Le Dr Marsolais, passeur de vie

Le nom de centaines de donneurs est gravé dans un cénotaphe élevé dans la ville de Sherbrooke.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Le nom de centaines de donneurs est gravé dans un cénotaphe élevé dans la ville de Sherbrooke.

Le Dr Marsolais se souviendra toute sa vie de son « premier don ». Le jeune médecin était en stage à l’urgence quand la réalité du don d’organes a fait irruption dans sa vie. En 1989, par une nuit froide de novembre, le jeune étudiant se retrouve propulsé aux soins intensifs, au chevet du champion de natation Victor Davis. Le célèbre médaillé d’or venait d’être heurté violemment par une voiture, au terme d’une bisbille à la sortie d’une brasserie. Deux jours plus tard, plus aucun espoir ne subsiste quant au sort de l’athlète, déclaré cliniquement mort. La famille fera don de ses organes.

« Le coeur, les reins et son foie ont été transplantés à quatre patients », se rappelle le Dr Marsolais. L’athlète venait non seulement de donner la vie à quatre personnes, mais d’infuser à ce jeune médecin l’étincelle qui allait le transformer en passeur de vie.

Depuis, l’interniste a fait du don d’organes son credo, peaufinant de nouveaux protocoles pour faciliter le don d’organes. Pour cela, il a parfois fallu déplacer des montagnes et faire face à la tempête de ses collègues. « Si j’ai fini par me concentrer sur les dons d’organes, c’est plus pour les familles de donneurs que pour les receveurs. Pour elles, c’est souvent le seul soulagement, c’est même salutaire », dit-il.

Jeu de lits

Tête dure, le Dr Marsolais n’est pas du genre à baisser les bras devant l’adversité. Car la réalité, c’est qu’un donneur génère toujours sa part de chicane dans un hôpital, où les lits sont une denrée rare. Quand chaque spécialiste bataille pour obtenir des lits ou des heures en salle d’opération, l’espoir lointain du don d’organes ne pèse pas lourd dans les priorités des collègues. « Un patient condamné qui occupe celle d’un patient vivant, ça crée des tensions. Moi, je dispose toujours de deux lits à l’unité des soins intensifs et de ressources infirmières destinés aux donneurs. Je peux libérer le bloc opératoire et avoir le personnel disponible à une heure d’avis. Cela nous permet de ne pas empiéter sur les autres services de l’hôpital et d’éviter ce genre de tensions », explique le Dr Marsolais, qui souhaite prolonger son projet pilote.

Dès 2003, il testait de nouvelles façons de faire et tentait de convaincre le ministère de la Santé de financer un projet pilote pour changer les processus. En 2011, l’ex-ministre de la Santé, Réjean Hébert, donnait finalement le feu vert à ce projet-pilote, après sept ans de pourparlers.

Chez Transplant Québec, on concède que l’accès au don d’organes ne pourrait s’améliorer sans revoir l’organisation hospitalière. « Tout repose sur une meilleure identification des donneurs et pour cela, il faut des coordonnateurs de dons dans chaque région, comme cela se fait en Espagne », soutient Brigitte Junius, porte-parole de l’organisme. Davantage de Québécois devraient signer leur carte soleil et le formulaire de consentement au don. « Seulement, une personne sur quatre est inscrite au registre, dit-elle, et 37 % des familles approchées refusent de donner les organes de leurs proches. »