Québec obtient une dérogation... et des points d’interrogation

L'Hôtel-Dieu de Québec
Photo: Jean Gagnon / CC L'Hôtel-Dieu de Québec

Le projet de loi 10 a beau avoir été adopté, son application dans la capitale demeure très floue. Malgré l’obtention d’un statut particulier pour les hôpitaux de la ville, on ignore toujours de quelle structure relèvera tout ce qui concerne les soins aux personnes âgées et la santé mentale.

« Qu’est-ce qui va nous arriver ? Honnêtement, on ne le sait pas », résume le directeur du département de gériatrie au CHU de Québec, Michel Dugas.

Les seules informations dont il dispose se trouvent dans une modification apportée à la loi à la fin de son aventure parlementaire. La modification a été adoptée en bloc avec plusieurs autres et n’a pas été discutée par les députés qui siègent à la Commission parlementaire.

Elle stipule que le CHU de Québec doit « céder » des activités au nouveau Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux de la Capitale-Nationale (CIUSSS). Ces activités doivent inclure « une partie du programme en santé physique, le programme en santé mentale […] incluant les urgences psychiatriques, de même que le programme pour les personnes âgées ».

On ajoute qu’il s’agit « principalement de première et de deuxième ligne » et que le ministre s’est donné jusqu’au 1er octobre pour préciser le tout.

Au CHU de Québec, on dit ne pas en savoir davantage. « Ce n’est pas nous qui décidons, c’est le ministre », a résumé la porte-parole Geneviève Dupuis. Le cabinet du ministre Gaétan Barrette a décliné notre demande d’entrevue par manque de temps, en raison des travaux sur le projet de loi 20.

Contrairement aux autres régions, celle de Québec n’aura pas d’hôpital dans son futur CIUSSS. Lors de l’étude du projet de loi 10, la direction du CHU avait plaidé avec ardeur pour garder tous ses hôpitaux. Elle disait que cela avait déjà été suffisamment de travail de les fusionner tous en 2012 et que le transfert de l’un d’eux vers le futur CIUSSS constituerait un retour en arrière.

Gestion bicéphale?

Mais la modification apportée laisse entendre que certaines spécialités des hôpitaux seraient gérées par une structure à l’extérieur de l’hôpital. C’est du moins ce qui inquiète des médecins comme le docteur Dugas. « Moi, je suis physiquement dans le CHU avec mon travail clinique. Ça voudrait dire que mon directeur médical ne serait pas le même que celui de mes collègues ? » Que fera-t-on, par ailleurs, « si une infirmière tombe malade, qu’il faut la remplacer mais qu’elle n’est pas sous la juridiction du CIUSSS mais d’une autre équipe ? », demande-t-il. « Honnêtement, ça peut être assez chaotique. »

Le gériatre basé au CHUL répète qu’il veut participer à la solution et est prêt à collaborer. Mais à terme, il s’inquiète de l’impact que cela pourrait avoir sur les patients. Il signale que les médecins en gériatrie sont soit des spécialistes comme lui, soit des médecins de famille. « Admettons que tout le monde se retrouve dans le CIUSSS ou qu’à cause de la loi 20, ils se mettent à faire du bureau. Qui va s’occuper de ces patients-là ? Nous, on est 12 gériatres et on n’y arrive pas. »