Santé Canada se ravise

Santé Canada reconnaît que les exigences demandées aux fournisseurs de chasse-moustiques à base de citronnelle étaient peut-être trop élevées et fait volte-face dans ce dossier, autorisant à nouveau la vente et la production du produit naturel.

« L’approche réglementaire actuelle doit être revue pour s’assurer qu’il y a un équilibre entre la protection de la santé humaine et l’assurance que l’information provenant des fabricants est appropriée dans les circonstances », affirme le porte-parole de Santé Canada, Sean Upton, en entrevue au Devoir jeudi.

Le couperet était pourtant tombé sur les fournisseurs de chasse-moustiques à la citronnelle à l’automne dernier. Après une dizaine d’années de valse-hésitation, Santé Canada avait tranché, affirmant que le produit devait être retiré des tablettes le 31 décembre 2014.

On reprochait aux compagnies de ne pas être en mesure de fournir des études prouvant l’innocuité du produit, et ce, bien qu’aucun incident n’ait été rapporté. Les compagnies arguaient pour leur part ne pas avoir les reins assez solides pour fournir des études qui coûtent très cher à produire.

Les critiques avaient été vives envers Santé Canada après cette décision controversée. Plusieurs milliers de personnes avaient signé une pétition pour demander d’annuler l’interdiction du chasse-moustiques à la citronnelle. Et c’est dans la plus grande discrétion que l’organisme fédéral est revenu sur sa décision, le 3 décembre dernier, à moins d’un mois de la date butoir. Même l’industrie s’est faite discrète sur la question, dans l’attente des licences qui viennent tout juste d’être octroyées.

L’avis diffusé par Santé Canada sur son site est pourtant très clair. Disant vouloir « moderniser la réglementation », l’Agence de réglementation de la lutte antiparasitaire (ARLA) reverra ses démarches réglementaires pour l’homologation des insectifuges personnels contenant des huiles essentielles d’origine végétale. Elle aura recours, notamment, à un comité d’experts scientifiques qui devra déterminer « si les exigences actuelles en matière de données suffisent à protéger la santé humaine ou s’il faut avoir recours à une autre démarche ».

D’ici là, les fabricants obtiennent un sursis. Ils pourront continuer à produire et à vendre leurs produits sans devoir présenter les données supplémentaires qui leur sont réclamées depuis si longtemps, confirme Sean Upton de Santé Canada.

Surprise

Pour les fabricants québécois, c’est un nouveau coup de théâtre que l’on n’attendait plus. « Ça fait longtemps que ce produit-là était en voie de disparition », concède Alain Renaud, p.-d.g. fondateur de la compagnie québécoise Druide. Au laboratoire de Pointe-Claire, dans l’ouest de Montréal, la production de chasse-moustiques à la citronnelle était arrêtée depuis 2013. Les derniers stocks ont été écoulés tout au long de l’année 2014.

Joint au téléphone jeudi, Alain Renaud ne cachait pas sa surprise. « L’interdiction était absurde et la réintroduction est tout aussi surprenante. » Selon lui, il ne fait aucun doute que c’est la pression populaire qui a eu raison de Santé Canada, ce que l’organisme fédéral refuse de confirmer.

Pour Druide, qui vient tout juste de recevoir sa licence pour les cinq prochaines années, la tempête est passée. Pour l’instant. Car Santé Canada laisse toujours planer un certain flou sur l’avenir du chasse-moustiques à la citronnelle, dont l’homologation sera revue à la fin des consultations de l’ARLA. Mais Alain Renaud est confiant : « Ce n’est pas une menace, on nous dit que l’on continue à observer la chose. S’ils nous avaient dit qu’ils lèvent l’interdit et qu’il n’y aurait plus jamais de problèmes, ce serait considérer qu’ils ont mal fait le travail au départ. »

Il déplore seulement que tout le travail soit à refaire en raison des doutes que Santé Canada a fait germer dans la population à la suite de sa décision de l’automne dernier. « On repart à zéro », soupire-t-il.

La saga de la citronnelle

2004: l’ARLA affirme qu’elle manque d’études sur l’innocuité de la citronnelle et recommande de ne plus reconnaître le chasse-moustiques.

2005: le dossier est confié à un comité d’experts.

2006: le comité d’experts affirme que Santé Canada fait fausse route et met en doute les méthodes scientifiques utilisées par l’ARLA.

2007: le rapport est rendu public.

Septembre 2014: Santé Canada revient à la charge et interdit définitivement le chasse-moustiques à base de citronnelle à partir de janvier 2015.

Décembre 2014: Santé Canada fait volte-face et accorde un sursis aux producteurs. Un nouveau comité se penchera sur la démarche réglementaire liée à l’homologation de ce produit.