Décès d'une enfant de 16 mois pendant que son père déneigeait l'auto: gare au monoxyde de carbone!

Avis aux lecteurs

Ce texte a été publié dans nos pages le 18 décembre 2003.

En plus de la petite Annabelle Deslauriers, 16 mois, décédée lundi d'une intoxication au monoxyde de carbone dans la voiture où elle siégeait, cinq autres enfants et deux adultes ont souffert depuis le début de la semaine d'un empoisonnement lié aux gaz d'échappement d'un véhicule stationnaire.

La tragédie vécue lundi par la famille Deslauriers, de Verdun, ainsi qu'une série d'accidents survenus au cours des dernières 48 heures ont incité hier les autorités de la Santé publique à alerter la population contre le danger de laisser des enfants ou des adultes assis dans une voiture dont le moteur tourne pendant qu'on la déneige.

Lorsque des accumulations de neige obstruent le pot d'échappement, le refoulement des gaz toxiques dans l'habitacle d'une voiture peut en effet s'avérer fatal, a rappelé hier la Régie régionale de la santé de Montréal-Centre, invitant le public à bien dégager le pot d'échappement de leur voiture avant de la déneiger.

C'est l'oubli de cette simple manœuvre qui a entraîné lundi la mort de la petite Annabelle Deslauriers alors que son papa déneigeait la voiture où elle prenait place. Exposée aux émanations toxiques pendant un laps de temps évalué entre 10 et 15 minutes, la fillette a perdu connaissance. Son décès a été constaté à son arrivée à l'Hôpital de Montréal pour enfants.

Le même jour, cet hôpital a d'ailleurs reçu à son urgence quatre autres enfants intoxiqués par des gaz d'échappement, dont deux, gravement atteints, ont dû être soumis à des traitements en chambre hyperbare. Deux jumeaux ont quant à eux été exposés au monoxyde de carbone qui s'échappait d'une voiture dont le moteur tournait dans un garage attenant à la maison.

Selon le Dr Dominic Chalut, responsable de l'urgence à l'Hôpital de Montréal pour enfants, l'intoxication au monoxyde de carbone peut être difficile à déceler puisqu'elle entraîne des symptômes non spécifiques comme des maux de tête, des étourdissements et des nausées. L'aspect inodore et incolore de ce gaz complique encore davantage le dépistage d'une fuite.

Invisible mais non inoffensif, le monoxyde de carbone, inhalé en grande quantité, remplace graduellement l'oxygène dans le sang et prive les organes vitaux de l'oxygène nécessaire à leur bon fonctionnement. De telles intoxications entraînent une perte de connaissance et éventuellement la mort.

«Dans le cas d'Annabelle, il y a suffisamment de monoxyde de carbone dans son sang pour empêcher l'oxygénation du cerveau. Le temps nécessaire pour une intoxication dépend cependant de la concentration dans l'air et du poids de l'enfant. Chose certaine, les enfants de moins de deux ans sont plus à risque», a-t-il expliqué hier.

Selon ce médecin, les parents ne devraient jamais laisser leurs enfants assis dans un véhicule dont le moteur tourne au ralenti. Ils devraient plutôt laisser leurs enfants dans la maison pendant le déneigement ou les placer à l'intérieur de la voiture en laissant le moteur fermé jusqu'à la fin de l'opération.

En cas d'empoisonnement, les personnes atteintes devraient immédiatement consulter un médecin, affirme le Dr Chalut. Si le taux de monoxyde de carbone dans leur sang atteint 25 %, ces personnes seront soumises à des traitements en chambre hyperbare.

Alors que la neige continuait de tomber sur Montréal hier après-midi, la Direction de la santé publique (DSP) a ainsi pressé les propriétaires de véhicules à fermer le moteur de leur voiture pendant le déneigement et suggéré de dégager en tout premier lieu le pot d'échappement. Selon la DSP, non seulement les bébés mais aussi les personnes âgées et les femmes enceintes courent le risque de souffrir d'intoxication rapide au monoxyde de carbone. On recommande enfin aux propriétaires de voitures plus anciennes de soumettre leur véhicule à une inspection en bonne et due forme de leur système d'échappement.

L'an dernier, l'Hôpital de Montréal pour enfants avait reçu seulement deux cas d'intoxication au monoxyde de carbone. La situation de cette année est tout à fait exceptionnelle, fait remarquer le Dr Chalut. D'ordinaire, la plupart des intoxications au monoxyde de carbone sont reliées à l'utilisation de systèmes de chauffage déficients ou de barbecues à l'intérieur des maisons, voire aux émanations de chariots élévateurs dans les usines. En Amérique du Nord, plusieurs centaines de personnes décèdent chaque année de ce type d'empoisonnement.