Les infirmières rejettent la réforme Barrette

Régine Laurent, présidente de la FIQ
Photo: Annik MH De Carufel Le Devoir Régine Laurent, présidente de la FIQ

Le plus grand syndicat infirmier demande à Gaétan Barrette de renoncer complètement à son projet de réforme du réseau de la santé. À la veille de la clôture de la commission parlementaire sur le projet de loi 10, mercredi, la Fédération interprofessionnelle de la santé (FIQ) a lancé un message sans équivoque en présentant un mémoire intitulé « Prélude d’un démantèlement annoncé ».

La FIQ, qui regroupe 65 000 professionnelles en soins, demande carrément à Gaétan Barrette « d’effacer l’ardoise ». « Si le ministre met ce projet de loi de côté pour travailler sur les vrais problèmes du réseau, nous sommes prêtes à travailler avec lui », résume en entrevue sa présidente, Régine Laurent.

Aucun élément du projet de loi ne trouve suffisamment grâce à ses yeux pour être retenu. Comme la majorité des intervenants du réseau ayant défilé devant le ministre depuis quelques semaines en commission parlementaire, Régine Laurent estime que la dernière chose dont le réseau a besoin, c’est d’un grand chambardement. « C’est 90-95 % des acteurs du réseau qui sont contre. Si le gouvernement persiste, ce sera au nom de qui, et au service de qui ? », demande Mme Laurent.

La FIQ va plus loin encore. Elle accuse le ministre de « concocter des manoeuvres administratives aux accents mercantiles ». « Le projet de loi met la table à une privatisation accrue et à la sous-traitance », écrit le syndicat dans son mémoire. Si elle n’est pas au service des patients, la réforme Barrette est à celui de la grande entreprise, accuse le syndicat.

En route vers la privatisation

Dans le cadre d’accords économiques internationaux, notamment celui liant le Canada et l’Union européenne, plusieurs des appels d’offres des futurs mégacentres intégrés de santé et de services sociaux (CISSS) atteindront les valeurs-seuils les obligeant à ouvrir à l’international, croit la FIQ. « Quel sera l’impact sur les PME du Québec ? », s’inquiète Mme Laurent.

Outre les fournitures médicales, le syndicat craint même que le secteur de l’hébergement des personnes âgées tombe sous la coupe de ces accords de commerce.

La FIQ craint que le projet de loi ne cache aussi une volonté de privatisation du réseau. Des ententes avec le privé pour la prestation de soins étant rendues possibles, « le gouvernement pourrait très bien envisager la possibilité de permettre aux citoyens de recourir à des assurances privées pour se payer des soins ».

Mercredi, la FIQ a lancé une campagne de contestation du projet de loi 10, et des infirmières ont commencé à porter un macaron exhibant le slogan « Projet de loi 10 : Rien pour les patient-e-s ».

Ce n’est pas dans les structures que se cachent les milliards à économiser, soutient la FIQ. « Les médecins et les médicaments sont responsables de 34 % des dépenses en santé au Québec et ces dernières totalisent un montant de 15,6 milliards de dollars », rappelle le syndicat.

Les consultations s’achèveront ce jeudi avec, entre autres, une prise de position commune des quatre grands syndicats que sont la CSN, la FTQ, la CSQ et l’APTS. Ils scanderont d’une seule voix, annoncent-ils, leur « opposition à ce projet de loi autoritaire et déconnecté de la réalité du terrain ».

18 commentaires
  • Beth Brown - Inscrite 13 novembre 2014 06 h 05

    Réalité du terrain?

    Monsieur Barrette n'effacera aucune ardoise puisqu'il a écrit sa "réforme" dans le ciment...et c'est déjà sec.

    Chambouler et bouffer tout un système si essentiel pour un "ego-power trip".
    Puis, se retirer au privé préalablement préparé et installé à même nos deniers.

    Ceux et celles qui agissent sur les lignes de front ne s'en laissent pas imposer. Une autre des raisons pour lesquelle je suis fière d'être québécoise.

  • Gérard Pitre - Inscrit 13 novembre 2014 06 h 36

    À tous les employés du secteur hospitalier et para-public

    Tenez-vous debout, ne laissez pas le ministre Barrette et son gouvernement mettre la hache dans le système de santé. Il faut que la population soit sensibilisée à ce massacrage du système pour mieux ouvrir la porte au privé. On connaît les intentions de ce gouvernement des riches et des bien nantis. Lancez une grande cohésion et coalition nationale à travers le Québec pour que la population se réveille, sinon elle en paiera le prix et le réveil sera brutal. Bonne chance et ne lâchez pas. Gérard Pitre

  • François Dugal - Inscrit 13 novembre 2014 08 h 01

    Le Patron

    Un infirmière peut-elle remettre en question une décision venant d'un médecin spécialiste?

    • Pier-Paul Micheletti - Inscrit 13 novembre 2014 11 h 47

      Pour ce qui est de la politique/gestion, je ne vois pas en quoi un medecin spécialiste serait en meilleure position qu'une infirmière

    • Danielle - Inscrit 13 novembre 2014 13 h 00

      Bien oui! Drôle de question que vous avez.

    • Nicole Moreau - Inscrite 13 novembre 2014 13 h 13

      pourquoi pas???

      je ne saisis vraiment pas le sens de votre question, à moins, bien évidemment, qu'il s'agisse là d'un réflexe purement sexiste?

    • murielle bernard - Inscrite 13 novembre 2014 16 h 11

      Mme Moreau, le commentaire de M. Dugal s'adressait au Patron, vous savez...ce genre de Patron, qui risque de tomber de très haut de son piedestal forgé de chimère. Et oui, pourquoi pas? Un bon coup de talon sur son flanc et le voilà bien faisandé. Mais je trouve que les infirmières se défendent très bien actuellement et elles ont toute mon admiration!

  • Colette Pagé - Inscrite 13 novembre 2014 08 h 52

    La vigilance s'impose !

    Sans verser dans la paranoia, n'est-il pas raisonnable de penser qu'à l'instar du PM et du Ministre de l'Éducation qui ont profité de mesures adoptées par le Gouvernement avant de quitter son poste pour le privé pour le premier et de profiter d'une prime déraisonnnable pour le second, le Ministre de la santé souhaite également en profiter un jour en favorisant par son projet de Loi 3 le privé ?

    Comme il n'y a pas de fumée sans feu, la vigilance s'impose !

  • Nicole Moreau - Inscrite 13 novembre 2014 09 h 14

    les réserves sont très nombreuses dans le réseau et chez les infirmières

    comment penser que cette réforme pourrait être mise en place si les gens qui travaillent dans le réseau y sont défavorables sur de très nombreux points?
    comment ne pas voir le gros bon sens dans les hypothèses de démantèlement du réseau et l'ouverture vers la privatisation quand on sait que l'accord Canada-Union Européenne va s'opérationnaliser d'ici peu?
    ce projet de loi vise sans doute à faire de l'ouverture pour des projets de promoteurs de services publics, très nombreux en Europe, récemment il est apparu qu'en Grande-Bretagne, les organisations privées qui oeuvrent dans les services publics occupent maintenant 6% du PIB de ce pays