Les urgentologues sonnent l’alarme

Les congestions augmentent le risque d’erreur et les délais d’admission s’allongent pour les patients instables, notamment les patients âgés.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Les congestions augmentent le risque d’erreur et les délais d’admission s’allongent pour les patients instables, notamment les patients âgés.

Les urgentologues confirment que la congestion dans les urgences se traduit par une hausse des décès et des événements graves pour la santé des patients, et pressent le ministère de la Santé et des Services sociaux « d’ouvrir les yeux », et son ministre, Gaétan Barrette, de s’attaquer au problème.

L’Association des médecins d’urgence du Québec (AMUQ) a vivement réagi jeudi à l’étude rapportée par Le Devoir faisant état d’une hausse de 3 % des décès, quand le nombre de patients sur civières aux urgences excède de 10 % la capacité moyenne d’accueil. Publiée dans Academic Emergency Medecine, l’étude inédite se fonde sur des données de la RAMQ liées à plus de 677 000 visites effectuées dans 42 urgences du Québec en 2005.

« Ça confirme ce qu’on dit depuis longtemps et ce que plusieurs autres études déjà ont prouvé. C’est un portrait réel de ce qui se passe au Québec. Je ne crois pas qu’on ait fait des progrès fantastiques à ce sujet depuis 2005 », fait valoir Bernard Mathieu, président de l’Association des médecins d’urgence du Québec (AMUQ).

Crises cardiaques à l’urgence

Chef de l’urgence à l’hôpital Maisonneuve-Rosemont, le Dr Mathieu dit avoir recensé dans sa propre urgence trois crises cardiaques survenues en période de pointe chez des patients transportés en ambulance qui ont dû attendre, faute de civières disponibles. Les congestions augmentent le risque d’erreur et les délais d’admission s’allongent pour les patients instables, notamment les patients âgés.

« On se bat depuis des années pour faire baisser les taux d’occupation. Depuis son entrée en fonction, M. Barrette n’a pas répondu à nos demandes de rencontres. Les gens sont blasés parce que rien ne change », déplore ce médecin.

Les congestions dans les urgences sont légion, dit-il. Jeudi, le taux d’occupation moyen relevé dans les hôpitaux de soin généraux à Montréal atteignait 132 % par rapport au nombre de civières disponibles. Ce taux grimpait à 174 % à l’hôpital Maisonneuve-Rosemont. L’étude, elle, se fonde plutôt sur les débordements excédant de 10 % l’achalandage annuel moyen observé dans chaque hôpital.

Au cabinet du ministre de la Santé, on a tenu à apporter des bémols aux conclusions de cette étude. « Les données datent de 2005, ça peut avoir changé avec l’ajout des GMF, des supercliniques et des infirmières praticiennes. Remédier à la situation dans les urgences, ça fait partie des engagements. On déposera bientôt d’autres initiatives qui vont aider à remédier à cette situation », a indiqué Joanne Beauvais, l’attachée de presse du ministre de la Santé.

5 commentaires
  • Damien Tremblay - Inscrit 31 octobre 2014 09 h 09

    Trouvez-vous un bon vétérinaire; ...


    ... vous aurez de meilleures chances de survie que les usines hospitalières. Nos sympathies vont aux malades, mais aussi au personnel qui y oeuvre dans des conditions souvent très pénibles.

  • Leclerc Éric - Inscrit 31 octobre 2014 11 h 01

    Libérez les urgences avec la Loi sur le droit à mourir dans la dignité

    Les urgentologues savent mieux que quiconque que de dialoguer avec les familles dont un membre est en fin de vie, sur la tant contestée, mais nécessaire Loi, maintenant adoptée, est la seule solution à la libération de lits pour les patients qui peuvent aspirer à de meilleures conditions de vie.

    Le système de santé ne peut PLUS reculer face à un vieillissement qui s'accélère constamment surtout au Québec. Maintenant que la Loi et le bon sens prévalent sur le reste, il faut agir.

    • Grace Di Lullo - Inscrit 31 octobre 2014 14 h 31

      Monsieur Leclerc,

      Je suis d'accord avec vous. Après avoir accompagné ma mère aux urgences à trois reprises cette année, il faut les décongestionner.

      ...mais ce n'est pas toujours la faute des ainés. Ces derniers coutent chers, habituellement les six derniers mois de leur vie.

      En passant quelques jours là à plus d'une reprise, on voit
      =des gens assis pour des heures à défaut de services de premières lignes pour des urgences classées 5 ou 6.
      = des personnes agées avec le syndrome de la porte tournante qui ne sont pas pris en charge ailleurs que dans les urgences.
      = des gens avec des maladies chroniques qui pourraient être soignés autrement sans avoir à passer à l'urgence.
      = même des parents amenés des poupons ou des jeunes enfants à ces endroits à défaut d'aller au Children ou à Ste-Justine.

      Ceux qui sont en fin de vie comme ma mère devrait recevoir des services autrement.

      Il faut des services pour le mourir en dignité.
      Actuellement, j'accompagne ma mère en phase terminale d'une maladie cardiaque (il n'y a rien à faire que de pallier à la souffrance).
      Les services sociaux et infirmières ont pris le relais, mais c'est au deux semaines. Il me reste le medécin de famille, le pharmacien, le 811 et Télé-soins et ... le privé (pour d'autres soins). Cela semble beaucoup mais c'est peu pour un accompagnement 24/7.

      Il n'y a pas beaucoup de centres ou de maisons de soins palliatifs, ou de services en soins de fin de vie ou pour les six derniers mois d'une vie.

      C'est tout le système qui est à repenser.

      À moins d'un accident ou d'une mort subite, nous serons à notre tour devant une situation de vouloir mourir dignement et non pas dans un corridor de l'urgence. Il faut pas ne voulor aux malades.

    • François Laforest - Abonné 31 octobre 2014 16 h 16

      Tout à fait d'accord ! Il faut faire un grand ménage avec cette clientèle lourde et contre-productive. Il faut éliminer ''dignement'' cette dernière de façon sélective de façon à préserver les individus plus à même de créer de la richesse pour nos sociétés. C'est simple, plus de travail plus de richesse comme disait Sarkosi. Avec de plus en plus de gens inaptes, cela devrait être le gros bon sens que cette solution finale.
      Joyeuse Halloween ...et bon 1ier novembre !

  • Pierre Germain - Inscrit 31 octobre 2014 20 h 46

    Les rémunérations des médecins ont tellement explosé qu'il ne reste plus d'argent pour les infrastructures hospitalières ni pour le personnel hospitalier hormis les médecins. M. Mathieu devrait considérer cela dans son équation.