Onde de choc chez les cadres de la santé

D’ici le 31 mars, les gestionnaires devront choisir : accepter de rester trois ans dans le réseau, en disponibilité, en espérant qu’un poste intéressant se libère.
Photo: Michaël Monnier Le Devoir D’ici le 31 mars, les gestionnaires devront choisir : accepter de rester trois ans dans le réseau, en disponibilité, en espérant qu’un poste intéressant se libère.

Les postes de milliers de cadres du réseau de la santé seront abolis le 31 mars prochain. Tout le monde sera mis au ballottage, dans l’incertitude la plus totale, sans obligation pour Québec de replacer ceux qui resteront bredouilles ailleurs dans le réseau dans un poste correspondant à leur expérience.

C’est dans l’épaisse liasse d’amendements déposés vendredi lors de l’adoption du projet de loi 10 que Québec a modifié substantiellement les conditions de travail qui lie le gouvernement et ses gestionnaires afin de nommer les cadres des nouveaux établissements fusionnés par la réforme.

La surprise est totale pour les principaux intéressés, qui sont tombés en bas de leur chaise. « Si Québec osait faire ça à des syndiqués, ils seraient dans la rue, en grève illégale ! » s’impatiente Yves Bolduc, le président-directeur général par intérim de l’Association des gestionnaires des établissements de santé et de services sociaux (AGESSS). En entrevue avec Le Devoir, il affirme que Québec avait pourtant assuré cet automne que les conditions de travail des cadres seraient respectées pendant la transition. « Ça a été la commotion pour nous vendredi soir », dit M. Bolduc. Il estime que quelque 4000 membres de son association, ceux qui occupent des postes administratifs et non pas cliniques, seraient touchés. Ces gestionnaires s’occupent de la paie, des ressources humaines, des listes de rappel des infirmières, pour ne nommer que ces exemples. Ils sont les rouages des établissements de santé et de services sociaux.

Ils seraient environ 1700 du côté des cadres supérieurs dans la même situation. Au total, environ 6000 cadres seraient donc concernés.

Un amendement lourd de conséquences

Vendredi, l’article 148.1 du projet de loi 10 a été adopté avec cet amendement dont personne, dans le réseau, n’avait semble-t-il pris connaissance auparavant. Québec fixe ainsi au 31 mars prochain l’abolition de tous les postes de cadres supérieurs, de hors cadres et de cadres intermédiaires qui exercent des fonctions administratives. Des milliers de personnes ont moins de deux mois pour décider de leur avenir professionnel.

« Les employeurs se trouveront déchargés de l’obligation […] de replacer un cadre dont le poste est aboli dans un poste correspondant à sa formation et à son expérience. En effet, dès le 1er avril 2015, l’amendement adopté placera tous ceux qui occupent de tels postes au ballottage », analyse l’Association des cadres supérieurs de la santé et des services sociaux.

« Aujourd’hui, je crains très sérieusement qu’on aille dans le mur. Qu’on écrème le réseau public de ses meilleures ressources, de son expertise et de son expérience », dit sa directrice générale, Carole Trempe. Elle craint que la moitié des gestionnaires ne se replacent pas dans les postes qui seront ouverts dans la foulée des fusions. Québec n’a toujours pas dévoilé combien de postes de gestionnaires seront ouverts, et combien abolis. Plusieurs chercheraient déjà une porte de sortie avant la grande période d’incertitude qui se profile.

Les cadres supérieurs sont directeurs des ressources humaines, des finances, des soins infirmiers, des services professionnels, par exemple, ou encore, poste important pour les usagers, commissaires aux plaintes et à la qualité.

D’ici le 31 mars, les gestionnaires devront choisir : accepter de rester trois ans dans le réseau, en disponibilité, en espérant qu’un poste intéressant se libère. Ou encore partir, soit à la retraite, soit avec une indemnité de départ de 12 mois, là où 24 mois étaient offerts auparavant dans bien des cas.

Les nouvelles règles amputeront les revenus de retraites de certains, dit Yves Bolduc. « Ceux qui sont à quelques années de la retraite vont subir une pénalité de 4 % pour le restant de leurs jours », dit-il.

Seuls les p.-d.g. et les directeurs généraux, soit environ 200 personnes, s’attendaient à voir leur poste aboli au 31 mars.On croyait que les avis s’échelonneraient dans le temps pour les autres cadres. « On s’attendait à être les premiers en liste, car on ne transforme pas 182 établissements en une trentaine en gardant tous les patrons. Mais c’est assez surprenant de signifier, en même temps, l’abolition des postes de milliers d’autres cadres », dit le p.-d.g. de l’Association des directeurs généraux, André Côté.

Risqué pour le succès de la réforme

Comment la plus ambitieuse réforme du réseau pourra-t-elle se mettre en branle dans ces conditions, demandent les gestionnaires.

« Il va falloir se rendre compte qu’il y a des gestionnaires et qu’ils sont utiles. Ils tiennent le réseau, et cette réforme, à bout de bras. Et de surcroît, on ne nous met même pas dans le coup, alors que notre collaboration, nous l’avons offerte ! » s’impatiente Yves Bolduc.

Tant Mme Trempe que M. Bolduc mettent en doute les économies de 220 millions de dollars que Québec promet d’engranger. « J’ai 35 ans d’expérience dans le réseau, j’ai vu trois autres réformes. Il n’y en aura pas d’économies, c’est jouer avec les chiffres et l’intelligence de la population », dit M. Bolduc.

Au ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS), le service des communications n’a pas même été en mesure d’indiquer au Devoir combien de cadres, hors cadres et cadres intermédiaires administratifs étaient actuellement en poste.

Du côté du cabinet du ministre de la Santé, on indique que la mesure a pour objectif de « refléter les nouvelles structures du réseau ». « On ne peut divulguer, à ce moment-ci, la nature des postes et le nombre de personnes visées, car celles-ci doivent être avisées en premier », ajoute l’attachée de presse de Gaétan Barrette, Joanne Beauvais.

81 commentaires
  • Normand Bélair-Plessis - Abonné 11 février 2015 02 h 48

    La précision du ministre

    Il est incapable, en bon medecin, de dire combien de poste vont être abolit.
    pratiquait - il la medecin, de la même manière, sans savoir le résultat de ses Interventions?
    Rassurant.

    • Lucette Dussault - Abonnée 11 février 2015 09 h 52

      Je sympathise avec les cadres qui sont traités comme des malpropres et cela en partie parce que leur association n'a sans doute pas le pouvoir jutidique de représentation que peut avoir un syndicat. Alors, "maudit syndicats" comme cela peut-être utile pour parler à un patron qui s'arroge tous les droits!

    • RONALD LESAGE - Inscrit 11 février 2015 10 h 37

      C'est ce qui pourrait arriver à tous si on abolit les syndicats . Aucune sécurité d'emploi , aucune garantie de nombre d'heure semaine ; on peut imaginer la difficulté d'obtenir une hypothèque ou tout autre prêt et passé la quarantaine bonne chance pour se trouver un autre emploi .

    • Donald Tremblay - Inscrit 11 février 2015 12 h 27

      Bienvenue dans la réalité de plusieurs québécois.... On est pas des malpropres pour autant....

    • Francois Cossette - Inscrit 11 février 2015 13 h 11

      On comprends le but de l'exercise. Ca veut dire que pour garder sa job va falloir faire ce que le ministre va dire, pour les autres il n'y aura que la porte. C'est la méthode barette, l'intimidation comme méthode de travail.

  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 11 février 2015 05 h 30

    Onde de choc au ministre ???

    « Les cadres supérieurs sont directeurs (…) ou encore, poste important pour les usagers, commissaires aux plaintes et à la qualité. » (Amélie Daoust-Boisvert, Le Devoir)

    Onde de choc et plus, depuis le dépôt de ce pdl 10, maintenant une loi, tout le monde savait que, si abolition des agences, des regroupements professionnels, il y aurait, d’effets sensibles, abolition, réaffectation ou fusionnement de poste : une équation inévitable et, surtout, embêtante d’émotions pour toutes ces personnes qui en seront affectées, hélas !

    De cette citation, onde de choc aussi sur le fait que, lors de son adoption-bâillon, aucune formation politique de l’Opposition, incluant possiblement celle au pouvoir (?),n’a pensé protéger ou chercher à maintenir une structure de droit susceptible de promouvoir et défendre les besoins, intérêts et droits des personnes utilisant les services « nouveaux » prévus dans les CISSS : aucune !

    Etonnant !

    Cependant, de ces ondes, cette idée :

    Compte tenu des expertises démontrées, et à peaufiner de temps en temps ?, de l’OPHQ et la CDPDJ, et pendant la transition ou jusqu’à l’ajout de poste conséquent, conviendrait-il d’audace de souhaiter que le ministre prévoit décréter et mandater ces deux organismes à traiter-transiter les dossiers et à recommander au ministre de la SSS la mise sur pied de service d’aide et d’accompagnement en matières de plaintes et qualité ?

    De ce souhait, qu’ajouter ou qu’espérer ?

    Onde de choc au ministre ??? - 11 fév 2015 -

  • Pierre Lefebvre - Inscrit 11 février 2015 05 h 53

    combien de cadres

    «Il va falloir se rendre compte qu’il y a des gestionnaires et qu’ils sont utiles. Ils tiennent le réseau,» «car on ne transforme pas 182 établissements en une trentaine en gardant tous les patrons.» Ne resteront que les gestionnaires utiles.

    «J’ai 35 ans d’expérience dans le réseau, j’ai vu trois autres réformes. Il n’y en aura pas d’économies.» Pas si on garde tous les postes; car les plus grandes dépenses du gouvernement sont des salaires.

    Y a des évidences qui frappent l'imaginaire comme ça.

    PL

    • Sylvain Auclair - Abonné 11 février 2015 09 h 25

      Une bonne manière de réduire les salires, c'est de renvoyer tout le monde, non?

    • Pierre Lefebvre - Inscrit 11 février 2015 10 h 44

      C'est ce que j'ai vécu toute ma vie; quand mon employeur n'avait plus de travail, il me disait : «À la prochaine.» C'est la vie.

      PL

    • Jacques Gagnon - Inscrit 11 février 2015 16 h 08

      Je comprends votre employeur monsieur Lefebvre.

  • Frédéric Lord - Inscrit 11 février 2015 06 h 23

    Il était temps!

    Est-ce qu'enfin cette fois sera la bonne?

    • Claude Sauvé - Inscrit 11 février 2015 08 h 45

      Je ne vous souhaite pas de tomber malade.

    • Claude Lachance - Inscrite 11 février 2015 09 h 26

      Peut-être, parce qu'il semble que l'on soit sur la voie privatisation.. droit tout droit.une deux une deux..

    • Christian Fleitz - Inscrit 11 février 2015 09 h 30

      Vous croyez encore au ''Père Noêl''....

    • Pierre Lefebvre - Inscrit 11 février 2015 10 h 47

      «Je ne vous souhaite pas de tomber malade.» Quand-est-ce qu'un câdre s'est occupé d'un seul malade, M. Sauvé ? Ppour une fois ce ne sont pas ceux et celles qui donnent les soins qui partent.

      PL

    • Benoit Toupin - Abonné 11 février 2015 10 h 58

      Pourquoi est-ce qu'il y aurait des économies lors de ces exercices. Ces gestionnaires remplissaient des fonctions normales et essentielles d'une organisation. Ces gens sont mis en situation d'insécurité pour satisfaire à des centralisations régionales et nationales qui entraineront des frais de transitions sans réel raisons de croire à des économies éventuelles. Certains services seront peut-être privatisés pour être compatabilisés comme une dépenses contractuelles plutôt que du salaire; mais le coût en sera sensiblement le même. Quoiqu'en dise Monsieur Barette, il est plutôt rare qu'une centralisation simplifie les processus de gestion, en réduise les coûts et en améliore la qualité. C'est pas parce que l'oeuvre origine de la pensée Barette qu'elle donnerait des résultats contre nature...
      .

    • Sylvain Auclair - Abonné 11 février 2015 12 h 38

      Monsieur Lefebvre,
      Mais ce sont les cadres qui décident qui travaille, quand et où ces gens travaillent, qui trouvent les remplacements, qui reçoivent les plaintes, qui gèrent les paies, qui gèrent les vacances, la formation continue...

    • Benoit Toupin - Abonné 11 février 2015 16 h 41

      Franchement Monsieur Lefebre, pour que le personnel soignant puisse se consacrer entièrement aux soins il faut qu'il ait le moins possible de tâches administratives à exécuter; l'efficacité en dépend. Les gestionnaires sont aussi importants que les autres membres d'une organisation; un fonctionnement structurée et efficace n'arrive pas par magie...

      Ceux qui nous disent qu'il faut alléger les structures, sans donner plus de détails, manquent à leur devoir de transparence et tentent de nous influencer à partir de préjugés facile à vendre. C'est simple de les croire mais ce n'est qu'illusion... La solution est plus complexe.

    • Frédéric Lord - Inscrit 11 février 2015 20 h 33

      M. Sauvé: On parle de cadres. Des pousseux de crayons. Pas du personnel soignant. Pas fort votre commentaire!

    • Carmen Labelle - Abonnée 11 février 2015 23 h 04

      LA réingénérie des années 2003-2004 en santé a été catastropgique, selon la FIQ et le vérificateur général ! Vous croyez vraiment que ce sera mieux? Cette réforme se fait à la va-vite, sans plans définis et à l'aveuglette!Moi je suis certaine que se sera encore pire, ce qui est l'effet recherché car tous ces supposés médecins du PLQ sont favorables au privé et s'efforcent de répondre aux dictats du FMI qui enjoint le Canada depuis les années 90 de mettre moins et moins d'argent dans les services publics et de laisser de la place au privé!

  • Denis Desmeules - Abonné 11 février 2015 06 h 30

    Un mur!

    Cette réforme sera un échec. Avec tous ces abolitions de postes de cadres, le ministre ne renoncera sûrement pas à toutes les activités de contrôles propres aux fonctions administratives, pour surveiller l'avancement de son oeuvre, pour s'assurer que son étau fasse effet. Qui donc exerce ces activités de contrôles ? Justement ceux qu'il ampute. Les rescapés auront un défi insurmontable. Ces rescapés sont des humains qui travaillent déjà plus de 43 heures de travail en moyenne pour une rémunération de 35 heures. Déjà, plusieurs tombent au combat avant même le début de la réforme. Les cadres du réseau de la santé sont ceux qui subissent le plus de pression dans la fonction publique québécoise. Et ont leur en demande encore. La réforme ne tient pas la route ! Vous verrez !

    • Christian Fleitz - Inscrit 11 février 2015 09 h 43

      Faire du neuf pour faire du neuf ne prouve pas l'efficience d'une réforme, surtout que celle-ci a été décidée sans grande consultation avec les opérateurs du secteur. Les Napoléon Bonaparte, possédant des pensées et des inspirations novatrices et fulgurantes permettant de renverser les règles établies et de se passer des avis des autres, relèvent d'exceptions rarissimes. Peut-être que l'actuel ministre de la Santé est un de ces élus ?
      Quoiqu'il en soit, de l'opinion de la majorité des professionnels du secteur cette réforme, centralisatrice à la soviétique, n'apporterait pas d'améliorations du dispositif ni au niveau du patient, ni au niveau structurel, par contre, elle est manifestement génératrice de chômeurs. Qui osera prétendre qu'elle n'aura pas d'effets....