Priorité: rehausser l’autonomie du personnel infirmier

Avec 10 000 patients orphelins et le ratio de médecins par 1000 habitants parmi les plus bas au Québec, les gens de la région du nord de Lanaudière peinent à se faire soigner. Un citoyen a même déjà publié une petite annonce libellée « Citoyens cherchent médecin ». Sans succès, il va sans dire. Les retraites sont toujours plus rapides que le recrutement.

Le directeur général du Centre de santé et de services sociaux, Martin Beaumont, en a eu assez. Sa région a beau se trouver à une heure de Montréal, c’est le regard tourné vers le Nord, le grand, qu’il a trouvé son inspiration avec l’aide de son équipe.

Les médecins ne s’installent pas chez nous, s’est-il dit. Qu’à cela ne tienne. Nous avons des infirmières ! « Notre priorité, c’est de déployer une stratégie basée sur le rehaussement de l’autonomie et de la pratique de notre personnel infirmier », explique-t-il.

Problèmes chroniques

Le déploiement de cette stratégie est en cours. L’équipe d’infirmières de proximité du CLSC de Saint-Gabriel-de-Brandon a commencé à suivre une cohorte de patients choisis pour leurs problèmes de santé chroniques. Ils étaient les plus susceptibles de se retrouver à l’urgence de Joliette faute d’accès rapide aux soins.

Une autre brigade, des infirmières en milieu rural, assume des gardes dans 18 municipalités et villages de la région, installées dans les locaux… des villes ! Dans ce cas, l’accès est pour l’instant réservé aux 55 ans et plus.

La somme nécessaire au démarrage du projet, 250 000 $ sur deux ans, vient de la Fondation de l’Ordre des infirmières et infirmiers du Québec. Mais la pérennité est assurée, selon M. Beaumont, car l’argent a été investi dans le démarrage du projet et non pas dans son fonctionnement.

Maximiser le potentiel

Diabète, hypertension, dyslipidémie… Avec de la formation et l’utilisation des ordonnances collectives nationales, les infirmières du nord de Lanaudière ont une grande latitude pour traiter ces maladies.

En cas de doute, elles peuvent consulter un infirmier praticien spécialisé (IPS) de première ligne. Et, en dernier recours, le médecin partenaire de la clinique d’en face est consulté. Ce dernier est délesté de la charge liée à cette clientèle suivie par les infirmières et a pu prendre en charge de nouveaux patients.

L’IPS de première ligne, c’est Gilles Cossette. Il a travaillé plusieurs années dans le Nord. « Quand un médecin de Saint-Gabriel est décédé en 2006, il y a eu rupture de services. J’ai commencé à faire du sans-rendez-vous avec le médecin… »

C’était le début de la grande réorganisation des soins. « Mon objectif était de ramener ma pratique du Nord, plus autonome, vers le Sud, de me battre pour la pratique avancée au Québec. Finalement, je pense que ma pratique ici est encore plus intéressante qu’elle l’était dans le Nord ! », dit M. Cossette, qui, en plus de superviser l’équipe d’infirmières en soins chroniques, suit environ 1000 de ses propres patients.

À Chertsey, on s’affaire à reproduire le modèle. Et l’expérience pourrait être répétée à Saint-Michel-des-Saints.

La région a été l’une des premières à accueillir des IPS et en compte maintenant 17, ce qui fait la fierté de Martin Beaumont. Mais il est aussi très fier des infirmières, qui ne portent peut-être pas le titre de« super-infirmières » mais qui pratiquent enfin leur profession à leur plein potentiel.

Les besoins sont grands

Le problème d’accès n’est pas réglé pour autant. Les besoins sont grands. La population vieillit, la pauvreté est élevée dans certains villages. « Pour avoir le meilleur retour sur investissement, il fallait commencer par les maladies chroniques, explique M. Beaumont.

 « Dans mes rêves les plus fous, on va beaucoup plus loin que des cliniques de soins infirmiers, on prend en charge, avec des équipes interdisciplinaires, la contraception, les infections transmissibles sexuellement, la prévention, la santé mentale de première ligne… On tisse une relation de confiance avec le milieu ! »

Que font-elles?

L’infirmière technicienne
Avec leur diplôme d’études collégiales, les infirmières techniciennes sont les plus nombreuses dans le réseau de la santé. Elles sont partout et, grâce notamment aux ordonnances collectives, elles peuvent élargir leur champ de pratique et prescrire certains médicaments.

L’infirmière clinicienne
Détentrice d’un baccalauréat en sciences infirmières, l’infirmière clinicienne possède le même permis que l’infirmière technicienne. Son champ de pratique est toutefois plus large : elle peut concevoir des plans de soins, coordonner les services et faire de la recherche, entre autres. Au Québec, 38 % des infirmières sont des cliniciennes.

L’infirmière praticienne spécialisée
L’infirmière praticienne spécialisée (IPS) détient un diplôme universitaire de deuxième cycle, lequel peut être spécialisé en première ligne, en néonatalogie, en cardiologie ou en néphrologie. Elle peut notamment prescrire des tests diagnostics et des traitements et jouit d’une plus grande autonomie. Il n’y a que 232 IPS au Québec.