Québec tient mordicus à économiser

L’Association québécoise des pharmaciens propriétaires tente de convaincre Québec des impacts des compressions sur la rentabilité des pharmacies et sur les patients.
Photo: Michaël Monnier Le Devoir L’Association québécoise des pharmaciens propriétaires tente de convaincre Québec des impacts des compressions sur la rentabilité des pharmacies et sur les patients.

Le ministre des Finances Carlos Leitão a besoin des économies prévues au projet de loi 28, notamment en ce qui a trait aux honoraires des pharmaciens, pour remettre le Québec sur la « voie de la prospérité ». Mais c’est à son collègue de la Santé, Gaétan Barrette, de négocier les modalités, a-t-il répondu aux pharmaciens qui prédisent des diminutions de services pour les patients.

« Les négociations se poursuivent, nous ne sommes pas au bout du processus », a assuré M. Leitão, malgré le dépôt du projet de loi qui prévoit des diminutions d’honoraires chiffrées à 177 millions par les pharmaciens. S’en remettant à son collègue Gaétan Barrette sur la manière d’aller chercher les économies, le ministre des Finances a reconnu être un « néophyte » en matière de pharmacie.

L’Association québécoise des pharmaciens propriétaires (AQPP) était de passage vendredi en commission parlementaire pour tenter de convaincre Québec des impacts des compressions sur la rentabilité des pharmacies et sur les patients.

Les pharmaciens estiment ne pas être responsables de l’augmentation des coûts. « Nous ne sommes pas à l’origine de la demande, il y a plus de prescriptions. Nous nous demandons ce que nous avons fait pour mériter un tel traitement, c’est un peu facile de blâmer les pharmaciens », a dit le président de l’AQPP, Jean Thiffault.

Mais Gaétan Barrette reste déterminé. Aux journalistes, il a dit que des économies de 133,5 millions devaient se concrétiser pour Québec en honoraires aux pharmaciens. Il ne croit pas que les réductions de services se concrétiseront. « On est dans le jeu de la négociation. Je ne crois pas que ça va arriver », a-t-il dit.

Le Parti québécois a pour sa part qualifié le projet de loi 28 de « petit mammouth » s’inspirant des tactiques du gouvernement de Stephen Harper, car il contient des dispositions sur des sujets variés. « C’est une dérive parlementaire », a dénoncé le député Nicolas Marceau.

Économies possibles ?

Le secteur du médicament a présenté d’autres idées d’économies au gouvernement.

Les assureurs privés estiment que leurs assurés économiseraient au moins 125 millions de dollars par an si les honoraires des pharmaciens étaient les mêmes que pour les assurés du régime public. Une économie qui profiterait à Québec en tant qu’employeur qui cotise aux régimes d’assurance des employés de la fonction publique. « Les Québécois assurés au privé paient en moyenne 17 % de plus pour leurs médicaments », a dénoncé Richard Gagnon, du Regroupement des assureurs de personne à charte du Québec. Si les pharmaciens, appauvris par le projet de loi 28, tentent de refiler la facture aux assureurs privés, l’écart pourrait gonfler davantage, s’inquiète-t-il.

L’inscription rapide des médicaments génériques à la liste des médicaments remboursés par la RAMQ après l’expiration d’un brevet de médicament d’origine est une autre voie à explorer. « En Ontario, c’est un jour ou deux, pas deux mois comme ici », déplore Jean Thiffault, de l’AQPP.

GMF : Barrette « scandalisé » par l’attitude de médecins

Québec — Le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, se dit « scandalisé » par l’attitude et le rendement fourni par certains médecins oeuvrant dans les groupes de médecine familiale (GMF).

M. Barrette a réagi avec virulence vendredi à un reportage de Radio-Canada portant sur le quart des 259 GMF répartis sur le territoire qui prétendent être incapables de respecter les cibles imposées par Québec sur le nombre de patients et les heures d’ouverture.

Loin d’être ému, le ministre s’en est pris aux médecins qui choisissent d’alléger leur pratique au nom de leur qualité de vie.

« J’ai vu trois médecins avoir la candeur de dire à la population : “Nous, on choisit notre qualité de vie plutôt que le service aux patients, et non seulement on choisit ça, mais on vous demande de nous payer pareil.” Heille ! », a fulminé M. Barrette.

« On ne peut pas prendre la population en otage en disant : “Moi, je me choisis. J’ai beau avoir un contrat avec la population, payez-moi quand même sinon j’arrête de donner des services” », a-t-il ajouté.

Le gouvernement ne demande pas aux médecins de travailler comme des forçats, mais d’adapter leur pratique aux besoins de la population, a fait valoir le ministre.
La Presse canadienne