Le projet de loi 20 discrimine les femmes de 42 ans et plus

En ce premier jour en commission parlementaire du projet de loi 20 à Québec, le ministre de la Santé a croisé le fer avec plusieurs intervenants.
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne En ce premier jour en commission parlementaire du projet de loi 20 à Québec, le ministre de la Santé a croisé le fer avec plusieurs intervenants.

Le ministre Gaétan Barrette s’attaque à la liberté, à l’autonomie et aux droits des femmes en voulant rendre illégal le recours à la fécondation in vitro (FIV) pour les femmes âgées de plus de 42 ans, dénonce l’Association des obstétriciens et gynécologues du Québec.

« Que le gouvernement choisisse de ne pas assurer les traitements de fécondation in vitro (FIV) pour une femme de 42 ans, c’est une chose. Mais qu’il rende illégal tout traitement au privé et, pire, qu’il rende passible de sanctions pénales un médecin qui réfère une patiente à un centre privé ici ou ailleurs dans le monde relève d’un non-sens et n’est ni plus ni moins qu’une atteinte grave au droit des femmes de donner la vie », écrit l’association dans son mémoire présenté mardi en commission parlementaire sur le projet de loi 20.

Selon la présidente de l’association, Isabelle Girard, ce n’est pas un hasard si la révision des règles entourant la procréation médicalement assistée (PMA) est incluse dans un projet de loi qui touche les quotas et la rémunération des médecins. « On a fait tomber la PMA au fond du baril et la visibilité pour défendre le droit des femmes est presque nulle. C’est déplorable. Dans ce projet de loi, il y a atteinte à la liberté et à l’intégrité de l’individu. Quand on va jusqu’à dire combien de relations sexuelles on devrait avoir avant de pouvoir avoir le droit d’avoir des soins de PMA, quand on décide de l’âge auquel on a le droit d’avoir des enfants, ce sont des principes importants qu’il faut défendre. »

Elle convient que le programme de procréation assisté, adopté en toute hâte par le gouvernement libéral en 2010, a connu des ratés. Elle reconnaît également que le coût des traitements de fécondation in vitro est plus élevé chez les femmes de plus de 40 ans. « Si on décide de ne plus assurer les femmes de plus de 42 ans parce qu’on n’a pas les moyens en tant que société de se payer des enfants à ce prix-là, il reste que le choix appartient à l’individu de faire ce qu’il veut avec son corps, plaide la Dre Girard. On s’est battus pour avoir le droit de vote, pour les femmes, on vient de se battre pour avoir le droit de mourir [dans la dignité], puis là on est en train d’enlever le droit d’avoir un enfant aux femmes. »

« Une question de protection »

Selon elle, plus de 5 % des femmes qui accouchent en ce moment au Québec ont plus de 40 ans. Et plusieurs d’entre elles sont beaucoup plus en forme et aptes à procréer que des femmes de 35 ans. C’est non seulement une attaque à la liberté des femmes, mais une forme de discrimination évidente.

« Pourquoi, du jour au lendemain, on va rendre illégal pour une femme de 42 ans et plus de rechercher une grossesse parce que ses ovules sont trop vieux et que ses chances [d’enfanter] ne sont pas bonnes ? Quand un homme de 47 ans qui n’a pas de bon sperme, lui, il a le droit, avec sa femme, d’avoir une ICSI, une injection intracytoplasmique avec un sperme de donneur ou avec une manipulation de son sperme. C’est une injustice et ce n’est pas une question qui va dans la loi. »

Le ministre Barrette s’est bien défendu de vouloir s’attaquer aux femmes, tentant en vain de faire dire à son invitée qu’il y avait davantage de risques de complications pour une grossesse chez une femme âgée de plus de 42 ans. « Pour nous, ce n’est pas une question de coûts, ce n’est pas une question de gérance dans la liberté des femmes, c’est une question de protection de la mère et de l’enfant, parce qu’il y a un enfant, on n’en parle jamais », a-t-il affirmé sur un ton paternaliste.

La journée a été longue pour le ministre Barrette qui a croisé le fer notamment avec l’Association des jeunes médecins du Québec et le Collège des médecins. Il s’est fait accuser notamment d’avoir « magouillé » les chiffres sur lesquels il se base pour imposer des quotas aux médecins et d’avoir présenté une « coquille vide ». Même le regroupement provincial des comités des usagers, qui se dit favorable au projet de loi, a profité de la tribune pour demander au ministre de laisser tomber le projet de loi et d’aller plutôt négocier avec les fédérations de médecins. Les consultations se poursuivent jusqu’au 25 mars.

1 commentaire
  • Paul-Etienne Sirois - Inscrit 25 février 2015 08 h 41

    !..à t'il affirmé sur un ton paternaliste...?

    Une petite vacherie en passant, n'est-ce pas? Le grand art de la discussion facile et stérilisante que beaucoup trop de gens gobent comme des éponges...et n'osent contester. L'enfant à naître n'a sans doute pas un mot à dire parce que selon votre modèle sous-jacent, les femmes ont une liberté absolue sur leur corps et qu'elles ont pu transformer l'avortement à volonté en moyen de contraception pour plusieurs des 50,000 d'entre elles par année dans notre pays qui ont recours à ce procédé...ce n'est pas peu, et je crois, sans doute sur un ton paternaliste, que les valeurs collectives de la femme de notre pays ne sont pas grandies par ce problème.