L’opposition et le milieu de la santé s’insurgent contre un possible bâillon

Le ministre Gaétan Barrette reproche depuis des semaines à l’opposition péquiste de ralentir l’étude du projet de loi.
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne Le ministre Gaétan Barrette reproche depuis des semaines à l’opposition péquiste de ralentir l’étude du projet de loi.

La perspective d’un projet de loi 10 adopté sous bâillon scandalise les partis d’opposition et la plupart des intervenants du milieu de la santé. Les uns et les autres jugent inacceptable que la réforme proposée soit adoptée dans l’urgence, en contournant le processus démocratique. Prudent, le gouvernement refuse d’ouvrir son jeu, mais déplore ouvertement la lenteur des travaux effectués en commission parlementaire.

Mardi, ni le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, ni le premier ministre, Philippe Couillard, n’ont voulu confirmer les informations voulant que le projet de loi 10, qui prévoit une réforme en profondeur du réseau de la santé, soit adopté dès vendredi, c’est-à-dire avant la rentrée parlementaire prévue mardi prochain.

« Je vois la commission parlementaire se poursuivre. On la suit avec attention. […] On supprime un niveau intermédiaire de gestion pour redonner de l’argent pour les soins aux patients. Je n’ai pas d’autres commentaires pour l’instant », a dit M. Couillard, n’excluant aucune option.

Le ministre Barrette reproche depuis des semaines à l’opposition péquiste de ralentir l’étude du projet de loi et en a rajouté mardi. « Je considère qu’on fait du surplace, a-t-il dit lors d’un d’impromptu de presse. On est rendu à plus de 70 heures de débat parlementaire et on est rendu à l’article 4 [sur 165]. »

Le ministre souhaite mettre en oeuvre sa réforme le 1er avril et espère réaliser des économies de 220 millions de dollars grâce à l’abolition de centaines de postes de cadres et la diminution du nombre d’établissements dans le réseau.

L’adoption du projet de loi 10 est par ailleurs importante pour le gouvernement puisqu’elle doit précéder celle du projet de loi 20. Celui-ci prévoit notamment l’imposition de quotas de patients aux médecins de famille.

Manoeuvre dénoncée

L’opposition péquiste accuse le ministre Barrette de vouloir mettre fin aux débats pour imposer ses idées. Selon la porte-parole du Parti québécois en matière de santé, Diane Lamarre, M. Barrette se trompe de cible. « Il passe des demi-heures à vilipender notre façon de poser les questions ou la nature de la question. On veut des réponses. On veut des réponses au nom de la population », a-t-elle fait valoir.

Du côté de la Coalition avenir Québec, le député François Paradis s’interroge sur les façons de faire du PQ, mais dénonce malgré tout le gouvernement Couillard. « On n’est assurément pas dans un processus démocratique, d’autant plus qu’il y a encore beaucoup de chemin à faire », a-t-il affirmé.

« Le projet de loi 10 aura trop de répercussions sur les 270 000 employés du réseau de la santé pour qu’on puisse l’adopter sans débat de fond », a ajouté la porte-parole parlementaire de Québec solidaire (QS), Françoise David.

Au sein du milieu de la santé, l’indignation est quasi généralisée. « Est-ce que ce sera dorénavant la façon de fonctionner de ce gouvernement ? » s’est demandé le président de la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec, Louis Godin. « C’est excessivement préoccupant. »

La Fédération des médecins spécialistes du Québec s’est gardée de commenter les rumeurs, mais sa présidente, Diane Francoeur, ne s’est pas dite surprise par la manoeuvre envisagée par les libéraux. « Imposer semble être leur mot d’ordre », a-t-elle noté.

Le Collège des médecins se demande quant à lui si les réformes « à la pièce » du gouvernement sont guidées par un « plan d’ensemble ». « S’il existe, il y aurait un intérêt pour tout le monde de le connaître pour savoir où on s’en va. […] S’il n’existe pas, on est encore plus inquiets parce qu’on ne sait pas dans quoi ça s’inscrit », a indiqué son président-directeur général, Charles Bernard.

Le son de cloche est quelque peu différent du côté de l’Association des cadres supérieurs de la santé et des services sociaux, qui constate que « le réseau public s’essouffle dangereusement ». « Le moins longtemps on restera dans l’ignorance, le mieux ce sera pour tous », a déclaré la directrice générale, Carole Trempe.

9 commentaires
  • Carole Dionne - Inscrite 4 février 2015 00 h 29

    Faut que cela cesse avec les médecins

    Fini le temps des études. Servons-nous de celles sur les tablettes. Et je dois donner crédit à Barrette

  • Pierre Germain - Inscrit 4 février 2015 07 h 07

    Le bâillon est antidémocratique, c'est l'échec de la séparation des pouvoirs.

    Cependant...

    Le réel patron des médecins sont les Québécois, qui les rémunèrent par les impôts, taxes et droits élevés qu'ils doivent payer. Ce qui est vrai aussi est que malgré les hausses indécentes de leur rémunération, les médecins ne livrent pas la marchandise, les soins n'ayant pas augmenté ni en quantité ni en accessibilité ni en qualité. Bien au contraire, les statistiques démontrent qu'ils en font moins. Et pourquoi en serait-il différent? Quand on se fait servir une augmentation de 60%, bien on peut travailler 30% moins tout en gagnant 30% plus! (En réalité, beaucoup plus que 30% car les frais fixes des médecins sont très loin d'avoir augmenté à ce rythme, et ces derniers peuvent maintenant s'incorporer.)

    Les Québécois n'en ont pas pour leur argent... et les médecins ont poussé le bouchon trop loin. La fracture est maintenant inévitable et l'heure est arrivée de rendre des comptes, de changer les paradigmes. Aucun autre patron n’accepterait un tel comportement des ses employés, aucun autre client n’accepterait un tel service de ses fournisseurs.

    • Rémi-Bernard St-Pierre - Abonné 4 février 2015 15 h 18

      Il s'agit ici du projet de loi 10.

      Je crois que vous faites plus allusion au projet de la 20 dans votre commentaire.

  • Marie-Claude Delisle - Inscrit 4 février 2015 09 h 18

    Non, pas question !

    On l'entend venir le cheuf avec ses immenses sabots. Mais cette loi ne peut passer comme du beurre dans la poêle parce qu'elle ne réglera rien. Dans un système publique, PU-BLI-QUE, et donc voué aux usagers, VOU-É, ce n'est pas en hyperfusionnant les services qu'on règlera quoi que ce soit.

    Tant que les médecins seront comme des entrepreneurs privés dans ce réseau publique, rien ne changera. Et vous croyez sincèrement que ce sont une troĩka de docteurs qui va y voir ??? Non mais vous êtes malades ! (Ce qui serait dommage parce que les meilleurs médecins partent pour médecins sans frontières. Ceux qui restent ne sont pas disponibles...)

  • Ginette Joannette - Inscrite 4 février 2015 09 h 28

    Pour réussir un changement ...

    Il faut que tous soit d'accord ... sinon c'est la chicane et l'escalade. Après la révolution tranquille nous aurons avec ce gouvernement la révolution de l'escalade.

  • Pierre Germain - Inscrit 4 février 2015 09 h 53

    Ce qui est sidérant, ce qui rend perplexe au superlatif, c'est que les médecins se plaignent constamment et unanimement d'être débordés, fatigués, de trop travailler. Cependant, quand on leur demande ce qu'ils veulent, ils répondent aussi unanimement vouloir plus d'argent, pas plus deffectifs!!!

    Il est temps de ramener leur rémunération à un niveau plus raisonnable et avec les sommes ainsi dégagées, former plus de médecins. Ainsi, ils seront moins fatigués et la population aura les services qu'elle paie chèrement et auxquels elle a légitimement droit.

    • Colette Pagé - Inscrite 4 février 2015 12 h 00

      Pour réussir le changement, il faut mettre autant de temps à le préparer qu'à le réaliser. À croire que cette méthode qui a fait ses preuves ne fait pas partie des réflextions du Dr Barrette qui préfère bulldozer les intervenannts et se les mettent à dos. Et pendant ce temps, le PM refuse d'exercer son leadership et de modèrer son impétueux ministre.