«L’alarme Barrette» en guise de protestation

Le Collège québécois des médecins de famille a pris position jeudi contre le projet de loi 20. 
Photo: Twitter Le Collège québécois des médecins de famille a pris position jeudi contre le projet de loi 20. 

Ils l’appellent horloge, alarme ou « buzzer » Barrette. Elle sonne lorsqu’un patient a passé 10 minutes tapantes dans leur bureau. Des médecins de famille ont pris l’initiative de ce moyen de pression inusité pour conscientiser leurs patients à la cadence que leur imposerait le projet de loi 20 du ministre de la Santé Gaétan Barrette.

Sans mettre le patient à la porte, ils profitent de cet avertissement sonore pour expliquer aux patients que, s’ils devaient atteindre les nouveaux standards de productivité, la consultation prendrait fin.

Sur les réseaux sociaux, plusieurs omnipraticiens indiquent avoir installé un tel chronomètre dans leur bureau.

Une médecin qui n’utilise pas le moyen de pression indique toutefois que l’initiative est controversée. La justification des 10 minutes par consultation est notamment sujette à débat parmi les médecins.

Interrogée à savoir si elle approuvait le moyen de pression mis en place spontanément par certains de ses membres, la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec (FMOQ) qualifie l’initiative « d’originale ».

« Je n’ai jamais vu mes membres aussi irrités que face aux propositions du ministre. Ça n’est pas un mot d’ordre syndical, ils réagissent avec leurs tripes », dit son président, le Dr Louis Godin.

Il reçoit des « tonnes » de témoignages, rapporte-t-il. « Des omnipraticiennes me disent avoir continué à faire de l’urgence enceintes avec trois enfants à la maison, qu’elles font 40 ou 50 heures par semaine. Elles sont très irritées. »

Le Dr Sanjay Aggarwal, avec plusieurs dizaines de collègues de l’Unité de médecine familiale McGill, dénonce dans une lettre le projet de loi. La lettre doit notamment être envoyée aux députés. « Je n’ai jamais vu mes collègues aussi mobilisés », constate-t-il. Lui-même hésiterait à utiliser le chronomètre dans son bureau, mais comprend les collègues qui le font. « Je ne voudrais pas transformer une relation thérapeutique en politique. Mais c’est clair qu’on doit conscientiser le public aux impacts du projet de loi », ajoute-t-il.

Très actifs sur les réseaux sociaux Facebook et Twitter, les médecins de famille poursuivent la contre-attaque. La page « Regroupement des médecins omnipraticiens contre une dictature en santé » regroupe maintenant plus de 2400 membres. La page « Contre la loi 20 », qui est aussi suivie par de simples citoyens, atteint plus de 6000 « j’aime ».

Une pétition lancée sur le site Web de l’Assemblée nationale pour le retrait du projet de loi avait recueilli près de 3500 signatures jeudi.

Les médecins ont aussi lancé un blogue intitulé #117joursdeparesse, visant à « contrer la désinformation ». Des médecins y ont publié leurs témoignages et y racontent leurs semaines chargées pour contrer le message voulant qu’ils ne travaillent pas assez.

Le Collège québécois des médecins de famille a pris position jeudi contre le projet de loi. « L’approche coercitive et punitive du projet de loi crée une dévalorisation de la médecine de famille. Elle envoie un message méprisant aux médecins de famille du Québec », indique l’association non syndicale.

Les spécialistes moins mobilisés

Les médecins omnipraticiens ne sont pas les seuls à être sous le choc du projet de loi 20, bien qu’ils soient les plus mobilisés.

La présidente de la Fédération des médecins spécialistes du Québec (FMSQ), Diane Francoeur, se demande comment le ministre, ancien président de sa fédération, a pu aller « aussi loin et aussi bas ». C’est dans une lettre envoyée à ses membres mardi et que Le Devoir a consultée qu’elle s’exprime en ces termes.

« Nous allons nous préparer pour réagir à son projet ligne par ligne, puisqu’il ne colle pas à la réalité », avertit la Dre Francoeur. Elle s’insurge aussi que Gaétan Barrette « s’attaque à la paresse des femmes médecins ».

« Le ministre veut maintenant se refaire une image après le tollé venu de toutes parts sur son projet de loi 10 », analyse-t-elle. « Nous allons démontrer que nous travaillons, ajoute-t-elle, et que si l’on en fait plus, M. Coiteux va faire sauter sa calculette. »

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