Des médecins dénoncent une logique de «chaîne de montage»

Amir Khadir, député de Québec solidaire, arborait le stéthoscope avec d’autres médecins dimanche.
Photo: Annik MH De Carufel Le Devoir Amir Khadir, député de Québec solidaire, arborait le stéthoscope avec d’autres médecins dimanche.

Québec solidaire et une demi-douzaine de médecins de famille demandent au gouvernement Couillard de retirer le projet de loi 20, jugeant qu’il menace de transformer le système de santé québécois en « chaîne de montage » en imposant des quotas « irréalistes ».

Réunis à la Clinique médicale Quartier Latin, dimanche, ces professionnels de la santé, omnipraticiens dans la région de Montréal et ailleurs, ont dénoncé le projet de loi 20, qui risque à leur avis d’accélérer l’exode des médecins vers la pratique privée.

Comme la Fédération des médecins omnipraticiens, la Fédération des médecins spécialistes et les Médecins québécois pour le régime public avant eux, ces professionnels de la santé affirment être préoccupés par les risques liés à l’éventuelle mise en application de la « Loi favorisant l’accès aux services de médecine de famille et de médecine spécialisée ». La mesure législative risque d’accomplir tout le contraire selon eux.

Selon Amir Khadir, le projet de loi démontre la méconnaissance du Dr Barrette face à la médecine générale. « Les gens veulent des médecins qui sont prêts à les écouter lorsqu’ils en ont besoin, qui ne les mettront pas à la porte au bout de quelques minutes et qui prendront en charge l’ensemble de leurs problèmes. C’est ce genre de médecin que le projet de loi 20 va décourager et punir », a-t-il déclaré.

Pas le temps pour le suivi

S’il était adopté sous sa forme actuelle, le projet de loi 20 forcerait les médecins de famille à assurer des gardes à l’hôpital pendant les 25 premières années de pratique, contre 20 actuellement. Les médecins devraient en outre suivre des patients en cabinet, à raison de 1000 patients après cinq ans, un nombre qui augmenterait à 1500 au fil des années. Les médecins de famille verraient leur rémunération amputée de 10 à 30 % s’ils n’atteignent pas les cibles.

« Le suivi des patients prend du temps. En suivre 25 par jour, comme nous le demande Gaétan Barrette, c’est irréaliste. C’est me demander de faire de la mauvaise médecine », affirme la Dre Marie-Claude Goulet, qui pratique au CLSC des Faubourgs, et qui voit déjà près d’une douzaine de patients par jour.

Ses collègues et elle souhaitent que le gouvernement mette temporairement de côté le projet de loi afin de mieux consulter ceux qui pratiquent la médecine familiale sur le terrain. Une médecine bien différente de celle qu’a pratiquée, comme radiologiste, le ministre Barrette, n’ont-ils pas manqué de souligner.

Médecin de famille depuis près de 30 ans, aujourd’hui dans un Groupe de médecine familiale, la Dre Lucie Filion n’écarte pas elle-même la possibilité de claquer la porte, dans la foulée du dépôt du projet de loi 20, comme l’a fait la semaine dernière le Dr Vincent Demers, chef du département de médecine générale du CSSS Jeanne-Mance, qui a annoncé sa démission dans les pages du Devoir. « Si on m’oblige à faire une pratique déshumanisante, qui ne correspond pas à la médecine que je veux pratiquer, je vais prendre ma retraite et aller travailler pour Médecins sans frontières ou quelque chose d’autre. Je suis une passionnée de la médecine, mais de me demander de faire un tel débit, sans écouter les gens et leurs besoins… C’est non », dit-elle.

6 commentaires
  • Pierre Germain - Inscrit 2 février 2015 05 h 31

    Les médecins exigent toujours de gagner de plus en plus tout en travaillant de moins en moins! Ils exigent qu'on leur remettent un tribut, pour la seule raison qu'ils sont medecins, comme les petits seigneurs du Moyen-âge l'exigeaient de leurs vassaux, pour la seule raison de leur état.

    Nos médecins ne sont pas capables de remplir leurs engagement ni de servir correctement la population, mais refusent d'augmenter adéquatement leur nombre afin de préserver une rareté artificielle de leurs effectifs à leur avantage pécuniaire (moins de médecins se partageant ainsi la même tarte monétaire fixe de la RAMQ).

    Ils refusent obstinément l'apport d'autres professionnels de la santé afin de se réserver l'exclusivité ($) des tâches mêmes les plus banales.

    Il est temps de ramener leur honoraires à un niveau raisonnable et, avec les sommes ainsi dégagées, en former plus. Il faut considérer les mettre à salaire avec des objectifs à atteindre. Il faut leur retirer l'exclusivité d'une multitude d'actes.

    Les Québécois paient déjà trop d'impôts, taxes, droits et redevances pour des services qu'ils n'ont pas,

    • Sylvie Dussault - Abonnée 2 février 2015 13 h 23

      Entièrement d'accord avec vous. Leurs salaires devraient être coupés de la moitié.

    • Roxane Bertrand - Abonnée 2 février 2015 14 h 11

      La solution passerait-elle par la capacité du patient de s'oreinté vers le professionnel dont ils ont de besoin?

      Si les patients ont besoin d'une oreille, qu'ils aillent voir le psychologue, s'ils ont mal au dos qu'ils aillent voir le Chiro, s'ils ont besoin d'être plus en forme il y a le knésio...il y a aussi les infirmières, les nutritionnistes, les physio, et les podiatres. Ce sont eux, les professionnels de la santé, et quand le patient sera MALADE, il ira voir le médecin.

      On économiserait à investir aux bonnes places... Les médecins ne peuvent pas remplir toutes ces tâches. Il faut redéfinir beaucoup plus de chose que ce que la loi 20 prévoit pour avoir un bon rapport qualité prix dans notre système.

      En passant, la prescription de medicament est un acte réservé aux pharmaciens dans certains pays!

    • Gaetane Derome - Abonnée 2 février 2015 16 h 42

      En fait,si on parle des medecins de famille,ceux-ci devraient peut-etre etre payer plus cher,puisqu'ils ne sont pas payer a salaire et n'ont donc pas d'avantages sociaux.Ils doivent aussi payer eux-meme leurs assurances invalidite et se mettre de l'argent de cote pour leur retraite.
      Et,de plus,certains,ont des frais de bureau,de materiel et des frais d'employes.
      Mais ici n'est pas le sujet de l'article,et il faudrait peut-etre ecouter les medecins et ce que dit Amir Kadir a propos du PL20 avant de faire n'importe quel commentaire..

  • M'hammed Bouaïcha - Inscrit 2 février 2015 08 h 47

    Bref!

    Je me contenterai d'écrire cela:
    «J'étais dans une clinique sans RDV, et j'attendais voir un medecin que j'avais déjà vu, et j'ai assisté à un flagrant abus, démeusuré et inacceptable. J'ai vu un medecin faire défiler au moins 20 patients pendant que j'attendais mon tour». Il est clair que le système est épuisé et exploité de façon abusif. Bref, Le système est à revoir si on veut le garder pendant plusieurs années encore. Les medecins de famille, entre autres, doivent disparaître. Les patients peuvent aller dans n'importe quelle clinique et le principe du «premier arrivé, premier servi», sera appliqué.

  • Gaetane Derome - Abonnée 2 février 2015 13 h 54

    Enfin un député qui se lève contre le PL 20.

    Il etait temps de voir et entendre un depute dans les medias osant defier ce projet de loi 20.Et defier le ministre de la sante.
    Il est vrai que Dr.Kadir sait de quoi il parle puisqu'il pratique toujours et n'est pas seulement un politicien.Au contraire du PM et du ministre de la sante qui sont deconnectes de la realite de la pratique et du besoin des patients.