Les acteurs de la santé se mobilisent pour améliorer le système

Alexandre Lampron Collaboration spéciale
Michel Venne, directeur général de l’Institut du Nouveau Monde
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir Michel Venne, directeur général de l’Institut du Nouveau Monde

Ce texte fait partie du cahier spécial Santé - Mobilisation

Le deuxième Rendez-vous national sur l’avenir du système public de santé et de services sociaux se tiendra le 9 décembre, à Québec, alors que les consultations sur le projet de loi 10 tirent à leur fin. Il constituera la suite logique du premier Rendez-vous tenu le 16 juin 2014, lors duquel près de 400 participants avaient recommandé 26 solutions pour l’avenir du système. Ces propositions sont du coup devenues les huit idées maîtresses, regroupées en quatre tables rondes et converties en ordre du jour, en vue de la rencontre du 9 décembre.

Pour Michel Venne, directeur général de l’Institut du Nouveau Monde (INM), ce Rendez-vous national permettra aux différents acteurs du réseau public de santé de prendre part à un événement commun, dans une démarche proactive, visant à mettre en oeuvre diverses solutions aux problèmes du système de santé.

« Il faut savoir miser sur le dynamisme du système, affirme M. Venne. Dans les systèmes complexes, il faut favoriser les interactions et savoir reconnaître les bons coups. C’est ce que nous essayons de faire. Le projet de loi 10 sera adopté avec quelques modifications, mais, bien au-delà des structures, le système continuera d’exister et les gens continueront de tomber malades. Il faut s’en occuper et l’objectif de notre démarche consiste donc à se mobiliser et à travailler ensemble, et cela continuera peu importe le contexte politique ou budgétaire. »

Il y sera question le 9 décembre de l’action sur les déterminants sociaux de la santé et d’une première ligne renouvelée, de la pertinence des soins favorisée par la gouvernance clinique, de la concertation des acteurs du terrain pour une meilleure prise de décisions ainsi que de la cohérence du financement, notamment en regard du mode de rémunération médicale et du régime d’assurance-médicaments.

Selon Michel Venne, les solutions mises en place n’ont toutefois rien d’extravagant, car elles sont déjà connues du grand public.

« L’idée de la démarche, c’est également de dire que nous sommes plusieurs acteurs dans le système et qu’il existe des solutions que nous pouvons mettre en place sans demander la permission à personne, ajoute-t-il. Il y en a d’autres pour lesquelles cela nécessitera une décision politique. Il nous faut donc faire connaître ces orientations au gouvernement et lui dire que, comme organisations dans le système, nous sommes prêts à les appuyer. »

Un appel au dialogue

 

Le directeur général de l’Institut du Nouveau Monde rappelle aussi que le projet de loi 10 ne concerne que les structures. Or le changement des pratiques avancé dans le cadre du Rendez-vous du 9 décembre prochain consiste d’abord en « un appel au dialogue, y compris au ministre », dit-il.

Michel Venne rappelle également que le système de santé n’entend pas connaître de répit au cours des prochaines années et continuera de coûter de plus en plus cher, en raison du prix des médicaments, des nouvelles technologies introduites dans le système et des coûts de la main-d’oeuvre.

« Ce qu’il faut absolument, c’est en avoir plus pour notre argent et, donc, agir sur les déterminants de la santé pour que les gens restent en bonne santé plus longtemps, qu’ils aient moins besoin d’aller se faire soigner dans le système, avoir une première ligne pour qu’ils puissent être traités le plus tôt possible de manière à éviter d’aggraver le problème, indique M. Venne. Il faut donc changer la façon dont le système fonctionne et, avec les huit sujets que nous mettons sur la table, c’est exactement ce à quoi nous nous attaquons. »

Au-delà des structures

Ces propos viennent par ailleurs rejoindre ceux de Diane Lavallée, directrice générale de l’Association québécoise des établissements de santé et des services sociaux (AQESSS). Selon Mme Lavallée, ce deuxième Rendez-vous national n’est pas organisé en réaction au projet de loi 10.

« Il y aura assurément une vie après le projet de loi 10, croit Mme Lavallée. Quand nous cherchons des millions, si ce n’est pas des milliards de dollars, pour boucler le budget, il est évident que nous ne pouvons pas passer à côté des économies qui peuvent être faites. L’Association médicale du Québec l’a bien défini quand elle a soutenu que, dans le surdiagnostic, la non-pertinence de soins offerts, nous pourrions aller chercher des économies variant entre 2,5 et 5 milliards de dollars par année. »

Toujours selon la directrice de l’AQESSS, la prévention devient du coup une condition « essentielle », mais celle-ci ne devient efficace que lorsque les politiques proviennent de la concertation de tous les acteurs du milieu.

« Le système de santé n’appartient pas au gouvernement, ni au ministre, et encore moins aux gestionnaires et aux employés de l’État ; il appartient à la population, précise aussi Diane Lavallée. C’est important que les acteurs, y compris les représentants de la population et les travailleurs, soient grandement mis à contribution, que leur expertise soit entendue dans les réformes. Cela est de la même nature que la diminution des coûts, mais dans une gestion participative du réseau. C’est ce que vise ce deuxième Rendez-vous. »

Mieux vaut prévenir que guérir

 

Du côté de la CSN, son vice-président, Jean Lacharité, souligne pour sa part combien est « exceptionnel » le fait que la centrale syndicale se retrouve assise aux côtés des établissements à un événement comme le Rendez-vous du 9 décembre.

« Nous voulons lancer des pistes de solution qui proposent autre chose qu’uniquement s’attaquer aux questions de structures administratives, qui bouleverseront le réseau et qui vont nécessiter de cinq à sept ans, au moins, pour implanter le nouveau système dans lequel le Dr Barrette veut nous amener, soutient M. Lacharité. Pendant ce temps, nous n’améliorerons pas les services de première ligne et l’accessibilité. Dans la structure que propose le ministre, les services sociaux risquent de devenir les parents pauvres du système. Nous craignons du coup que les missions à caractère social soient noyées dans le système, entraînant à moyen et à long terme des coûts astronomiques. »

Pour la présidente de Médecins québécois pour le régime public (MQRP), la docteure Isabelle Leblanc, un consensus tel que celui souhaité lors du Rendez-vous du 9 décembre est aussi nécessaire. Selon elle, son organisation dit « craindre que les décisions soient imposées d’en haut et qu’il y ait des discussions sans savoir comment ça se passe sur le plancher des vaches, comment les gens sur le terrain voient les solutions ».

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