Soleil et chirurgie: le tourisme médical prospère en Asie

Cette Bangladaise est venue se faire soigner dans un hôpital privé de Kuala Lumpur, en Malaisie. Elle est l’une des quelque 770 000 patients internationaux qu’accueille le pays.
Photo: Manan Vatsyayana Agence France-Presse Cette Bangladaise est venue se faire soigner dans un hôpital privé de Kuala Lumpur, en Malaisie. Elle est l’une des quelque 770 000 patients internationaux qu’accueille le pays.

Le tourisme médical est en plein boom en Asie, où plusieurs pays portés depuis des années par une forte croissance offrent des soins de haute qualité à des prix attractifs, attirant des millions d’étrangers, venus même d’Europe et des États-Unis.

Le secteur de la santé bénéficie d’un « afflux de population vieillissante dans le monde, qui fait augmenter la fréquentation et le choix dans des hôpitaux de qualité », explique Josef Woodman, le p.-d.g. de l’organisation américaine Patients Beyond Borders, qui publie des guides consacrés à ce sujet. « C’est particulièrement vrai en Asie, où les disparités dans la qualité des soins incitent les gens à se tourner vers des pays comme la Thaïlande, la Malaisie, la Corée du Sud, Taïwan — et à venir même du Royaume-Uni et des États-Unis », ajoute-t-il, soulignant l’important potentiel de croissance à court terme dans ce secteur.

Des acteurs asiatiques de premier plan tels l’Inde, la Malaisie, Singapour et la Thaïlande effectuent une promotion active de soins médicaux en promettant aux patients d’économiser jusqu’à 80 % de ce qu’ils dépenseraient dans des pays développés, certaines sociétés offrant des forfaits combinant une opération pour se refaire le nez avec un séjour à la plage.

L’Asie du Sud-Est, en particulier, est considérée comme une « zone idéale » pour le tourisme médical, après des décennies de solide croissance économique dont certains pays ont profité pour créer des systèmes de soins de haute qualité à des prix compétitifs.

Les patients viennent à la fois de pays riches et pauvres, les premiers évitant les soins onéreux dans leur patrie, et les seconds recherchant des soins de meilleure qualité que chez eux, à l’image de Nusrat Hussein Kiwan, femme d’un cadre du Bangladesh venue subir un pontage coronarien en Malaisie.

Des centaines de millions

Depuis 2010, le marché du tourisme médical en Malaisie a quasi doublé, totalisant 770 000 patients et des recettes de 200 millions de dollars l’an passé, selon le gouvernement de cet État de quelque 28 millions d’habitants.

Autre pays d’Asie du Sud-Est, la Thaïlande (66 millions d’habitants) indique avoir accueilli en 2012 environ 2,53 millions de touristes médicaux, incluant ceux des stations thermales. En deux ans, le nombre de patients a augmenté d’un tiers et les recettes ont doublé à quelque 4,2 milliards de dollars.

À Singapour, les touristes médicaux ont dépensé l’an passé 630 millions de dollars, un montant légèrement gonflé par le coût de la vie relativement élevé dans cette ville-État moderne de 5,4 millions d’habitants.

Face au boom du tourisme médical, la Malaisie a créé une institution consacrée à cette industrie prospère, dans un pays où l’anglais est très répandu et où les soins sont nettement moins chers qu’au Japon, aux États-Unis et en Europe, observe l’organisation Patients Beyond Borders.

Chirurgie esthétique

« Je reviendrais [en Malaisie] et je recommanderais sans aucun doute » ce pays, confie Alexandria Garvie, une Australienne de 61 ans, sur son lit d’hôpital à Kuala Lumpur. Elle a subi une intervention de chirurgie esthétique du ventre et déboursé au total 5000 $, soit un quart de la somme qu’elle aurait dû payer en Australie pour la même opération, selon elle.

La plupart des touristes médicaux venant en Malaisie sont cependant plus fortunés et originaires de pays moins développés, tels l’Indonésie, suivie de l’Inde, du Japon et de la Chine. À l’avenir, la croissance de ce secteur devrait venir d’habitants de pays riches du Proche-Orient.

Pour attirer les patients, Beautiful Holidays, une agence de voyages de Penang, île du nord de la Malaisie, met en contact des clients étrangers avec des chirurgiens esthétiques locaux, organise leur séjour avec bilan pré et postopératoire, ainsi que des activités touristiques sur l’île connue pour ses plages et sites historiques.

L’idée, explique un responsable de l’agence, « c’est d’avoir des gens qui viennent ici pour des vacances — soleil et silicone — des choses comme ça ».

Les disparités dans la qualité des soins incitent les gens à se tourner vers des pays comme la Thaïlande ou la Malaisie.