Les patients laissés pour compte

Me Ménard prédit que les médecins suivront moins de patients vulnérables et complexes pour arriver à atteindre leurs cibles, réduisant du même coup l’accès pour les vrais malades.
Photo: Annik MH De Carufel Le Devoir Me Ménard prédit que les médecins suivront moins de patients vulnérables et complexes pour arriver à atteindre leurs cibles, réduisant du même coup l’accès pour les vrais malades.

Rien de bon pour les patients : le projet de loi 20 comporte des risques élevés d’effets pervers, notamment pour les plus vulnérables, avertit l’avocat spécialisé en droit de la santé Jean-Pierre Ménard.

« Le ministre a l’air très courageux d’affronter les syndicats de médecins, ce qui lui vaut un capital de sympathie, mais le projet de loi ne s’attaque pas aux racines mêmes du problème d’accessibilité », explique-t-il dans une entrevue accordée au Devoir. Son analyse sera rendue publique lundi.

« Si le ministre avait du courage, il remettrait en question le statut de libre entrepreneur des médecins, tranche-t-il. Ce sont des réformes mal inspirées, qui sentent l’improvisation, en plus de nous entraîner dans la confrontation là où nous avons besoin de collaboration ». Me Ménard s’était déjà élevé contre le projet de loi 10 de réforme administrative, cet automne.

D’abord, le système de quotas de patients que le gouvernement du Québec veut imposer aux médecins de famille présente des risques importants, selon lui.

Me Ménard prédit que les médecins suivront moins de patients vulnérables et complexes pour arriver à atteindre leurs cibles, réduisant du même coup l’accès pour les vrais malades. De plus, il craint que la cible de patients à suivre, qui se veut un seuil minimal, ne devienne aussi un maximum au-delà duquel les médecins fermeront leurs listes.

 

Oser, pour les patients

M. Ménard affirme avoir reçu des tonnes de courriels de médecins. « Je ne les ouvre pas pour ne pas me faire influencer. J’ai le point de vue des patients ».

Comme le ministre, Jean-Pierre Ménard s’inquiète du fait que le nombre de médecins augmente ainsi que leur rémunération, pendant que les services à la population diminuent. C’est ce qu’indiquent les données de la RAMQ. Les causes de ce phénomène restent à éclaircir — cas plus complexes et fusion d’actes, disent les médecins. Semaines plus courtes et temps partiel, déplore le ministre. « Mais on voit bien que le gouvernement n’a pas négocié pour la population. On a ajouté deux milliards sans exiger plus de services, c’est de l’argent gaspillé ! Qui parle pour les patients ? »

Pour Me Ménard, ce n’est pas en imposant des quotas que l’on réglera le problème. « Il faut s’attaquer à l’organisation médicale et au mode de rémunération des médecins », dit-il.

Le mode de paiement à l’acte favorise le volume. De plus, en forçant les médecins à travailler davantage, le projet de loi 20 risque de gonfler la facture, puisque plus d’actes seront effectués. Me Ménard craint que d’autres services doivent être coupés pour payer cette facture.

Au premier coup d’oeil, les nouvelles exigences du projet de loi 20 envers les médecins spécialistes comportent moins de risques de dérives pour les patients, observe le juriste. Mais il n’y voit pas davantage de solutions porteuses. « Le délai pour répondre à une consultation à l’urgence ou les listes d’attente, ça ne devrait pas être dans un projet de loi. Ces pouvoirs devraient appartenir depuis longtemps à l’hôpital ! » Pour Me Ménard, le statut de libre entrepreneur des médecins au sein de l’hôpital cause préjudice aux patients.

Il déplore le climat de confrontation dans lequel se mettent en place les réformes actuelles. Le ministre dans un coin du ring, les médecins dans l’autre. « C’est une lutte médiatique, à qui aura la réplique la plus percutante. Mais c’est le fond qu’il faut regarder, pas en faire une joute. »

D’autant que les problèmes d’accès ne se régleront pas en s’attardant à un seul maillon de la chaîne, soit les médecins. « Il faut parler des soins infirmiers, des soins à domicile, de la prise en charge des personnes âgées… Encourager la concertation. Pas la confrontation. »

37 commentaires
  • Gaetane Derome - Abonnée 2 février 2015 00 h 29

    Il devrait y avoir des discussions.

    L'accessibilite aux soins devrait se discuter.Les differents professionnels de la sante ont des solutions ainsi que la FMOQ et sans doute les patients eux-meme.Mais ici on assiste a une decision du ministre de la sante qui semble sans appel et est plutot coercitive pour les medecins.
    Je suis d'accord avec maitre Menard ici,le projet de loi 20 n'est pas la solution surtout si on pense aux plus malades,les patients vulnerables.
    Mais,est-ce que le ministre de la sante acceptera de discuter?Ce gouvernement majoritaire et de type monarchique peut imposer ce qu'il veut..il a ete elu.

  • anne plouffe - Inscrite 2 février 2015 03 h 57

    La santé pour tout le monde ?

    Aujourd'hui en France, plus de 3 millions de français n'ont pas la possibilité de se payer une mutuelle. 1 français sur 3 est peu ou mal couvert. Les rendez-vous annulés pour raisons financières se font de plus en plus nombreux, et les premiers soins à être sacrifiés sont les soins dentaires et les soins spécialisés.
    Pour faire face à ce phénomène http://goo.gl/PQsovw a mis en place plusieurs initiatives, qui ont pour objectif d’amélioré les dépense de santé qui sont remboursé, avec un prix plus bas et les même garantie que les organismes que l’on peut trouver le marché
    En 2016, la couverture complémentaire des soins par l'entreprise sera rendue obligatoire pour l'ensemble des salariés. La situation devrait donc normalement s'améliorer.

  • Richard Bérubé - Inscrit 2 février 2015 06 h 37

    Il y aurait un autre Dieu au-dessus de Dieu, il se nommerair Barette!

    Le ministre Barette ne sera pas ministre toute sa vie, mais médecin il le sera! Donc oubliez la perte de statut de travailleur autonome pour les médecins...Étant super imbu de lui-même le docteur Barette fait le jar devant la télé ou l'auditoire persuadé qu'il est au-dessus de Dieu. Mais un jour les vraies affaires devront être résolues et non à coup de bravades. L'avocat semble avoir un début de piste, mais le danger avec la notion de travailleur à salaire pour les médecins, pourrait être la baisse de rendement....tant que ce sera des échanges de confrontations entre les parties, on fera du sur place. Et puis il y a toujours ces affirmations de part et d'autres dont on ignore si c'est la vérité....espèrons que le gros bon sens gagnera à la fin (pas Barette).

    • Claudette Piché - Inscrite 2 février 2015 10 h 35

      Il y a un Dieu des dieux et les autres dieux !
      Quand est-ce qu'on a vu un seul médecin se lever debout pour dénoncer le déni existant et publicisé concernant la Maladie de LYME chronique?

      AUCUN de peur d'être poursuivi par le Collège des médécins!

      Qu'on me dise que ces dieux pensent avant tout aux patients (et non clients) ...Il faudrait peut-être qu'on decendent de temps en temps du charriot tiré par les chevaux...qui sont tannés de tirer le diable par la queue pour offrir tout...à toujours les mêmes!

  • Roger Gobeil - Inscrit 2 février 2015 06 h 50

    Goulot d'étranglement

    Dans notre système de maladie, tout doit passer par le médecin. Tant qu'il en sera ainsi, notre santé devra attendre. Il faudrait trouver des solutions pour désengorger le système. Par exemple, pourquoi les infirmières cliniciennes n'auraient-elles pas la responsabilité de prescrire des médicaments?

    • Sol Wandelmaier - Inscrite 2 février 2015 12 h 53

      À part quelques médicaments qui ne demandent que peu de connaissance, comme les contraceptifs, les antifongiques des vaginites ou la pharyngite, la plupart des autres médicaments demandent une formation exigente...

      Si une personne prend sa formation au sérieux et accepte de passer assez d'années à étudier, alors, elle ne se limite pas à devenir une infirmière praticienne mais fini par devenir....un médecin!

  • Patrick Daganaud - Abonné 2 février 2015 07 h 22

    Finesse et justesse des propos

    Me Ménard nous présente une analyse juste, fine, causale. On le voudrait pour ministre de la Santé. Il est intègre.

    Le ministre Barrette entreprend d'imposants changements cosmétiques qui vont nourrir les flammes d'un conflit dont il a présumé que l'extinction valait deux milliards. En tous les cas, à l'épaisseur qu'il graisse, cela va brûler longtemps.

    C'est effectivement sans compter que les médecins ont autodéfini depuis belle lurette le cadre professionnel dans lequel ils s'insèrent et qui, sous maints aspects, laisse penser que leur mieux-être et la qualité de leurs interventions passent par un aménagement plus vivable de leur semaine de travail.

    Cela explique peut-être pourquoi l'augmentation du nombre de médecins se traduit par moins de patients rencontrés. La recherche finira par nous le dire, car il est vrai par ailleurs que certains d'entre eux ont des semaines de 70 heures et plus. Les chiffres étant ce qu'ils sont, il faut néanmoins qu'en moyenne, ils en voient moins...

    L'élément-clé est dans la déclaration de Me Ménard :
    « Il faut s’attaquer à l’organisation médicale et au mode de rémunération des médecins ».

    Sans doute faudra-t-il y cerner si, dans le domaine de la santé, dans celui des technologies médicales et dans l'industrie pharmaceutique, la libre entreprise est compatible avec le bien collectif.

    Je ne le crois pas.