Des offres «méprisantes» en santé

Le libellé des offres de Québec à l’endroit des travailleurs du réseau de la santé reste très général, mais les syndiqués n’y voient qu’une intention : charcuter leurs conventions collectives. Tant sur le front des négociations que pour protester contre les compressions, des moyens de pression sont à prévoir. Deux syndicats locaux ont déjà obtenu des mandats de grève légaux applicables au 1er avril.

« Le premier mot qui me vient à l’esprit, c’est “méprisant” », dit Martine Robert, vice-présidente responsable de la négociation pour l’Alliance du personnel professionnel et technique (APTS). « Ce qu’on peut lire entre les lignes, c’est qu’on attaque des acquis, et qu’on semble vouloir charcuter les conventions collectives. »

Dans un communiqué commun, huit syndicats de la santé qualifient la proposition de départ du gouvernement pour les négociations sectorielles d’« évasive et insidieuse ».

« La grogne était déjà importante avec les projets de loi 10 et 15. C’est une gifle de plus », dit Josée Marcotte de la Fédération de la santé et des services sociaux (FSSS-CSN).

Dans les documents déposés, les négociateurs du ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) disent vouloir agir sur l’accessibilité et la qualité des services, la performance du réseau, la disponibilité de la main-d’oeuvre et la « gestion responsable » des ressources financières. Les syndicats comprennent qu’on demande à leurs membres de travailler plus et de renoncer à leurs acquis.

Le ministre Gaétan Barrette souhaite d’abord s’entendre sur les « grands principes » avec les syndicats, explique son attachée de presse, Joanne Beauvais. Même si l’atteinte de l’équilibre budgétaire reste dans la mire, elle affirme que le MSSS ne négocie pas dans le seul but d’économiser. Les syndicats recevront sous peu des propositions chiffrées, promet-elle.

Les syndicats affiliés à la Fédération de la santé et des services sociaux (FSSS-CSN) du CSSS de Laval et du CHU Sainte-Justine détiennent tous deux des mandats de grève légale, applicables au besoin au lendemain de l’échéance des conventions collectives, en avril 2015. Les départements où les compressions entraîneraient une diminution d’au moins 10 % des services donnés aux patients se donnent ainsi un droit de grève, dans les limites imposées par la Loi sur les services essentiels.

D’autres pourraient emboîter le pas. Du côté de l’APTS, dès janvier, les syndiqués se pencheront sur les moyens de pression à mettre en branle. « Oui, ça pourrait aller jusqu’à des mandats de grève », indique Martine Robert.

Cégep : les professeurs inquiets

Après les enseignants du primaire et du secondaire, c’était au tour des professeurs de niveau collégial de s’indigner, jeudi, des offres de Québec. « On nous dépose une commande du Conseil du trésor apprêtée à la sauce cégep. Le ministre Coiteux nous parle de moderniser les conventions collectives, ce qui ne signifie rien d’autre que de passer à la hache nos conditions de travail », a dénoncé dans un communiqué Nicole Lefebvre, vice-présidente de la FNEEQ-CSN.

L’Alliance des syndicats des professeurs de cégep (ASPPC) accuse Québec de vouloir augmenter la charge d’enseignement, diminuer la sécurité d’emploi et rendre plus difficile l’acquisition de la permanence. Dans les documents déposés par Québec, le gouvernement évoque entre autres une éventuelle baisse de 11 % des inscriptions au collégial en 2019-2020 pour justifier le besoin de revoir certaines clauses de la convention collective.

À l’instar du milieu de la santé, les offres déposées aux enseignants du collégial abordent de grands principes sans chiffrer les demandes.

À voir en vidéo