Les médecins de famille préparent une riposte

Le président de la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec (FMOQ), le Dr Louis Godin.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Le président de la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec (FMOQ), le Dr Louis Godin.

Les médecins de famille n’ont pas l’intention de « rester les bras croisés » face à « l’attaque sans précédent » lancée par le ministre de la Santé Gaétan Barrette par l’entremise du projet de loi 20.

Dans un message envoyé vendredi à ses 8000 membres, le président de la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec (FMOQ), le Dr Louis Godin, qualifie les mesures de « très, très, très coercitives, voire choquantes à souhait ».

Dans ce message, que Le Devoir a pu consulter, le Dr Godin explique que Québec a présenté ces mesures au comité permanent de négociation les 11 et le 12 novembre derniers, « après des mois de silence du côté gouvernemental sur la question de l’accès ». « Tous ont vu des propositions comme une amorce de discussion et non comme des éléments d’un futur projet de loi qui serait déposé deux semaines plus tard ! », ajoute le Dr Godin.

Garde et quotas

Le projet de loi déposé vendredi ne précise pas les conditions de travail et les quotas de patients que Québec pourrait imposer aux médecins. Cependant, selon les informations véhiculées par la FMOQ, les médecins de famille seraient tenus d’assurer des gardes à l’hôpital ou en CHSLD non pas pendant leurs 20 premières années de pratique, comme c’est le cas actuellement, mais bien les 25 premières années. En plus de ces cinq années supplémentaires de ce qu’on appelle des activités médicales particulières (AMP), les médecins devraient suivre des patients en cabinet, les nouvelles « activités de médecine de famille » (AMF).

On donnerait quatre ans à un jeune médecin pour constituer sa patientèle. Entre 5 et 14 ans de pratique, il devrait suivre 1000 patients. Puis 1250 jusqu’à 24 ans de pratique, et 1500 de 25 à 34 ans. Les obligations tomberaient après 35 ans de pratique seulement, donc à l’âge de la retraite.

Des médecins de famille travaillent presque exclusivement à l’hôpital, notamment à l’urgence. Ceux-ci pourraient continuer à le faire sans prendre de patients en cabinet à condition de cumuler au moins 36 heures de présence à l’hôpital par semaine.

La rémunération des médecins de famille serait amputée de 10 % dès que les cibles de Québec ne seraient atteintes qu’à 99 %. À 89 %, la diminution serait de 20 %, et, à moins de 80 %, leurs chèques seraient coupés de 30 %.

Ce sont les mesures que Québec a présentées à la FMOQ et que la fédération suppose être celles qui sont rattachées au projet de loi 20.

5 commentaires
  • Bernard Terreault - Abonné 1 décembre 2014 08 h 30

    Que les médecins n'oublient pas une chose

    Si les médecins voient comme une mesure abusive, presque esclavagiste, l'obligation de prendre un minimum de clients, ils ne doivent pas oublier que leurs études ont été énormément subventionnées par le gouvernement québécois, à un niveau qu'on peut estimer à quelques centaines de milliers de dollars. En effet, aux ÉU par exemple, les frais de scolarité en médecine sont de l'ordre de 100 000 $ par année! En Europe, les études sont gratuites ou presque, mais les médecins y sont beaucoup moins rémunérés qu'ici. Au Québec, c'est quelquechose entre les deux.

    • Sabrina Provost - Abonnée 1 décembre 2014 11 h 35

      M. Terreault, les médecins comprennent la nécessité pour la population d'avoir un médecin de famille, ce qu'ils décrient dans ce projet de loi, c'est qu'il ne tient pas compte des autres activités des médecins de famille. Vous savez, un omnipraticien ne fait pas que voir dans patients dans son bureau, il travaille également à l'urgence, au sans rendez-vous et s'occupe des patients hospitalisés. En obligeant les médecins à voir au moins 1000 patients, on prive beaucoup d'autres services du systèmes de soins de médecins comptétents et nécessaires !

      C'est dommage de voir les médecins comme des possessions de l'État, ils ne sont pas des objets ! Ce sont des humains qui travaillent déjà extrêmement fort, malgré ce qu'en pense le ministre, qui, je vous le rappelle, occupait le poste de président de la Fédération des médecins spécialistes du Québec avant son entrée au ministère. à ce titre, il défendait donc becs et ongles les avantages et les conditions de travail des médecins spécialistes ...

    • Gaetane Derome - Abonnée 1 décembre 2014 18 h 21

      Bien d'accord avec Mme Sabrina,si on diminue les AMP(activites medicales particulieres) que les omnipraticiens sont obliges de faire dans les differents CSSS,bien sur qu'ils pourraient prendre plus de patients dans leur clinique ou bureau.Mais ce n'est pas ce que le ministre propose..
      Question:pourquoi les gardes a l'urgence sont-elles toujours assumees par les omnipraticiens?Ne pourraient-elles pas etre assumees aussi par un medecin specialiste interniste comme cela se fait a certains endroits..

    • Sol Wandelmaier - Inscrite 2 décembre 2014 05 h 18

      Les solutions aux difficultés créées initialement par le gouvernement dans les années 90 ne ne se trouvent pas dans des règles dictatoriales et contraignantes...Ce n'est pas en resserant la visse de plus en plus qu'on obtient la coopération des médecins...On assiste à des mécanismes échappatoires à ces règles et non au "goodwill"..

      Il y a des centaines de médecins immigrants au pays (dont les études ont été payées à l'étranger) qui travaillent comme chauffeurs de taxis ou vendeurs ou... On pourrait mettre en marche une voie de "mise à jour canadienne" accélérée et valider leur diplomes rapidement...Ils seraient heureux d'assurer le suivi de clientèles vulnérables et autres...

  • Simon Coiteux - Inscrit 3 décembre 2014 13 h 46

    Simon Coiteux

    Je suis en désacord avec M Terreault.
    Je suis médecin de famille depuis 1½ ans. J'ai choisi la médecine familiale pour avoir une autonomie professionelle. Comme le ministre, je crois que nous devrions améliorer l'accessibilité à un médecin de famille pour la population, mais ce n'est pas en imposant des quotas que nous y parviendrons. Des AMP (12 heures obligatoires en hôpital par semaine), des réunions de département ou de comités et la formation médicale continue font partie de nos tâches de travail également. Je vois mal comment je pourrai suivre 1500 patients, alors que j'en ai actuellement 350. Patients qui sont malades, âgés, vulnérables. Patients qui vivent des difficultés, qui ne sont pas des numéros et avec qui je dois/veux passer plus de 10 minutes. Or, le gouverment préfère que je lui fournisse de belles statisques en "prenant 1500 patients en charge", plutôt que d'offrir des soins de qualité.

    Je fais en moyenne de 45 à 60 heures par semaine. Je ne connais pas beaucoup de professions qui se font imposer autant d'heures de travail. Et malgré tous mes efforts, je devrais travailler PLUS pour que le gouvernement ait réussi son objectif "un médecin de famille pour tout le monde"? Sachez que j'ai une vie personnelle également, vie à laquelle je tiens plus que mon travail... comme tout le monde.

    Pour terminer, nos études ont peu être été, en partie, subventionnées au frais du gouvernement québécois par centaines de milliers de dollars (comme toutes les autres formations universitaires par ailleurs). N'oubliez pas que je subventionne également le gouvernement québécois à coup de centaines de milliers de dollars d'impôts pour le reste de ma vie. Je crois que je rembourserai amplement le coût de ma formation médicale.