Entre résilience et «devoir de résistance»

Le ministre Gaétan Barrette était le grand absent du deuxième Rendez-vous national sur l’avenir du système public de santé.
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne Le ministre Gaétan Barrette était le grand absent du deuxième Rendez-vous national sur l’avenir du système public de santé.

La résilience ou la résistance : les acteurs du réseau de la santé et des services sociaux se sont interrogés mardi sur la suite à donner à la réforme mise en branle par le ministre Gaétan Barrette, sous le regard méfiant des comités des usagers. Leur porte-parole, Pierre Blain, a dit craindre de voir une réforme bénéfique sabotée par des groupes d’intérêts.

La directrice générale de l’Association des cadres supérieurs de la santé et des services sociaux (ACSSSS), Carole Trempe, a profité du deuxième Rendez-vous national sur l’avenir du système public de santé et de services sociaux pour appeler les opposants au projet de loi 10 à serrer les rangs. « La résistance ne donnera strictement rien », a-t-elle déclaré, s’attirant les huées de certains des 400 participants au forum. « Ça risque de créer des impairs assez graves au niveau des services à la population », a-t-elle ajouté.

Les gestionnaires — à tout le moins ceux qui survivront à la réforme prévoyant notamment l’abolition des agences de la santé et des services sociaux — devront recoller les pots cassés ou « faire du damage control », a-t-elle expliqué.

Le dévoilement du projet de loi 10 a plongé les gestionnaires dans l’« inquiétude » et la « morosité », a-t-elle insisté, cherchant toujours à « trouver un sens » au rebrassage des structures effectué par M. Barrette. Mme Trempe invite les acteurs du réseau à faire preuve de « résilience » afin de « continuer ». « Le débat politique a été fait. […] Unissons-nous pour que ça passe », a-t-elle affirmé.

De son côté, le vice-président de la CSN, Jean Lacharité, a soutenu que les travailleurs du réseau de la santé avaient un « devoir de résistance » à l’égard du projet de loi 10. Celui-ci ouvre la porte à de nouvelles compressions budgétaires et un recours au secteur privé.

Nous avons une « obligation de loyauté » envers la population québécoise, et non le gouvernement, a aussi clamé un participant du Rendez-vous, recevant les applaudissements nourris de la foule.

Malgré l’« insatisfaction assez généralisée », le président de la CSN, Jacques Létourneau, s’est quant à lui gardé d’appeler les travailleurs du réseau de la santé à torpiller la réforme Barrette. Toutefois, « il n’y a pas de réforme possible du réseau de la santé et des services sociaux sans une participation pleine et entière de ceux et celles qui, au quotidien, donnent les services et gèrent l’organisation des services. Ce n’est pas possible ça », a-t-il fait remarquer.

Le directeur général du Regroupement provincial des comités des usagers (RPCU), Pierre Blain, est demeuré en retrait mardi du front commun syndical-patronal contre le projet de loi 10. « Les usagers veulent du changement. On ne peut plus rester comme c’est là. Ça n’a pas d’allure », a-t-il indiqué dans un entretien avec Le Devoir.

Tout à gagner

Les usagers du réseau de la santé ont tout à gagner de la réforme proposée par M. Barrette, a-t-il plaidé, jugeant la réaction du personnel cadre et syndiqué des établissements de santé « disproportionnée ». « Ceux qui ont à perdre actuellement, ce sont les administrations. C’est pour ça qu’ils me font tous la gueule aujourd’hui. Pour les usagers, ça ne peut pas être pire, a-t-il expliqué. Le projet de loi 10 peut aussi bien “ fouérer ” que réussir. S’il réussit, c’est parce que Barrette est là ! »

Le représentant de « 8 millions d’usagers » se dit sûr de voir l’accès à la première ligne s’accroître au lendemain de l’adoption des projets de loi 10 et 20, mais surtout après celle du financement à l’acte. « C’est ça qui manque actuellement », a fait valoir M. Blain.

La présidente de Médecins pour le régime public, Isabelle Leblanc, a prié M. Barrette de « mettre sur pause » l’étude du projet de loi 10. Elle a reproché au membre du gouvernement libéral de « diviser pour mieux régner ».

La directrice générale de l’Association québécoise d’établissements de santé et de services sociaux, Diane Lavallée, soutient que les « véritables solutions passent par le dialogue ». « Certains d’entre nous se sentent blessés, malmenés, méprisés, inquiets pour leur propre avenir et celui du réseau. […] Quand le vent ou le tsunami des réformes va passer, il va rester des hommes et des femmes mobilisés à offrir encore et toujours des services de santé et de services sociaux de grande qualité à la population du Québec », a-t-elle souligné.

Le ministre Gaétan Barrette a été le grand absent de la deuxième édition du Rendez-vous national sur l’avenir du système public de santé et de services sociaux. Il avait toutefois transmis une note aux participants à l’événement. « Le système public québécois est à la croisée des chemins et les échanges qui auront lieu aujourd’hui sauront alimenter notre réflexion commune afin d’assurer la pérennité de notre système public, a-t-il écrit. Monsieur, le ministre nous invite à une réflexion commune. On peut voir ici progrès », a lancé le directeur général de l’Institut du Nouveau Monde (INM), Michel Venne.

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