Le palmarès des idiots patentés

Adeptes de Darwin (ici peint par John Collier), les auteurs voient dans la «Male Idiot Theory» un phénomène relevant probablement de la sélection naturelle.
Photo: John Collier / CC Adeptes de Darwin (ici peint par John Collier), les auteurs voient dans la «Male Idiot Theory» un phénomène relevant probablement de la sélection naturelle.

Chaque année, le vénérable British Medical Journal (BMJ) publie en décembre une sélection d’articles quelque peu facétieux. Sur la forme, ces publications arborent tout le sérieux et tous les attributs habituellement exigés par la revue de référence. Mais sur le fond, elles s’autorisent un petit pas de côté

Cette année, le BMJ a décidé de frapper fort. Il consacre son titre principal à une étude britannique démontrant la « différence des sexes dans les conduites stupides ». Pour ce faire, le journal a puisé parmi les lauréats des Darwin Awards, des prix décernés en Californie à ceux qui « ont choisi d’améliorer le patrimoine génétique de l’espèce… en s’en extrayant définitivement ». Bref, ces prix honorent les morts les plus bêtes.

L’imagination humaine mise au service de la bêtise

Le site des Darwin Awards offre ainsi un joli concentré de l’imagination humaine mise au service de la bêtise. On y découvre cet habitant de Louisburg (Caroline du Nord) qui saute d’un avion pour filmer des parachutistes… en oubliant de porter lui-même un parachute ; ce Texan qui court après une canette de bière et se fait écraser par un camion ; ce braconnier polonais qui pêchait à l’électricité et subit le même sort que ses proies après être tombé à l’eau. Mention spéciale pour Garry Hoy, notaire de 39 ans : en voulant démontrer à des étudiants la solidité des vitres d’un immeuble de Toronto, il a chuté du 24e étage parce que l’une d’elles n’a pas résisté à son coup d’épaule. Le prix du jury revient à un apprenti terroriste tué par sa propre lettre piégée, celle-ci lui ayant été retournée faute de timbre.

Les hommes, champions des abrutis patentés

Si le prix se dit ouvert à tous « sans distinction de race, de culture et de niveau socio-économique », force est de constater que les hommes forment la grande majorité des lauréats. D’autant que le BMJ a choisi d’écarter les lauréates primées en compagnie de leurs compagnons — généralement des couples ayant expérimenté des positions trop audacieuses. Sur les 318 lauréats retenus dans l’échantillon, il ne reste que 36 femmes. Ces messieurs représentent donc 88,7 % des abrutis patentés.

Les signataires de l’article conviennent que des partis pris ont pu se glisser dans leurs travaux. Le prix ayant été créé par une femme, le jury pourrait avoir un penchant pour la bêtise masculine, souvent plus spectaculaire, plus « médiatique ». L’écart apparaît toutefois trop important pour être attribué à ces seuls éventuels décalages méthodologiques, estiment les chercheurs.

L’influence de l’alcool viendrait s’ajouter au tableau. « La différence peut s’expliquer largement par le comportement des deux sexes face à l’alcool, poursuivent les chercheurs. Sous l’empire de la boisson, les hommes semblent développer un sentiment d’invincibilité particulier. » On cite l’exemple de trois amis, au Cambodge, qui avaient inventé une variante de la roulette russe : après chaque verre, ils sautaient, à tour de rôle, sur une vieille mine, pas encore désactivée. L’explosion de l’engin les a tués tous les trois.

Pour les auteurs, démonstration est ainsi faite de ce qu’ils nomment la Male Idiot Theory. Ces prises de risque inconsidérées peuvent être vues, selon eux, comme un rite de passage, une quête de reconnaissance des autres mâles ou un objet de vantardise. Mais en bons adeptes de Darwin, ils se demandent si le phénomène ne relève pas de la sélection naturelle. Ces comportements stupides seraient finalement profitables… à ceux qui n’en sont pas les victimes.

À voir en vidéo