Une souche cubaine inquiète les spécialistes du sida

La nouvelle de l’irruption d’une souche agressive du VIH présente à Cuba, provoquant une hausse rapide de la charge virale et le développement accéléré vers le sida, inquiète certains spécialistes de cette maladie. Ces dernières semaines, l’observation de quelques patients affichant des charges virales très élevées et une résistance inhabituelle aux antiviraux alimente les craintes que le virus ait déjà fait le saut au Québec.

Selon le Dr Réjean Thomas, médecin à la clinique L’Actuel, deux ou trois patients se sont présentés ces dernières semaines avec des charges virales peu communes, d’ordinaire associées à des infections de longue date.

« Un de ses patients était résistant à la grande majorité des antiviraux habituels, ce qui est très rare. Il présentait les caractéristiques des patients atteints par la souche observée à Cuba, soit une très lourde charge virale et une évolution rapide de la maladie », a-t-il dit.

Des tests génétiques plus poussés devront être effectués pour dire si cette infection est liée à la souche en circulation à Cuba, mise au jour au début de la semaine par une recherche publiée par des chercheurs belges et cubains.

Une souche agressive

La recherche a permis de suivre l’évolution pendant dix ans de patients infectés par la souche CRF19, détectée pour la première fois à Cuba en 2005. Cette nouvelle variante, liée à une recombinaison de souches courantes, toucherait de 17 à 19 % des patients cubains infectés par le VIH.

« La recherche démontre que cette souche est plus agressive, car elle utilise un autre récepteur d’entrée dans la cellule que le CD4, utilisé par les souches habituelles. En ciblant le CCR5, puis le CXCR4, le virus évolue 30 % plus vite et donne la maladie en deux ou trois ans », explique Jean-Paul Routy, virologue et spécialiste du VIH à l’Université McGill.

En ciblant un autre récepteur, le virus mutant a pour effet d’augmenter très rapidement la charge virale des personnes infectées, qui risquent de transmettre le virus à d’autres avant même de se savoir atteintes.

Une situation qui inquiète le Dr Thomas, d’avis que cette nouvelle réalité doit inciter toute personne « à risque » à se soumettre à des tests de dépistage au moins trois ou quatre fois par année. « Dans ce contexte, ça ne vaut plus rien un dépistage une fois l’an. C’est inquiétant quand on sait que bien des gens croient que tout le monde guérit du sida aujourd’hui, alors que de 20 à 25 % des personnes porteuses du virus ne savent même pas qu’elles sont infectées », estime-t-il.

Selon le Dr Routy, la levée récente de l’embargo américain contre Cuba vient ajouter à un contexte propice à une propagation. « C’est sûr qu’il y a un risque que la souche quitte les Caraïbes et se propage en Amérique. Les gens doivent être conscients que le risque existe à Cuba, mais il existe aussi à Montréal, Haïti ou ailleurs. En fait, c’est le comportement qui est à risque. »