Les nouveaux CISSS trop gros pour les sages-femmes?

Des manifestations pilotées par les différents syndicats en santé sont organisées presque quotidiennement. La Fédération interprofessionnelle de la santé manifestait devant les bureaux de Philippe Couillard jeudi.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Des manifestations pilotées par les différents syndicats en santé sont organisées presque quotidiennement. La Fédération interprofessionnelle de la santé manifestait devant les bureaux de Philippe Couillard jeudi.

Les sages-femmes se sentent insultées d’être exclues des conseils d’administration des futurs centres intégrés de santé et de services sociaux (CISSS), elles qui ont toujours siégé aux instances régionales depuis la légalisation de la pratique. C’est le seul ordre professionnel dont la présence a été évacuée par le projet de loi 10.

« Nous avons cru que c’était un oubli au moment du dépôt du projet de loi, explique la présidente de l’Ordre des sages-femmes du Québec (OSFQ), Marie-Ève Saint-Laurent. Mais avec le dépôt des amendements, nous voyons que nous n’apparaissons nulle part ! » Mme Saint-Laurent qualifie l’exclusion d’« insulte ».

Les CA des nouvelles instances régionales du réseau de la santé compteront un membre du Conseil des médecins, dentistes et pharmaciens (CMDP), un membre du Conseil des infirmières et un membre du Conseil multidisciplinaire (qui regroupe des psychologues, physiothérapeutes et autres professionnels).

« Nous avons une expertise unique en santé des femmes, en périnatalité et pour les jeunes familles. C’est une décision inéquitable », fait valoir Mme Saint-Laurent.

Les sages-femmes sentent peu d’écoute de la part du ministre Barrette. Elles n’ont pas été invitées en commission parlementaire sur le projet de loi 10. Puis, finalement invitées à se présenter à deux heures d’avis, elles n’ont pas pu y aller, faute de pouvoir faire la route Montréal-Québec dans les délais demandés. Le développement de nouvelles maisons des naissances est aussi ralenti. « Pendant ce temps, on forme des sages-femmes qui se retrouvent au chômage et les femmes sont sur des listes d’attente », déplore Mme Saint-Laurent.

Gaétan Barrette ne semble pas vouloir revenir sur sa décision. La pratique de sage-femme ne serait pas assez répandue. À son cabinet, on indique que les sages-femmes ne siégeaient qu’aux CA des 13 CSSS où elles sont présentes.

« Dans le cadre des fusions, ce serait plutôt compliqué d’équivaloir leur poids au sein des établissements fusionnés », indique l’attachée de presse du ministre, Joanne Beauvais. Elle ajoute : « Ce n’est pas le seul organisme qui ne siégera plus directement au conseil d’administration régional des CISSS : les représentants du personnel non clinique, les représentants des fondations, les représentants de la population au sens large (par comparaison avec les comités des usagers) sont aussi dans cette situation, pour la même raison. »

Réforme: la mobilisation se poursuit

Même si des amendements ont été déposés par le ministre lundi, la mobilisation contre le projet de loi 10 se poursuit. Des manifestations pilotées par les différents syndicats sont organisées presque quotidiennement.

Les établissements de santé ne sont pas davantage satisfaits des amendements déposés lundi. « Nous sommes très déçus », dit Diane Lavallée, directrice générale de l’Association québécoise d’établissements de santé et de services sociaux (AQESSS). Elle a toujours l’espoir que d’autres modifications seront apportées. « Tant que ce n’est pas adopté, ce n’est pas final ! »

L’étude article par article se poursuit à l’Assemblée nationale.

5 commentaires
  • Sylvain Auclair - Abonné 5 décembre 2014 08 h 02

    On manque peut-être de sages-femmes...

    mais j'imagine que la population est assez nombreuses pour qu'on en ait des représentants dans les CA"....

  • Grace Di Lullo - Inscrit 5 décembre 2014 10 h 25

    Hier sur la chaine parlementaire.

    Chaine parlementaire, je l'écoute très souvent.

    On a discuté abondamment lors de la présentation de mémoires d'organismes, d'universités, etc. de la place sur le conseil d'administration du CISSS. ou prononcé SIX.

    L'écoute de ces travaux à la télévision, m'a souvent semblé tourner autour du : On veut une place sur le conseil. Tellement focalisé sur la place, que parfois je n'entendais pas les mots : Service aux malades ou Prévention.

    On a également l'impression comme simple observateur de ces travaux parlementaires la présence pléthorique des groupes de pressions et d'intérets de toutes sortes dans le beau monde de la santé.

    Tout le monde veut une place sur le conseil d'administration d'un CISSS. Chaque groupe, organisation universitaire, professionnelle, etc. demandait une place sur le CISSS.

    Hier, on mentionnait qu'un conseil d'administration ne peut dépassé plus de 19 membres. 19 c'est beaucoup, il me semble.

    Moi, j'ai surtout hâte de voir si les CISSS vont être la panacée tant annoncée de notre régime de santé et des services sociaux.

    • Zahra Badaroudine - Inscrite 5 décembre 2014 12 h 38

      Justement, avoir plus de sages-femmes, ça réduit le nombre d'interventions, ça réduit le coût des accouchements, ça donne une meilleure satisfaction des patientes (et une meilleure satisfaction, ça réduit le taux de dépression post-partum). Être suivie par une sage-femme, c'est attendre maximum 15 minutes pour passer au moins 45 minutes avec ta sage-femme. Être suivie par un obstétricien, c'est attendre 3 heures pour passer 5 minutes avec. Les sages-femmes, c'est le summum du service aux patientes (je ne dirai pas malades, être enceinte n'est pas une maladie) dans l'obstétrique.

      De plus, il manque de maisons de naissance: les nouvelles graduées ne trouvent pas d'emploi et il y a plus de demande du côté des femmes que de places disponibles.

      Pour avoir une maison de naissance, il faut que le milieu se mobilise, crée un "business case", convainque les autorités en charge au niveau local et régional, etc. Et le ministère veut que 10% des accouchements soient couverts par des sages-femmes d'ici 2018. Dans 3 ans. Et là, on vient de couper les voies d'accès les plus directes pour pouvoir ouvrir des maisons de naissance de façon simple et rapide.

  • Jerome Dubreuil - Inscrit 5 décembre 2014 10 h 57

    Manque de vision

    Je crois que le manque de sage-femmes provient plutôt d'un manque de vision du ministère. À moins que ce soit carément le lobby des médecin qui contrôle le dossier (mais ça il ne faudrait surtout pas en parler).
    Elles font un travail d'accompagnement tellement génial pour les familles et probablement à une fraction du prix des médecins. Je conviens que ce n'est pas pour tout le monde, mais si les parents veulent faire le choix d'une sage-femme, nous devrions être en mesure de leur accorder (il y a des listes d'attente).

    • Horace Blunt - Inscrit 5 décembre 2014 13 h 32

      Il n'y pas de lobby de médecins à ce niveau. Les résistances sont au niveau du ministère et des gestionnaires, pour des questions de mathématique économique: une sage-femme n'assiste pas assez d'accouchements par année pour justifier son salaire comparé à celui d'un obstétricien. Dans les faits, il est vrai que bêtement compté comme cela, les sage-femmes coûtent le même salaire par accouchement, mais l'approche centrée sur la femme est tellement optimale à tout point de vue (du suivi de grossesse à l'accouchement au suivi post-natal) qu'on devrait absolument ouvrir plus de postes pour elles (eux). Voir les études des Pays-Bas montrant la baisse des taux de mortalité néo-natal avec sage-femme.

      Les médecins sont intéressés à travailler avec les sage-femmes, nous sommes collègues, pas ennemis.