Des réductions de services sont appréhendées

Du côté de Québec, on répète que c’est faute d’en arriver à une entente avec l’AQPP que le projet de loi 28 a été déposé, entente qui n’a pu être conclue depuis l’adoption du projet de loi 41 en décembre 2011.<br />
Photo: Michaël Monnier Le Devoir Du côté de Québec, on répète que c’est faute d’en arriver à une entente avec l’AQPP que le projet de loi 28 a été déposé, entente qui n’a pu être conclue depuis l’adoption du projet de loi 41 en décembre 2011.

Vos relations avec votre pharmacien de quartier pourraient changer. Vous pourriez vous heurter à une porte close le soir ou la fin de semaine. La résidence pour aînés pourrait avoir de la difficulté à faire préparer les piluliers de ses locataires. Et quand vous tenterez de faire renouveler une prescription en vertu des nouveaux pouvoirs accordés au pharmacien, il pourrait vous diriger… vers une clinique.

La survie de certaines pharmacies, notamment dans les quartiers et villages défavorisés, serait même en jeu.

Voilà l’analyse que fait l’Association québécoise des pharmaciens propriétaires (AQPP). Quelques semaines après le dépôt du projet de loi 28 qui ampute les honoraires de la RAMQ aux pharmaciens de 177 millions, elle se prépare à témoigner, vendredi, en commission parlementaire.

Scénario apocalyptique ? Pas selon le président de l’AQPP, Jean Thiffault, qui estime le manque à gagner de 50 000 à 500 000 dollars par pharmacie, pour une moyenne de 100 000 dollars. Les coupes représentent 18 % des honoraires publics des pharmaciens. « C’est la panique parmi nos membres, dit-il en entrevue. Pour les pharmacies dont la clientèle est âgée ou défavorisée, donc assurée par le régime public, l’impact est énorme. On parle de jusqu’à 500 000 $ de perte de bénéfices nette alors que les dépenses comme l’électricité et les salaires ne diminuent pas ! »

Selon lui, 350 pharmacies environ se retrouveront dans une situation financière très précaire.

L’impact sur les patients pourrait se faire sentir rapidement après l’adoption du projet de loi 28, avertit l’AQPP. La préparation des piluliers, essentielle aux personnes âgées, sera payée 5 $ de moins par patient par mois, une économie de 115 millions pour la RAMQ. Pour les pharmacies qui desservent des résidences pour aînés, qui ne sauraient fonctionner sans ces piluliers, il faudra prendre des décisions difficiles. « Ça prend du personnel pour les préparer et les vérifier. Les pharmacies dont les piluliers sont une activité importante vont avoir une décision d’affaires difficile à prendre », observe le directeur général Jean Bourcier. « Le service sera plus difficile à trouver pour les résidences pour aînés », croit M. Thiffault.

Des sept nouveaux actes accordés aux pharmaciens par l’adoption du projet de loi 41, seulement trois seront rémunérés. Il pourrait s’avérer difficile pour les patients d’obtenir les autres. « C’est évident qu’il ne s’en fera pas beaucoup, admet M. Thiffault. Prenons la prolongation d’ordonnances. Pourquoi le pharmacien mettrait sa responsabilité professionnelle en jeu sans être rémunéré ? Les patients vont être renvoyés vers la clinique médicale. »

Malgré des tentatives de discussion avec les cabinets des ministres des Finances et de la Santé, Carlos Leitão et Gaétan Barrette, l’AQPP dit se retrouver dans l’impasse. « Québec n’a absolument pas analysé l’impact de cette décision, qui est purement comptable », dit Jean Bourcier.

Il prédit un impact pour l’économie en région, où dans certains villages, la pharmacie représente le deuxième employeur en importance après l’épicerie. Les officines emploient plus de 40 000 personnes.

Sur le site Web de l’AQPP, plusieurs pharmaciens témoignent de l’impact des compressions.

Une pharmacienne de la Rive-Sud de Montréal, Gabrielle Nguyen Van Thinh, craint de devoir se départir de sa pharmacienne salariée, réduire les heures d’ouverture et cesser certains projets, notamment l’éducation à la santé auprès des petits des garderies. Propriétaire d’une toute petite pharmacie qui ajuste ses services à la population locale, elle est inquiète et se demande si elle pourra continuer à offrir les services complémentaires pour éviter des visites à la clinique à ses patients.

« Dans mon milieu, une coupe de l’ampleur qui a été annoncée entraînera des effets plus que néfastes. J’envisage une diminution des heures d’ouverture. Nous fermerons plus tôt le soir et les week-ends. Évidemment, des heures coupées signifieront une diminution de salaire pour mes employés », écrit de son côté Janic Dubé, pharmacienne à Château-Richer.

De Montréal, Pierre-Marc Gervais se demande s’il aura encore les moyens d’offrir le vaccin contre la grippe, de visiter ses patients vulnérables à domicile ou d’aller à la rencontre des itinérants dans la rue, comme il en a pris l’habitude. « Je suis inquiet pour mes patients les plus fragiles », résume-t-il.

Du côté de Québec, on répète que c’est faute d’en arriver à une entente avec l’AQPP que le projet de loi 28 a été déposé, entente qui n’a pu être conclue depuis l’adoption du projet de loi 41 en décembre 2011.

« Ce que nous demandons aux pharmaciens, c’est de respecter le plafond de rémunération liée aux piluliers à 25 % des honoraires totaux versés aux pharmaciens, tel que fixé dans une lettre d’entente négociée et signée par leur association. Au cours des dernières années, ces honoraires ont constamment augmenté et constituent présentement 33 % des honoraires versés », fait valoir l’attachée de presse du ministre Gaétan Barrette, Joanne Beauvais. « Nous sommes ouverts à poursuivre les négociations », ajoute-t-elle.

15 commentaires
  • Daniel Bérubé - Inscrit 22 janvier 2015 03 h 01

    Une pillule

    qui sera difficile a avaler pour plusieurs...

    Je me demande ce qu'il restera du Québec dans 3 ans...

  • Richard Lavallé - Inscrit 22 janvier 2015 05 h 57

    C'est déjà fait!

    Depuis le 1er janvier la succursale Familiprix de Saint Esprit de Montcalm dans Lanaudière, du pharmacien Lachance n'ouvre plus les fins de semaines. Il faut dire qu'elle est à côté du CLCS également fermé les fins de semaine. Capable d'avoir un steak à 3 heures du matin; mais pas de médicaments les fins de semaine . Après les politiciens, les professionels de la santé seront les prochains à être pris en "grippe" par la population.

  • Robert Lauzon - Abonné 22 janvier 2015 06 h 43

    Le pilulier, essentiel dans plusieurs cas.

    M. Barrette, ce caquiste-plquiste utilise des techniques de négociations dignes des plus grands despotes. Il force la conclusion par une loi puis revient à la table de négocier puis dit "nous sommes (maintenant) ouverts à poursuivre les négociations".

    Ce médecin servant les citoyens du Québec dont la devise est "Je me souviens" a probablement oublié son serment d'Hippocrate: « Au moment où je vais exercer le métier pour lequel j'ai eu le privilège d'être formé,

    JE JURE de garder intacte la science qui m'a été transmise, et de la perfectionner autant que me le permettront mon temps et mes forces.

    JE JURE de toujours avoir le courage de douter de moi-même et de ne jamais prendre, pour mes patients, le risque d'une erreur qui pourrait mettre leur santé en péril ; je ferai en sorte d'obtenir, par tous les moyens possibles, la confirmation d'un diagnostic dont je ne serais pas absolument sûr.

    JE JURE de ne jamais divulguer, hors le cas où la loi m'en fera un devoir, les secrets dont j'aurais pu avoir connaissance dans l'exercice de ma profession.

    JE JURE de toujours me souvenir qu'un patient n'est pas seulement un cas pathologique, mais aussi un être humain qui souffre. À celui qui entrera chez moi pour chercher simplement un réconfort, ce réconfort ne sera jamais refusé.

    Je n'oublierai pas que la prévention est la meilleure des médecines ; et si je n'y participe pas moi-même, JE JURE de ne jamais considérer l'action préventive avec négligence ou hostilité.

    Je prends acte de ce que la Médecine devient de plus en plus sociale à la fois parce qu'elle a pour destinataire la collectivité humaine tout entière et parce quelle peut désormais être exercée sous des formes non individuelles. Si je ne pratique pas moi-même ces formes sociales et collectives de l'exercice de mon Art, JE JURE de ne pas entrer en lutte contre ceux qui les auront choisies. Qu'à la fin de ma vie, je puisse me dire que je n'ai jamais enfreint ce serment. »

    Le Québec peut et mérit

  • Richard Bérubé - Inscrit 22 janvier 2015 07 h 07

    Coupe across de board!

    C'est ce qui arrive quand tu décrètes une coupe identique pour tous les domaines...il y aura beaucoup de perdants et de victimes avec la chirurgie financière Couillard. Je réalise qu'il faille un effort magistral pour sauver la province de la faillite, mais peut-être qu'un ou deux domaines particuliers auraient pût être épargnés. Je ne crois pas qu'égorger les pharmaciens soit une très bonne idée, personne n'a à travailler pour rien...le problème c'est que le Québec se paient des services qu'il n'a tout simplement pas les moyens de soutenir. Il y a aussi l'attitude fendante du duo ministériel Coiteux, Barette, qui n'arrange pas les affaires....quand tu joues les bullies des fois tu t'arranges pour avoir des problèmes, il s'agit toujours de garder ta crédibilité, et là je pense que ce duo commence à avoir des difficultés.

  • Jean-Yves Marcil - Inscrit 22 janvier 2015 07 h 09

    Gérer à coup de hache...

    Un gouvernement pour être bon gestionnaire se doit-il de chercher comment mettre la hache dans les services.