Le manque de ressources se fait sentir

Photo: Benjamin Goode iStock

Les intervenants en prévention du suicide sont inquiets devant de possibles réductions de leur financement alors que la demande pour leurs services est en forte progression et que le nombre de suicides demeure obstinément autour de 1100 par année au Québec.

Le directeur général de l’Association québécoise de prévention du suicide (AQPS), Jérôme Gaudreault, a souligné jeudi en conférence de presse à Montréal que les conditions sont réunies pour une détérioration de la situation.

« Le contexte actuel, avec ses restrictions budgétaires et l’insécurité économique, nous inquiète grandement. Nous craignons que les services ne puissent être offerts aux plus vulnérables d’entre nous dans un délai raisonnable », a-t-il déclaré, rappelant qu’il y a une corrélation directe et démontrée entre le chômage et le taux de suicide.

D’ailleurs, les signes d’une détresse croissante sont déjà palpables sur le terrain, selon Fabienne Audette, directrice générale de Suicide-Action Montréal.

« Nous vivons actuellement une très forte pression à devoir répondre à un volume d’appels qui augmente sans cesse, a-t-elle expliqué. Depuis trois ou quatre ans, nous avons vu une augmentation de 30 % du nombre d’appels, mais les ressources financières, elles, n’augmentent pas. »

En fait, ces ressources ont déjà commencé à diminuer de manière subtile et indirecte, note Jérôme Gaudreault.

« Dans les faits, il y a eu une baisse de l’indexation du financement donné aux organisations communautaires et il y a certains projets, qui étaient accompagnés de financement, qui ont été coupés dans la dernière année », a-t-il dit.

Or, les intervenants du milieu ne savent toujours pas ce que leur réserve le prochain budget provincial, bien qu’ils sachent déjà que celui-ci sera marqué par des politiques d’austérité et probablement assorti, donc, de compressions.

« Nous sommes très craintifs de perdre de l’argent alors que nous subissons déjà des pressions de plus en plus fortes de la part de l’Agence de santé [et de services sociaux de Montréal] pour répondre davantage aux appels. Déjà qu’on manque de ressources », soupire Fabienne Audette.

Elle ajoute que même du côté caritatif, la situation n’est pas encourageante puisque Centraide du Grand Montréal doit se montrer frugal avec les organismes tributaires, car il n’arrive pas à atteindre les objectifs de sa campagne annuelle de financement. « Ils ont coupé tous les organismes communautaires d’au moins deux pour cent l’an dernier », fait-elle valoir.

Légère baisse

Les dernières données sur le suicide au Québec, dévoilées lors de la conférence de presse, font état de 1102 suicides en 2012 dans la province, soit une moyenne de trois par jour.

Le taux de suicide, lui, se situe à 13,3 personnes par 100 000 habitants. Ce taux est en baisse constante mais modeste depuis quelques années, mais Jérôme Gaudreault fait valoir que ces légers progrès perdent leur sens devant un nombre de suicides qui refuse de chuter sous la barre des 1100.

« Si vous en parlez aux 100 000 personnes qui ont été endeuillées par le suicide au cours des dix dernières années, je ne suis pas sûr que [la baisse de taux] serait une nouvelle qui leur apporterait un certain réconfort », a-t-il laissé tomber.

La conférence de presse visait à lancer la 25e Semaine nationale de prévention du suicide, du 1er au 7 février, qui se déroulera sur le thème « T’es important-e pour nous. Le suicide n’est pas une option ».

1 commentaire
  • Catherine-Andrée Bouchard - Abonnée 30 janvier 2015 12 h 26

    L' " austérité " jusqu'aux confins du dernier tournant

    Encore des coupures chez les plus fragiles et les plus démunis.

    Avec son immense Chantier d'austérité motivé tout bonnement par une première année classique dans un gouvernement majoritaire, Couillard est en train d'épuiser le peu de ressources dont ces organismes communautaires indispensables sont totalement tributaires et parvient à saboter carrément la routine de cristal des plus vulnérables d'entre nous. Les gros bonnets ne sont pas inquiétés durant ce temps-la, ils peuvent dormir sur leur montagne de pognon.

    Qui ira grimper aux barricades??? Sûrement pas ces laissés pour compte aux sombres pensées pour qui se tenir debout constitue littéralement un Prodige de persévérance, et qui devraient en plus s'afficher au grand jour en tant que suicidaires et attirer sur eux une vague de préjugés indus parce qu'ils ont voulu rappeler au gouvernement qu'ils existent et qu'ils ont besoin plus que jamais en ces heures de ténèbres de se sentir épaulés par leur société.

    Comme dirait mon grand-père, plus j'en apprend sur les véritables intentions de Philippe Couillard plus j'aime mon chien.