La grippe fait déborder les urgences

Comme celle de plusieurs autres hôpitaux du Québec, l’urgence de l’Hôpital Maisonneuve-Rosemont fonctionne en surcapacité.
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir Comme celle de plusieurs autres hôpitaux du Québec, l’urgence de l’Hôpital Maisonneuve-Rosemont fonctionne en surcapacité.

Les urgences débordent dans plusieurs régions du Québec, en raison de la propagation du virus de la grippe pendant la période des Fêtes.

Bien que l’activité grippale soit forte, il est trop tôt pour confirmer si le pic de transmission du virus a été atteint, indique le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS), qui assure suivre la situation de près. Les régions de Saguenay, Chaudière-Appalaches, Mauricie–Centre-du-Québec, Montréal, Capitale-Nationale, Laval, Laurentides et Lanaudière sont davantage touchées. Alors que les urgences un peu partout au Québec sont débordées, la situation pourrait donc encore gagner en intensité avant de se stabiliser.

Dans la région de Montréal, lundi matin, le taux d’occupation des civières des urgences était de 134 %. Plus de 2500 patients s’étaient présentés à l’urgence en 24 heures dans la métropole, dont 390 avaient des symptômes d’allure grippale (SAG). Le taux d’occupation sur civière dépassait les 200 % à l’Hôpital Jean-Talon et à l’Hôpital général du Lakeshore.

Dans l’est, à l’Hôpital Maisonneuve-Rosemont, le Dr Francis Méthot qualifie la situation de « précaire ». Avec des volumes de 180 à 230 patients inscrits à l’urgence par jour, dont jusqu’à 79 transports par ambulance, « on fonctionne en surcapacité », indique le directeur des services professionnels et des affaires médicales. Impossible actuellement d’isoler tous les patients présentant des SAG à l’urgence, faute de place. « Nous avons ouvert des lits et rappelé du personnel en vacances », indique le Dr Méthot. Avec le nombre de cas qui ne cesse de croître, il croit que l’ouverture de cliniques de grippe temporaires pourrait soulager les urgences de la pression qu’elles subissent.

Appel à la vaccination

La région de Québec n’est pas en reste. Au Centre hospitalier universitaire de Québec (CHUQ), le taux d’occupation moyen des différentes urgences frôlait les 150 %. Et cela, essentiellement en raison de cas de grippe chez des personnes âgées, dit Richard Fournier, directeur des communications. « La situation est relativement sous contrôle à l’intérieur de nos murs, c’est un casse-tête d’isoler tout le monde, mais on y arrive, dit-il. Nous ajoutons des ressources au besoin pour soulager les urgences. »

Certains établissements ont suspendu les visites. C’est le cas notamment de l’Hôpital Pierre-Le-Gardeur, dans Lanaudière, où, dans la journée de lundi, on a pris la décision d’interdire les visites dans l’ensemble des unités de l’établissement. « L’objectif est d’assurer la sécurité des usagers hospitalisés et de diminuer le risque de transmission d’infections », indique l’établissement. Les visites demeuraient permises aux soins intensifs, en pédiatrie et aux soins palliatifs.

« L’an dernier, c’était tranquille, là, ce n’est pas du tout le même portrait ! », dit Julie Lévesque, chef du service de prévention des infections pour le CSSS du Sud de Lanaudière. Elle encourage les gens à se faire vacciner. « C’est ce qui nous aide le plus à contrôler le virus », rappelle-t-elle. Des experts américains ont indiqué, début décembre, que le vaccin pourrait être moins efficace cette année en raison d’une mutation du virus H3N2 qui est en circulation. On ne saura toutefois qu’à la fin de la saison grippale ce qu’il en est réellement. En attendant, cette protection vaut toujours mieux qu’aucune, dit Mme Lévesque.

Le Centre hospitalier régional de Trois-Rivières et l’Hôpital de Shawinigan ont aussi restreint les visites, tout comme ceux de Chicoutimi, de Jonquière et de Gatineau.

Les visites dans plusieurs CHSLD de la province ont aussi été suspendues ou restreintes pour freiner la propagation de la grippe.

Hôpitaux pédiatriques débordés

À Montréal, les deux hôpitaux pédiatriques invitent les parents à réserver les visites à leur urgence pour les cas qui le nécessitent vraiment.

Bien que la transmission du virus de la grippe soit très forte actuellement, ce qui explique cet achalandage exceptionnel, le virus ne semble pas nécessairement plus virulent que d’habitude. La très grande majorité des cas peuvent être soignés à la maison.

À dix heures, lundi matin, déjà 267 petits patients avaient été inscrits aux urgences du CHU Sainte-Justine, dont 104 présentaient des SAG. Toutefois, seulement 13 enfants ont été hospitalisés pour des complications liées à la grippe dans les 24 dernières heures, la très grande majorité des cas pouvant être renvoyés à la maison. Seul un bébé de moins de trois mois a dû être admis aux soins intensifs.

À l’Hôpital de Montréal pour enfants, l’urgence doit aussi composer avec une affluence accrue. De 50 à 100 enfants de plus chaque jour se présentent. Encore là, très peu de patients ont été hospitalisés.

« On ne fait rien de magique à l’urgence », rappelle le chef de l’urgence, le Dr Harley Eisman, puisque les virus qui courent actuellement commandent surtout du repos, à moins de complications, comme une pneumonie. « Nous sommes vraiment débordés. Avec l’influenza, le virus syncytial respiratoire, l’adénovirus et la gastro, ça nous fait un beau cocktail. Il faut boire, donner de l’acétaminophène et attendre », conseille-t-il.

En cas de symptômes grippaux, les personnes à risque — moins de deux ans, plus de 65 ans, femmes enceintes et malades chroniques — doivent consulter Info-santé. Les adultes et les enfants qui présentent un essoufflement, des difficultés respiratoires et des douleurs de respiration sont invités à consulter un médecin dans une clinique sans rendez-vous.

Quand aller à l’urgence ?

En cas de symptômes grippaux, il faut se rendre à l’urgence si un enfant ou un adulte est dans l’une des situations suivantes.

– Difficulté à respirer qui persiste ou qui augmente

– Lèvres bleues

– Difficulté à bouger

– Raideur importante au cou

– Somnolence, difficulté à rester éveillé

– Confusion, désorientation

– Convulsions

– Absence d’urine depuis 12 heures

– Fièvre chez un bébé de moins de 3 mois

– Fièvre chez un enfant qui est trop calme et moins énergique que d’habitude, qui refuse de jouer ou qui est agité.


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