Des médecins s’élèvent contre la «chaîne de production»

L’imposition de quotas de patients pourrait avoir de nombreux effets pervers.
Photo: Michaël Monnier Le Devoir L’imposition de quotas de patients pourrait avoir de nombreux effets pervers.

Gaétan Barrette les accuse de travailler trop peu. Les médecins de famille craignent plutôt que le projet de loi 20 transforme le système de santé québécois en « chaîne de production ». Les cas trop lourds, qui pourraient compromettre l’atteinte des objectifs de performance, n’auront qu’à aller se faire soigner ailleurs. Au suivant !

Les Médecins québécois pour le régime public (MQRP) ripostent. Le regroupement de 500 médecins se dit préoccupé par les risques liés à l’éventuelle mise en application de la Loi favorisant l’accès aux services de médecine de famille et de médecine spécialisée, qui risque d’accomplir tout le contraire, selon eux.

Les problèmes d’accessibilité aux soins de première ligne ne font aucun doute, reconnaît l’organisation. Mais l’imposition de quotas de patients pourrait avoir de nombreux effets pervers, affirme la présidente Isabelle Leblanc.

« Si vous me dites que je dois voir 1500 patients en travaillant les trois quarts de mon temps en cabinet, et l’autre quart à l’hôpital, eh bien, ces patients-là ont vraiment avantage à ne pas être trop malades, parce que sinon, je n’atteindrai jamais mes cibles. Les gens en bonne santé auront peut-être un meilleur accès à des soins. Ceux dont les cas sont plus compliqués ou qui se trouvent déjà fragilisés seront pénalisés », assure-t-elle. Plusieurs médecins incapables de fournir à la demande pourraient opter pour la pratique privée, où les contraintes seront moins serrées, ajoute la Dre Leblanc, qui travaille auprès de la clientèle multiculturelle de Côte-des-Neiges.

Front commun

Déjà, le Collège québécois des médecins de famille a pris position, jeudi, contre le projet de loi. L’approche « coercitive et punitive » crée une « dévalorisation » de la pratique, croit l’association. Une sortie qui fait écho à celle de la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec (FMOQ).

Selon les informations de la FMOQ, le projet forcerait les médecins de famille à assurer des gardes à l’hôpital pendant les 25 premières années de pratique, contre 20 actuellement. Les médecins devraient en outre suivre des patients en cabinet, à raison de 1000 patients après cinq ans, un montant qui augmenterait progressivement à 1500 au fil des années. Les médecins de famille verraient leur rémunération amputée de 10 à 30 % s’ils n’atteignent pas les cibles.

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