Étude: le chômage augmente le risque de suicide

Une grande étude longitudinale montre que le chômage augmente le risque de suicide de 20 à 30 %. D’où l’importance d’investir dans des politiques créatrices d’emploi dans le but de prévenir un tel fléau, affirment les auteurs de cette étude dans la revue The Lancet Psychiatry.

À l’aide des données sur les morts par suicide accumulées par l’Organisation mondiale de la santé (OMS), et sur l’économie par le Fonds monétaire international, des chercheurs de l’Université de Zurich, en Suisse, ont évalué l’impact du taux de chômage sur la prévalence du suicide entre 2000 et 2011 dans 63 pays de quatre régions du monde, dont les Amériques, l’Europe du Nord et de l’Ouest, l’Europe du Sud et de l’Est, ainsi qu’un groupe de pays d’Afrique et d’Asie, d’Australie et d’Océanie.

Les chercheurs ont ainsi relevé que 41 148 suicides étaient attribuables au chômage en 2007, contre 46 131 en 2009, indiquant un excès d’environ 5000 suicides à la suite de la crise économique de 2008.

Les scientifiques ont observé que les hausses du taux de chômage affectaient également les deux sexes ainsi que les différents groupes d’âge. « Les personnes à la retraite étaient aussi affectées indirectement quand leurs enfants ont perdu leur emploi », expliquent les auteurs de l’article. Ces derniers ont également remarqué que le taux de suicide augmentait six mois avant la montée du taux de chômage. « La restructuration du marché du travail et la réduction des effectifs des entreprises durant la contraction de l’économie créent du stress additionnel au travail et un sentiment de précarité de leur poste chez les employés — en raison par exemple d’une augmentation de la charge de travail, d’une conversion au travail à temps partiel ou des mises à pied intermittentes — qui affectent la santé mentale des travailleurs. Dans de telles circonstances, les personnes vulnérables sont plus à risque de se suicider », soulignent les chercheurs suisses.

L’analyse des données a également montré que l’accroissement du chômage engendrait des effets plus marqués dans les pays où le chômage était peu élevé avant la crise. « Dans ces pays, une augmentation inattendue du taux de chômage peut induire de plus grandes craintes et davantage d’insécurité que dans les pays connaissant un chômage élevé depuis longtemps », avancent les chercheurs qui croient que pour prévenir le suicide, les gouvernements doivent investir suffisamment dans des politiques susceptibles de réduire le chômage et d’aider à créer de nouveaux emplois.

9 commentaires
  • Gaston Bourdages - Inscrit 11 février 2015 04 h 44

    À la seule lecture de votre titre...

    ...madame Gravel, j'ai eu mal. 46131 (total approximatif de la population de la ville de Rimouski) suicides en 2009 ! Il y a certainement d'autres causes directement ou indirectement reliées à ce drame. Je pense à possible surconsommation d'où endettement démesuré, à mal chronique de vivre, à vide existentiel, à problèmes d'ordre affectif. Il s'y trouve généralement tout un (puissiez-vous m'excuser l'usage du mot) cocktail de sentiments refoulés. Il en demeure que c'est un drame qui laisse d'indélébiles traces dans le coeur, dans l'esprit voire dans l'âme. Je pense à elles et eux. La mort par violence...quelle horreur!
    Gaston Bourdages,
    Auteur,
    http://unpublic.gastonbourdages.com
    Mercis madame Gravel.

  • Pascale Bourguignon - Inscrite 11 février 2015 08 h 17

    vraiment ?

    Une étude pour démontrer que la détresse sociale augmente la détresse mentale ? Il me semble que nous y avions pensé tout seuls. La pauvreté, la maladie, la solitude, la maltraitance devraient aussi être étudiés car je soupçonne que l'on trouve une corrélation entre tous ses facteurs de mal être et le désir de mettre fin à ses jours. Pas vous ? Les suisses ont-ils pensé à faire une étude sur l'impact qu'ont les fuites de capitaux étrangers dans leurs banques pour les plus démunis de la planéte ?

    • Raynald Richer - Abonné 11 février 2015 17 h 06

      Excellente remarque ! On parle trop peu souvent des impacts humains de la disproportion absurde de la répartition de la richesse.

    • Jean-Yves Arès - Abonné 12 février 2015 00 h 29

      Excellentes remarques en effet, toute les deux, et pour l'évidence que la dépression est l'ingrédient de basse a l'acte de suicide, et donc que les situations déprimantes comme une perte d'emploi ajoute a l'intensité d'une déprime déjà ancrée. Et pour le fait qu'on comprend pas vraiment comment qu'un pays qui su mettre au monde une organisation comme la Croix Rouge ai pu, a l'inverse, se faire une spécialité dans l'offre de service de désorganisation sociale qu'est la fuite fiscale, et de s'adonner a ces lucratives activités qui ont le niveau d'étique de la fabrication de bombes a fragmention...

    • Jerome Dubreuil - Inscrit 12 février 2015 11 h 37

      Je vais malheureusement en rajouter une couche:
      nos gouvernements, en utilisant la fameuse austérité, font augmenter ces fameux taux de suicide. Ils coupent des emplois bien rémunérés et s'organisent en plus pour que la plupart des chômeurs ne comprennent pas comment remplir leurs demandes. Ils demandent aux agents du chômage de ne pas aider les "clients".
      Allez voir aux bureaux de Service Canada et vous verrez...
      Toutes ces pertes d'emplois et de revenus entraînent une baisse des dépenses des ménages qui entraîne à son tour une perte de revenus pour les commerces et eux aussi doivent couper du personnel. C'est une roue qui tourne dans le mauvais sens présentement.

    • Jean-Yves Arès - Abonné 13 février 2015 00 h 52

      «nos gouvernements, en utilisant la fameuse austérité, font augmenter ces fameux taux de suicide»

      C'est rapide comme accusation.

      A titre d'exemple, n'aurait-il pas été plus sain pour la santé mentale des grecs que leur gouvernement ai appliquer des mesures de contrôle ''austères'' bien plus tôt, mais bien plus petites et plus vivables, plutôt que le laisser-aller cette fiction d'enrichissement qui grisait tout le monde dans ce pays au début des années 2000, et qui a déboucher sur le purgatoire qu'ils vivent ?

      Voyez le portrait,
      http://data.lesechos.fr/pays-indicateur/grece/pib-

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      Un document intéressant ici nous permet un retour historique très éloquent sur le rapport entre suicide et condition sociale.
      En page 8, un graphique couvrant la période de 1928 a 1960, avec taux de suicide et taux de chômage. Le rythme de l'un suit étonnamment bien celui de l'autre.
      http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC191524

      Mais plus.
      Il indique la zone très noir de la crise de 1929, puis de l'effet tout a fait inverse, encore là étonnant, de l'entrer en guerre des États Unis a la fin 1941. Le taux de suicide s'écrase complètement.
      L'effort de guerre balais latéralement toutes questions existentielles ! Le défit est partagé et tous y ont une place.

      Le document nous apprend aussi qu'il n'y a vraiment rien de nouveau dans les disproportions entre le nombre d'hommes et de femmes qui passent a l'acte. (attention, l'échelle des premiers graphiques est logarithmique)

      Autre point bien visible, le taux de suicide progressait de façon bien régulière, dans l'ordre, avec l'âge chez les hommes, alors qu'aujourd'hui il n'y a plus cette graduation linéaire.

  • Sylvie Michaud - Inscrite 11 février 2015 13 h 22

    Ça une nouvelle?

    Ben voyons donc! Ça prenait vraiment une étude pour conclure que le chômage augmente le risque de suicide?

    Si ça continue, je vais commencer à croire que Couillard doit couper dans la recherche... (joke)

  • Claude Kamps - Inscrit 11 février 2015 14 h 32

    Une vérité le Lapalissade

    qui a un bon moral après une chutte en enfer...

  • Catherine-Andrée Bouchard - Abonnée 12 février 2015 00 h 29

    Pression sociale

    Pour que le taux de chômage influe à ce point sur le taux de suicide, il faut réellement qu'il y ait une pression sociale du milieu et des préjugés brutaux envers ceux qui ne travaillent pas.

    Je vois depuis que je commente ici que bien que je m'efforce de rester diplomate, beaucoup de mes interventions dérangent. Je suis une assistée sociale, je l'ai dit à maintes reprises, et j'ai remarqué que certaines gens discrédibilisent tout ce qui vient de moi en bloc, alors que j'ai pourtant des opinions très diversifiées à peu près sur tout.

    Je me fais traiter d'écouteuse de radio X par là, d'ignorante par ici, certains prennent même plaisir à venir me contredire presqu'automatiquement qu'importe mon avis sur la question. Quelques uns semblent réellement un peu dérangés par la présence d'une B.S. dans ce journal de bon acabit. Comme si mon opinion ne pouvait valoir plus que de la merd..., étant issu de cette classe médiocre de notre société, incapable de formuler un jugement digne d'être entendu.

    Les gens qui ne font plus partie de la classe moyenne, qui ne travaillent plus au quotidien comme le commun des mortels se devraient de le faire, sont victimes de cruels préjugés par une bonne partie du cheptel. Quand on reste sur son cul à la journée longue à attendre son chèque chaque premier du mois, on est perçu comme étant des "Ratés" par notre société.

    Il n'y a aucune reconnaissance sociale pour les gens sans travail. Nonobstant tous les talents cachés qu'un chômeur peut détenir, on les voit comme des boulets, des bons à rien, des écouteux de radio X.

    Je ne suis pas surprise d'apprendre que ces sans-emploi souffrent assez du regard d'autrui pour préférer le trépas à endosser la cape du Super-Zéro aux yeux de tous. Le mieux est de se chercher un emploi, mais la certitude d'être devenu "Rien" peut être très prégnante pour les chômeurs et les assistés sociaux taxés de préfèrer l'argent facile au labeur que tous les bonnes gens s'accordent l'unisson à abattre.