Saison record de grippe

Près de 5000 cas du virus de l’influenza A ont été confirmés au Québec depuis novembre. Ci-dessus, une fillette reçoit un vaccin intranasal contre la grippe.
Photo: Chris Gardner Associated Press Près de 5000 cas du virus de l’influenza A ont été confirmés au Québec depuis novembre. Ci-dessus, une fillette reçoit un vaccin intranasal contre la grippe.

La situation demeure difficile dans les urgences du Québec, notamment en raison d’une saison record de grippe. Près de 5000 cas confirmés du virus de l’influenza A ont été répertoriés depuis le début de novembre. Le Laboratoire de santé publique du Québec (LSPQ) a en outre détecté des mutations du virus H3N2 qui pourraient être responsables d’une relative inefficacité du vaccin.

Avec 1800 cas confirmés pour la seule semaine s’étant terminée le 27 décembre, on comprend pourquoi les urgences de la province ont été éprouvées pendant le congé des Fêtes. Ces statistiques ne sont que la pointe visible de l’iceberg, puisque beaucoup de malades se soignent à la maison sans que leur cas soit confirmé. Avec une proportion de tests positifs à l’influenza de 38 %, nous sommes devant une situation « exceptionnelle », rapporte Hugues Charest, conseiller scientifique au LSPQ.

Il qualifie de « fulgurante » l’augmentation du nombre de cas de semaine en semaine.

La grippe a frappé en avance cette année. L’an dernier, moins d’une centaine de cas avaient été confirmés pendant la semaine de Noël. Le pic d’activité grippale était survenu en février, avec environ 700 cas par semaine, soit deux fois moins que ce qui est observé actuellement.

Dimanche, Info-Santé a reçu 5226 appels, dont le quart concernaient des symptômes respiratoires et la grippe, indique le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS).

 

Il est toujours trop tôt pour déterminer si le pic d’activité grippale a été atteint. Et, malgré le fort achalandage des urgences, Québec ne compte pas ouvrir de cliniques de grippe pour l’instant. « La situation dans le réseau est plutôt maîtrisée, compte tenu du niveau d’achalandage élevé, et on y observe une très grande collaboration », dit la responsable des communications du MSSS, Marie-Claude Lacasse.

« Nous demeurons à l’écoute des recommandations des agences quant à la nécessité d’ouvrir des cliniques de grippe », ajoute-t-elle.

Vaccin moins efficace

 

Pour Hugues Charest, la situation, bien qu’exceptionnelle, est calquée sur celle qui prévalait en 2012-2013.

Tout comme cette année-là, le Laboratoire de santé publique du Québec a été en mesure de confirmer que la souche d’influenza H3N2 actuellement en circulation, qui est responsable de la majorité des cas de grippe, a muté. Cela signifie que le virus diffère, dans une certaine mesure, de la souche contenue dans le vaccin. Selon le LSPQ, cela « compromettrait l’efficacité du vaccin envers ce sous-type », écrit le laboratoire dans son plus récent bulletin d’information.

« En 2012-2013, nous avions une efficacité de 45 % pour le vaccin. C’est faible. Et on ne s’attend même pas à ce niveau pour cette année, dit M. Charest. En voyant le nombre de cas, on se doute que c’est moins efficace qu’à l’habitude. » C’est à la mi-janvier qu’on devrait connaître l’efficacité réelle du vaccin cette année.

« La vaccination, même si elle ne prévient pas complètement la maladie, demeure malgré tout le moyen à privilégier pour se protéger contre la grippe », préconise le MSSS. Le vaccin confère tout de même une certaine immunité.

Urgences sous pression

 

Lundi, la situation restait difficile dans les urgences du Québec: le taux d’occupation des civières atteignait 152 % en Montérégie, contre 220 % dans Lanaudière, 135 % dans les Laurentides et 153 % en Outaouais.

Dans la région de Québec, le taux d’occupation des civières dépassait de près d’une centaine de patients le nombre des places habituellement disponibles.

Le 30 décembre, 2900 patients se sont présentés dans les urgences montréalaises, du jamais vu, selon le Dr Jacques Ricard, directeur des services généraux, des maladies chroniques et de la première ligne à l’Agence de la santé de Montréal. Avec 1852 patients inscrits en 24 heures lundi, l’achalandage est demeuré très important. Le taux d’occupation des civières était toujours de 126 %.

Malgré tout, à Montréal, on estime que la situation est maîtrisée. « Les conséquences sont moins importantes que les années précédentes », estime le Dr Ricard. Il évoque en ce sens le nombre des patients sur civière depuis plus de 48 heures. Ils étaient 120 dimanche, « mais, il y a deux ans, ils étaient 178, soutient le Dr Ricard. Les établissements ont été capables d’absorber l’achalandage. » Des lits ont été ouverts, des effectifs ajoutés. Aussi, les centres d’hébergement et de réadaptation ont admis des patients qui sortaient de l’hôpital même les jours fériés, pour libérer des lits. « Tout le monde a mis l’épaule à la roue. Une chance ! », se félicite le Dr Ricard.

Il ne croit pas qu’il soit nécessaire d’ouvrir des cliniques de grippe pour l’instant, malgré la situation exceptionnelle. « On est satisfait de ce qui a été mis en place, mais on continue à suivre la situation de près. »

Il demande aux malades d’éviter l’urgence lorsque cela est possible, en se soignant à la maison, en consultant Info-Santé et en se présentant dans une clinique sans rendez-vous, au besoin.

Nombre de cas d’influenza A par semaine

27 décembre 2014: 1800

20 décembre 2014: 1239

13 décembre 2014: 934

6 décembre 2014: 413

29 novembre 2014: 244

22 novembre 2014: 74

15 novembre 2014: 22

8 novembre 2014: 17

1er novembre 2014: 9

Source: Laboratoire de santé publique du Québec


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