Barrette inflexible malgré la grogne

Les consultations sur le projet de réforme du réseau de la santé se sont achevées sur une fronde syndicale qui ne semble pas ébranler une seconde la volonté du ministre Gaétan Barrette de faire adopter le principe du projet de loi 10 avant les Fêtes. Les inquiétudes généralisées exprimées tant par des médecins, des infirmières, des associations patronales, des ordres professionnels ou des universitaires ne feront pas reculer le ministre, mais il se dit ouvert à des amendements sur les quelques critiques qu’il considère comme « fondées ».

Le ministre se dit porté par l’appui de la population. « Partout, la population nous dit : n’arrêtez pas ! » a-t-il affirmé jeudi en conférence de presse. Et d’ajouter : « Je n’ai pas rencontré un seul administrateur, un seul employé [du réseau] ni un seul citoyen qui m’a dit d’arrêter. Il n’y a personne, là, qui a la peur bleue de ce qui est décrit par l’opposition comme étant essentiellement l’apocalypse. »

Gaétan Barrette persiste, signe, et assure que ses détracteurs seront confondus. Il accepte tout de même certaines critiques. « Toutes les personnes qui sont venues faire des critiques fondées, il y aura un amendement potentiel qui répondra aux appréhensions », a-t-il promis.

Fronde syndicale

Le ministre reconnaît notamment que les pouvoirs que le projet de loi lui confère sont exceptionnels. « Je ne donnerais jamais les pouvoirs dans ce projet de loi dans sa version actuelle à mon prédécesseur, a-t-il admis. Ni dans les mains de quiconque est au service d’une idéologie et non pas au service des patients. »

Il a réitéré que certains de ces pouvoirs sont transitoires. Il est prêt à l’inscrire noir sur blanc dans le projet de loi.

Il a aussi démontré une ouverture à redessiner le découpage territorial des futurs méga-établissements fusionnés. En Montérégie, par exemple, nombreux sont ceux qui ont critiqué la création d’un Centre intégré de santé et de services sociaux (CISSS) pour une population de près de 1,5 million de personnes.

Mais Gaétan Barrette rejette les demandes de retrait de son projet de loi, ou encore des critiques qui ne visent pas à l’améliorer.

La fronde des syndicats, qui sont unanimes, ne l’impressionne pas. Jeudi après-midi, la CSN, la CSQ, la FTQ et l’APTS ont tenu une conférence de presse commune à Québec pour dénoncer le projet de loi 10. Ils dénoncent une véritable « atteinte à la démocratie ».

La réforme servira à faire des compressions que les syndiqués sont prêts à contester jusque dans la rue, a déclaré jeudi le vice-président de la Confédération des syndicats nationaux (CSN), Jean Lacharité.

Les très grands pouvoirs du ministre sur le réseau de la santé lui donneront la marge de manoeuvre pour aller chercher les 2 milliards de compressions nécessaires au retour à l’équilibre budgétaire au terme de l’exercice 2015-2016, selon M. Lacharité.

« On va contester, on va prendre la rue,a-t-il dit. Parce qu’il faut bien voir que ce projet de loi-là, c’est la pointe de l’iceberg. »

M. Lacharité a affirmé que la réforme diminuera l’accessibilité et ouvrira ainsi la porte à plus de place pour le réseau privé.

« Le ministre va avoir tous les pouvoirs, il va être omnipotent, a-t-il dit. C’est lui qui alloue les budgets. Il va recevoir son budget du Conseil du trésor, il va appliquer des compressions. Résultat de ça, on va encore diminuer l’accessibilité, les listes d’attente vont augmenter. »

Inébranlable

Gaétan Barrette accuse en retour les syndicats de suivre un « agenda politique » en cette période précédant les négociations pour le renouvellement des conventions collectives dans le secteur public. Il l’a laissé entendre lors de la comparution de la Fédération des travailleurs du Québec (FTQ), qui a dit craindre une privatisation du réseau, entre autres. « Votre grille d’analyse est électorale, et ce n’est pas ici que ça va se régler, c’est en 2018 », a répondu le ministre.

Il a aussi reproché aux syndicats d’avoir nui à l’implantation de la réforme de Philippe Couillard en 2003. « La dernière réforme a été stoppée un peu à mi-chemin par un certain niveau de contestation auquel votre organisation et d’autres ont participé », a-t-il reproché jeudi à la Centrale des syndicats du Québec (CSQ) lors de sa comparution en commission parlementaire. « Depuis hier [mercredi], vous venez me dire que le projet favorise la privatisation, alors que rien là-dedans ne le favorise ! »

« Ce qu’on vous dit, c’est de construire sur ce qui existe, n’essayez pas d’entrer à tout prix dans l’histoire », lui a répliqué plus tard la présidente de la CSQ Louise Chabot.

Le Parti québécois envisage de voter contre l’adoption du principe du projet de loi 10.

« Pour l’instant, on ne voit pas beaucoup d’éléments compatibles avec l’amélioration des soins. On demande au ministre de nous donner des confirmations à cet égard », a dit la critique officielle en santé, Diane Lamarre, en conférence de presse. « Le ministre veut plus de pouvoir alors que la population, elle, veut plus de résultats, résume-t-elle. Notre bilan du projet de loi 10, c’est une fragilisation du réseau et une démotivation du personnel. »

La commission parlementaire a entendu 59 groupes et reçu 88 mémoires. La très grande majorité était critique du projet de loi, surtout en ce qui concerne la nécessité de plonger le réseau dans une nouvelle réforme, la centralisation, les risques pour les services sociaux et de prévention, la perte du palier local de gestion et la concentration des pouvoirs entre les mains du ministre.

16 commentaires
  • Henri Gazeau - Inscrit 14 novembre 2014 07 h 41

    Des plans sur la comète

    C'est illisible!

    «Je n’ai pas rencontré un seul administrateur, un seul employé [du réseau] ni un seul citoyen qui m’a dit d’arrêter»
    Mais qui rencontre-t-il, alors, ce ministre? C'est un aveu : il fait le sourd.

    «Je ne donnerais jamais les pouvoirs dans ce projet de loi dans sa version actuelle à mon prédécesseur. Ni dans les mains de quiconque est au service d’une idéologie et non pas au service des patients.»
    Tout homme politique n'est-il pas forcément animé (au moins) par une idéologie? Que favorise celui-ci? L'idéologie ou les patients? Ce n'est pas si clair. Peut-être d'ailleurs distingue-t-il différentes sortes de patients.

    Il n'aurait jamais donné de tels pouvoirs à un ministre de la Santé, lui? C'est donc la faute à M. Couillard, et lui-même obéit à regret? «C'était les ordres, vous savez....», disaient les subalternes SS.

    Par ailleurs, une fois les rênes laissées à son successeur, comment empêchera-t-il que de pareils pouvoirs spéciaux soient à nouveau confiés à un ministre? «Transitoires un jour, transitoires... toujours», c'est-à-dire à nouveau utilisés une autre fois! C'est parfaitement possible, l'équipe en place le prouve.

    «Votre grille d’analyse est électorale, et ce n’est pas ici que ça va se régler, c’est en 2018»
    Permettez! Lapsus! Vous vouliez dire «politique», pas «électorale». De fait, la politique se mène au quotidien. Et la politique, en grec, c'est la participation aux affaires de la Cité. Et en démocratie, tous les citoyens ont droit à cette participation, y compris organisés sous forme de syndicats. Et si quelqu'un attend le jour du grand scrutin pour commencer à participer aux affaires, c'est un imbécile. M. Barrette estime donc que le rôle des citoyens consiste uniquement à aller voter. Belle conception. Belle idéologie.

    Les tenants d'un gouvernement réduit au strict minimum (la nouvelle extrême-droite, par exemple) ne peuvent que s'indigner eux aussi d'une telle concentration du pouvoir. On ne les entend guère, pour

  • François Dugal - Inscrit 14 novembre 2014 07 h 45

    Enrichissons notre vocabulaire

    Infaillibilité:
    Dogme dans lequel un interlocuteur ne peut se tromper en parlant "ex cathedra".

  • Villemure Gilles - Inscrit 14 novembre 2014 08 h 17

    Gilles Villemure

    Serait-ce une revanche commandée par le Dr Phil... et qui mènera à la filière de la privatisation, en dépit de ce qu'en dit le ministre?

    - Il a aussi reproché aux syndicats d’avoir nui à l’implantation de la réforme de Philippe Couillard en 2003. « La dernière réforme a été stoppée un peu à mi-chemin par un certain niveau de contestation auquel votre organisation et d’autres ont participé » -

    « Depuis hier [mercredi], vous venez me dire que le projet favorise la privatisation, alors que rien là-dedans ne le favorise ! »

    On sait bien qu'en politique, l'opportunisme permet d'ajuster le(s) comportement(s) en fonction des intérêts.

  • jean-charles chebat - Inscrit 14 novembre 2014 08 h 20

    La grogne syndicale...

    Est-ce le quatrième pouvoir?

  • Serge Grenier - Inscrit 14 novembre 2014 08 h 26

    Bataille d'égos

    C'est certain que ça flatte les gros égos lorsqu'une personne seule peut balayer du revers de la main la volonté de plusieurs dizaines de milliers d'autres personnes. Pourtant, maintenant que nous avons compris que l'univers fonctionne de façon holographique (i.e. le tout est dans chacune des parties, chaque partie contient le tout), il me semble qu'on devrait chercher le consensus plutôt que la confrontation.

    Depuis longtemps déjà, les problèmes ne viennent pas de la désobéissance civile, mais de l'obéissance aveugle des populations qui ne font pas l'effort de comprendre les enjeux et n'osent pas sortir des sentiers battus.

    Pourtant, il va bien falloir qu'il se passe quelque chose avant qu'il ne soit trop tard.

    • Clermont Domingue - Abonné 14 novembre 2014 10 h 29

      L'effort...Vous avez le mot juste. Il est plus facile de croire que de réfléchir.Jusqu'à ce qu'il soit dans la merde, l'ètre humain aime mieux la facilité. Monsieur Barrette veut nous aider à réfléchir...