Québec impose ses conditions aux pharmaciens

Les patients pourront se présenter en pharmacie pour recevoir les nouveaux services dès que le projet de loi budgétaire entrera en vigueur.
Photo: Michaël Monnier Le Devoir Les patients pourront se présenter en pharmacie pour recevoir les nouveaux services dès que le projet de loi budgétaire entrera en vigueur.

Les pharmaciens propriétaires sont renversés par « l’hypocrisie » du gouvernement, qui ampute unilatéralement de 12 % les honoraires qu’ils reçoivent de la RAMQ. La rentabilité des officines et les services aux patients vont en souffrir, avertissent-ils.

« Il y a bris de confiance », lance Jean Thiffault, président de l’Association québécoise des pharmaciens propriétaires (AQPP), qui n’exclut pas la possibilité que des succursales doivent réduire leur personnel, leurs heures d’ouverture ou leurs services.

En déposant le projet de loi 28 mercredi, le gouvernement a décrété unilatéralement les conditions de rémunération des nouveaux actes pharmaceutiques consentis en décembre 2011 par le projet de loi 41. Ils n’étaient jamais entrés en vigueur faute d’entente.

Québec accorde d’une main 17,7 millions de dollars aux pharmaciens pour l’exécution de trois des sept nouveaux actes visant à désengorger les urgences. Mais le ministre des Finances, Carlos Leitao, leur soutire 147 millions de l’autre. L’AQPP avance même que la somme pourrait atteindre 177 millions.

Mais, bonne nouvelle, les patients pourront se présenter en pharmacie pour recevoir les nouveaux services dès que le projet de loi budgétaire entrera en vigueur.

Québec se justifie

Jusqu’à minuit dans la nuit de mardi à mercredi, l’AQPP négociait encore avec le ministère de la Santé (MSSS). Mais mercredi matin, le ministre des Finances déposait un projet de loi dont les paramètres ont « jeté par terre » les pharmaciens, dit le directeur général de l’AQPP, Jean Bourcier.

La préparation de piluliers, par exemple, sera payée environ 5 $ de moins par patient par mois. Une économie totale estimée à 115 millions par an pour la RAMQ. Outrés, les pharmaciens soutiennent que les piluliers participent justement au maintien à domicile des personnes âgées.

Gaétan Barrette a justifié mercredi les baisses d’honoraires, laissant entendre que les pharmaciens étaient payés trop cher pour certains gestes plus simples. « Ça fait partie de l’effort budgétaire qu’on exige de tout le monde », décrète-t-il.

D’autre part, Québec accepte de rémunérer seulement trois des sept nouveaux actes consentis par l’adoption, en décembre 2011, du projet de loi 41. Les quatre autres ? « Ils sont considérés pour notre part comme faisant partie de la pratique normale des pharmaciens », décrète M. Barrette. Les pharmaciens, encore là, ne sont pas d’accord.

Ils affirment avoir présenté d’autres voies d’économies au gouvernement en négociation, dont des baisses d’honoraires de 60 millions.

Pharmacies en péril ?

L’AQPP estime que les coupes représentent 100 000 $ ou plus de baisse de revenu net par pharmacie. Les petites officines desservant les clientèles les plus vulnérables vont écoper davantage, selon Jean Thiffault. « Les négociations des dernières semaines, c’était de la frime ! Ce gouvernement de médecins ne connaît rien à l’économie des pharmacies ! », s’insurge-t-il.

Bien qu’heureux de l’entrée en vigueur prochaine des nouveaux actes, les pharmaciens sont amers. « Après une réduction, on nous demande en plus de voir plus de patients et de prendre plus de responsabilités. Ça n’a aucun sens », soutient Jean Bourcier.

Le gouvernement espère en plus économiser sur la rémunération des médecins, puisque des patients pourront se présenter en pharmacie pour certaines conditions. Ces économies potentielles n’ont pas été chiffrées.

Nouveaux actes, nouvelle paye

Nouveaux actes rémunérés (+17,7 millions)

Prescrire un médicament lorsqu’aucun diagnostic n’est requis.

Prescrire un médicament pour une condition mineure (diagnostic connu).

Ajuster une ordonnance.

Nouveaux actes assumés gratuitement

Prolonger une ordonnance.

Substituer un médicament en cas de rupture d’approvisionnement.

Administrer un médicament pour en démontrer l’usage.

Prescrire et interpréter des analyses de laboratoire.

Actes à honoraires amputés (–147 millions)

Préparation des piluliers.

Renouvellement de « services chroniques » de moins de sept jours (exemple : méthadone).

Renouvellement de médicaments à volume élevé de renouvellement (exemple : anovulant).
20 commentaires
  • Jean-Pierre Lusignan - Abonné 27 novembre 2014 04 h 01

    Mieux se servir des compétences pharmacologiques du pharmacien et tenir compte de la diversification des revenus et de l'intégration commerciale et industrielle actuelles dans l'établissement des honoraires.

    Selon moi, le pharmacien est le professionnel de la santé le plus accessible et l'un des plus spécialisés. Personne ne peut le remplacer. Nous en avons régulièrement besoin. Il faut donc améliorer l'accès au pharmacien. Dans l'intérêt public, il demeure quand même possible à la fois d'améliorer le système de santé et de rendre les services du pharmacien moins coûteux. Exemple. Les prescriptions médicales doivent généralement être renouvellées à la pharmacie au bout de 30 jours. Dans certains cas ou pour certaines classes de médicaments, ne pourrait-on pas allonger la durée du renouvellement pharmaceutique, par exemple la porter à 60 ou 90 jours ? Nous aurions alors moins besoin de nous rendre souvent à la pharmacie et le pharmacien pourrait davantage agir comme consultant ou expert ? Peut-être vendrait-il moins d'autres produits (chocolat, produits de beauté etc...), l'achalandage commercial diminuant avec le nombre de visites à l'officine ? Le gouvernement tient-il compte de ces revenus commerciaux diversifiés lorsqu'il rémunère l'acte pharmaceutique ? Même question pour les compagnies fabriquant les médicaments génériques. Souvent, elles sont la propriété des grands groupes pharmaceutiques. Bénéficie-t-on de cette intégration verticale ? En tient-on compte dans la rémunération établie par le gouvernement ? Vivement la transparence gouvernementale et pharmaceutique !

    • Francois Cossette - Inscrit 27 novembre 2014 10 h 22

      On a un gouvernement de medecins, par les medecins et pour les medecins. On comprends aussi qu'apres le passage a la caisse de ceux-ci il ne reste plus grand chose pour tous les autres professionnels. Apres nous avoir conditionne a trouve normal d'attendre des heures a l'hopital on devra maintenant s'habituer a attendre a la pharmacie.

  • François Beaulé - Abonné 27 novembre 2014 07 h 59

    Il y a trop de pharmacies

    Dans mon quartier, il y a un nombre impressionnant de pharmacies. Je compte pas moins de 11 pharmacies dans un rayon de 1,5 km autour de mon domicile. C'est trop. Il y a plus de pharmacies que d'épiceries !

    Comme si on avait plus besoin de consommer des médicaments que de la nourriture. L'assurance médicaments et la sur-prescription ont rendu les pharmacies trop facilement rentables.

    • Francois Cossette - Inscrit 27 novembre 2014 10 h 18

      Vous devez etre aussi celui qui critique quand il doit attendre 10 minutes ses medicaments.

      En faite on devrait reduire le nombre de pharmacie. Si on attends 24 heures a l'urgence on peut bien attendre 4 heures pour ses medicaments.

    • Claude Laurent - Inscrit 27 novembre 2014 21 h 31

      Je ne sais pas où vous vivez mais ce n'est pas le cas chez moi.. à mon avois on devrait transférer encore plus de services aux pharmacies car eux ils donnent le service. Les médecins (les mieux rémunérés en haut de l'échèle eux ne le donnent pas... Impossible d'avoir un médecin de famille et de le voir quand on en a besoin.

  • Jacques Cameron - Inscrit 27 novembre 2014 08 h 13

    Commissions bidons.

    Le gouvernement aura plus de sous à octroyer à ses amis, genre $1100 par jour à la reine de la tronçonneuse, M. Robillard.

  • Richard Bérubé - Inscrit 27 novembre 2014 08 h 15

    On impose!

    Au nom des compressions budgètaires, des déficits, le gouvernement impose ses vues et ses règles sans que la partie adverse n'y puisse s'y opposer. Ça ressemble à de la dictature pure et simple....quand tu acceptes de travailler pour un quelconque organisme, les conditions devraient être acceptées par les deux parties de façon à ce qu'il y ait une entente juste et équitable. Mais à voir aller le gouvernement on en est loin de la coupe aux lèvres depuis l'arrivée de la bande à Couillard....que ce soit dans les régimes de pension des employés de l'état (municipaux pour l'instant), les pharmaciens, les médecins, et j'en passe surement. Le principe toujours le même c'est que le gouvernement (qui que ce soit) a le devoir primaire de respecter sa parole et sa signature...quoi que le quidam puisse dire sur les conventions collectives signées et entêrinées, rien ne devrait être acceptable, à ma vue c'est tout simplement un contrat brisé et dans la vie des gens ordinaires, cela se règle habituellement devant les tribunaux...

  • Danielle Houle - Abonnée 27 novembre 2014 08 h 18

    Pour qui ont-ils voté ?

    Les pharmaciens qui ont voté pour les libéraux en se disant qu'il fallait remettre de l'ordre dans les finances et dans les programmes du gouvernement, doivent se mordre les doigts ce matin. Une migraine gigantesque va s'abbattre sur eux. Vite une petite pillule. La migraine devrait durer environ trois ans et demi encore.

    • Danielle - Inscrit 27 novembre 2014 12 h 55

      Ils ont été bien naifs de voter pour eux. À un certain moment donné les enfants ne croient plus au père noël n'est ce pas? Bien des gens ont oubliés de grandir!