministre, en lui donnant votre bénédiction pour aller de l’avant avec sa réforme. »

Discrimination

Invitée la semaine dernière à commenter le controversé projet de loi 20, qui veut imposer des quotas aux médecins, la présidente du Conseil du statut de la femme avait reconnu que « le modèle proposé par le gouvernement pénalise davantage les femmes que les hommes médecins ». Mais l’organisme a choisi de favoriser les femmes vulnérables, qui ont besoin d’un meilleur accès aux services de première ligne, au détriment « d’un petit groupe de femmes qui disposent d’un revenu élevé », expliquait alors Julie Miville-Dechêne au ministre Barrette, qui semblait surpris de cette position.

Cette catégorisation des femmes médecins est décriée par la présidente de la Fédération des médecins spécialistes du Québec : « Pourquoi choisir sciemment de discriminer un groupe de femmes sous le seul prétexte qu’elles gagnent des revenus élevés? demande Dre Francoeur. C’est faire volontairement fi de la longue lutte des femmes pour prendre leur place au sein d’une profession largement dominée par les hommes, où les femmes n’étaient pas les bienvenues. Vous manquez cruellement de perspective. »

Diane Francoeur n’est pas la première à dénoncer la position du Conseil du statut de la femme. Au cours des derniers jours, plusieurs femmes médecins ont écrit des lettres ouvertes pour témoigner leur indignation. « Vous endossez une pratique de débit, de travail à la chaîne, et non de qualité et d’humanisme, car ce sont l’écoute, l’empathie et la prise en charge globale qui caractérisent notamment le travail des femmes médecins. Il n’y a pas de mot pour vous décrire ma tristesse et ma profonde déception de voir les droits des femmes, de mes concitoyennes, être malmenés ainsi », écrivait mercredi la médecin de famille Sylvie Dufresne dans une lettre cosignée par 46 autres femmes médecins.

À son tour, la présidente du Conseil du statut de la femme a tenu à défendre sa position dans une lettre envoyée au Devoir mercredi. « Des femmes médecins perçoivent qu’on les abandonne. Elles considèrent qu’au nom du féminisme, le Conseil devrait prendre leur parti, et non celui des patientes, écrit Julie Miville-Dechêne. Pourtant, nous avons tenté d’exposer la situation le plus honnêtement possible et nous n’avons pas rédigé un chèque en blanc au ministre pour qu’il puisse agir à sa guise. »

Elle rappelle notamment que pendant sa présentation, le Conseil a « demandé que les exigences imposées aux médecins soient levées pendant le congé de maternité d’un an et les congés de maladie » et qu’il a « mis l’accent sur la disparité salariale entre les femmes médecins et leurs collègues masculins ». Julie Miville-Dechêne a refusé de commenter davantage le dossier, se réfugiant derrière cette lettre.

FIV : jusqu’à trois ans de rapports sexuels exigés

Les femmes devront d’abord passer par la chambre à coucher pendant quelques années avant de passer les portes d’une clinique de fertilité, en vertu du règlement qui viendra en appui au projet de loi 20. Pour se conformer à la loi, les femmes désireuses de devenir mères et qui craignent d’être infertiles devront malgré tout utiliser la bonne vieille méthode éprouvée des rapports sexuels sans contraceptif durant une période déterminée, pouvant aller jusqu’à trois ans. Ce n’est qu’en cas d’échec qu’elles pourront frapper à la porte d’une clinique de fertilité, en vue d’obtenir une fécondation in vitro (FIV). Selon les informations obtenues par La Presse canadienne, le règlement que compte rédiger le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, va édicter que la période d’essais va varier entre un et trois ans, en fonction de l’âge. Québec misera sur la bonne foi des patientes. Ainsi, on s’attendra par exemple à ce que les jeunes femmes âgées de 18 à 30 ans aient eu des relations sexuelles fréquentes sans contraceptif pendant une période minimale de deux à trois ans avant d’avoir droit à la FIV. Pour celles âgées de 31 à 35 ans, la période requise sera de deux ans.
2 commentaires
  • Catherine-Andrée Bouchard - Abonnée 5 mars 2015 01 h 39

    Un CST libéral?

    Si le projet de loi 20 n'apporte aucune réelle solution et déshumanisé totalement la médecine, il me semble que tant les Femmes Médecins que les Femmes Vulnérables seront pénalisées.

    La présidente du CST n'a même pas voulu accorder d'entrevue pour se justifier.

    Aurait-elle peur de mordre la main qui la nourrie?

    • Catherine-Andrée Bouchard - Abonnée 6 mars 2015 03 h 34

      CSF, pardon!