À la congestion des urgences correspond une hausse de la mortalité

Les chercheurs ont observé que chaque débordement équivalant à 10 % de la capacité d’accueil faisait grimper de 3 % la mortalité chez les patients admis.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Les chercheurs ont observé que chaque débordement équivalant à 10 % de la capacité d’accueil faisait grimper de 3 % la mortalité chez les patients admis.

La congestion dans les urgences est clairement associée à une hausse de la mortalité, démontre la plus vaste étude épidémiologique réalisée à ce sujet au Québec. Pour chaque épisode de pointe forçant l’urgence à dépasser de 10 % sa capacité moyenne de patients alités, on note une hausse de 3 % des décès et des réadmissions à l’hôpital.

Publiée dans le numéro d’octobre d’Academic Emergency Medecine, cette étude se fonde sur les données obtenues de la Régie de l’assurance maladie du Québec (RAMQ) concernant 1,3 million de visites réalisées dans 42 urgences du Québec en 2005. Cosignée notamment par l’épidémiologiste Jane McCusker et le Dr Alain Vadeboncoeur, chef du service de médecine d’urgence à l’Institut de cardiologie de Montréal (ICM), cette recherche établit une relation claire entre les périodes de congestion à l’urgence et les effets indésirables sur la santé des patients, jusqu’à 30 jours après leur admission.

En croisant les taux de décès avec l’achalandage moyen des urgences, on a observé que chaque débordement équivalant à 10 % de leur capacité d’accueil faisait grimper de 3 % la mortalité chez les patients admis. Dans l’échantillon retenu, plus de 3700 patients sont décédés dans les 30 jours suivant leur congé. Sur 677 475 visites effectuées dans les 42 urgences étudiées, 1,8 % des patients placés sur civière sont décédés dans le mois suivant leur admission (plus de 13 000), plus de 67 000 ayant obtenu leur congé de l’urgence y sont retournés (12 %) et plus de 11 000 de ces derniers (15 %) ont dû être réadmis.

« Qu’on démontre scientifiquement que la congestion dans les urgences est associée à une hausse de la mortalité chez les patients, c’est majeur. Chaque 10 % au-delà de la capacité entraîne une hausse additionnelle de 3 % de décès. Y a-t-il un lien direct de cause à effet ? On ne peut l’affirmer, mais l’association, elle, est claire », soutient le Dr Vadeboncoeur.

Comme la congestion peut excéder 10 % de l’achalandage moyen, on peut présumer que l’effet des périodes de pointe sur les décès et les réadmissions à l’urgence dépasse aussi par moments 3 %.

Cet effet néfaste des débordements sur la sécurité des patients serait beaucoup plus marqué dans les urgences des grands hôpitaux urbains, soulignent les chercheurs, qui ont eu accès à des données « anonymisées » de la RAMQ. Impossible donc de savoir dans quels hôpitaux les congestions sont « associées » au plus grand nombre de décès. Chose certaine, ces chiffres montrent qu’« il faut régler une fois pour toutes le problème des congestions à l’urgence », estime le chef de l’urgence de l’ICM.

« On ne parle plus seulement d’attentes et d’inconforts. Si un médicament entraînait une hausse de 3 % de décès chez les patients, il serait banni du marché. Or, le problème de la congestion des urgences au Québec produit le même effet et ça fait des années que rien ne bouge », déplore-t-il.

Moins grande capacité à livrer des soins de qualité dans les délais requis, congés précipités : plusieurs facteurs peuvent expliquer l’impact délétère des congestions, avance le Dr Vadeboncoeur. « Une multitude de facteurs peuvent entrer en jeu quand une forte pression à l’urgence s’exerce pour libérer des lits. »

Ces résultats devraient inciter les gouvernements à cibler les hôpitaux nécessitant des interventions spécifiques, affirment les auteurs. « Cette recherche renforce les preuves selon lesquelles la congestion des urgences constitue une menace pour la santé des patients. L’octroi de congés doit être surveillé de près pour assurer une transition sécuritaire des patients vers la communauté. Des ressources communautaires seraient nécessaires pour suivre de près les patients à plus hauts risques. »

11 commentaires
  • Yvon Bureau - Abonné 30 octobre 2014 06 h 44

    Le mourir et l'Urgence

    Les personnes en fin irréversible de vie ne devraient pas aller à l'Urgence pour terminer leur vie.

    Ils devraient pouvoir mourir à domicile, si possible et choisi. Ou dans leurs CA ou CHSLD ou Résidences

    Ou il devrait aller directement dans un lit de fin de vie sans passer par l'Urgence.

    L'Aide médiclale à mourir rendra plus possible l'évitement de l'Urgence.

    Merci aux médecins McCusker et Vadeboncoeur pour cette recherche éclairante, propre à une action appropriée.

    • Christian Fleitz - Inscrit 30 octobre 2014 10 h 33

      C'est une évidence. L'Urgence peut éventuellement avoir un rôle de tri, mais pas de soin pour des ''fins de vie'', ce n'est pas le même domaine d'intervention, la même spécialisation médicale.

  • Roxane Bertrand - Abonnée 30 octobre 2014 08 h 13

    Lien de causalité....

    Si le lien de çausalité est clair, il ne reste qu'à trouvé qui est responsable de l'engorgement des urgences, de faire la démonstration qu'il s'agit d'une mauvaise gestion et ensuite de faire comme nos voisins les américains...poursuive.

    Il est temps que les citoyens rendent responsables les dispensaires de soin de santé. Ce n'est pas parce que le système est public et "gratuit" qu'il n'a pas à être adéquat. Car ne l'oublierons pas....il est bien des choses notre système, mais il n'est pas gratuit.

    • Christian Fleitz - Inscrit 30 octobre 2014 10 h 38

      Une des solutions, appliquée en Europe en particulier, est le paiement d'un ticket modérateur peu élevé mais systématique à la consultation médicale. Ainsi, on évite assez efficacement les encombrements des cabinets médicaux par des oisifs, touristes des salles d'attente, sans empêcher l'accès à la consultation, en cas de besoin.

    • Sylvain Auclair - Abonné 30 octobre 2014 11 h 01

      Monsieur Fleitz,
      Tout ce que ce ticket amène, c'est que ceux qui n'ont pas d'assurance complémentaire se privent d'aller consulter.

    • Christian Fleitz - Inscrit 30 octobre 2014 23 h 13

      Monsieur Auclair- Croyez-vous que tous les consultants compulsifs, et je ne parle que de ceux-là, qui consulte à haute fréquence n'encombre pas les salles d'attente, nuisant à la bonne pratique médicale ? Il ne s'agit pas de mettre en place un ticket modérateur de coût élevé, mais une contribution qui détermine un choix et de là qui se montre dissuasif pour ''les habitués''.

  • Simon Thibault - Abonné 30 octobre 2014 09 h 45

    Faible argumentaire...

    Avant de crier sur tous les toits à un lien de causalité direct tel que présenté dans cet article, il y a lieu de peaufiner l'analyse. Quels sont les caractéristiques socio-sanitaires et socio-économiques des individus décrits par ces statistiques ?? Et ne serait-ce pas plutôt l'inverse : une hausse des cas problématiques à l'urgence, auxquels cas sont associés des risques plus élevés de décès, a causé un engorgement supplémentaire dans ladite salle d'urgence puisqu'elle a occupé de manière plus prononcée le personnel en place. Avec une telle situation, on obtiendrait le même genre de résultats statistiques. Bref, on crie presqu'au meutre ici, mais les données ne sont pas suffisamment étoffées pour justifier une telle réaction.

    • Roxane Bertrand - Abonnée 30 octobre 2014 13 h 41

      Les patients ont droit à de services de santé de qualité. Les services d'urgence ne donne pas un cadeau en s'occupant de la population.

      Il est évident que la mort est notre lot à tous, mais si elle arrive plus tôt que prévu suivant une un manque d´organisation, c'est de la négligence. Il serait normal qu'il y ait des conséquences légales dans ces cas et que les responsables soit imputable financièrement des dégâts causés.

      C'est du cas par cas!

    • Alain Vadeboncoeur - Abonné 31 octobre 2014 16 h 28

      Monsieur Thibault, vous avez une bine curieuse manière de lire ce texte. Je vous cite ce passage: "« Qu’on démontre scientifiquement que la congestion dans les urgences est associée à une hausse de la mortalité chez les patients, c’est majeur. Chaque 10 % au-delà de la capacité entraîne une hausse additionnelle de 3 % de décès. Y a-t-il un lien direct de cause à effet ? On ne peut l’affirmer, mais l’association, elle, est claire », soutient le Dr Vadeboncoeur."

      Je pense que l'article d'Isabelle Paré est clair et rend bien les discussions que nous avons eues. Une association n'est pas une causalité. Voilà.

  • Sylvain Auclair - Abonné 30 octobre 2014 11 h 02

    Ça ne changera rien

    Si vous voulez convaincre le gouvernement, il faut prouver que couper dans les urgences amène de coûts. Pas dans dix ans, mais presque immédiatement.

  • Claude Bernard - Abonné 30 octobre 2014 11 h 56

    Très inquiétant, les urgences qui tuent

    Qui est responsable des urgences au Ministère de la Santé?
    Qu'il se fasse connaître qu'on puisse le poursuivre personnellement.
    Cette situation est inacceptable, sauf pour des sous-ministres et co.
    Les cliniques sans rendez-vous ne prennent plus de clients après 8h, les CLSC n'en prennent pas, les urgences débordent ET PERSONNE N'EST RESPONSABLE, beau système que le nôtre.
    Et l'avocat des patients veut « préserver la transparance, l'imputabilité et l'indépendance du réseau », c'est-tu pas plaisant.