Il ne faut pas céder à la panique

Un coup d’oeil aux gros titres qui occupaient la une des tabloïds new-yorkais vendredi matin avait de quoi donner froid dans le dos : « Ebola ici ! » avertissait entre autres le New York Post, photo de deux policiers armés de gants et de masques à l’appui.

Cet état de panique est nettement exagéré, tranche le Dr Richard Marchand, qui estime que les chances que le Dr Craig Spencer aitinfecté quelqu’un avant son isolement à l’hôpital sont extrêmement minces, et ce, même s’il a pris le métro et joué aux quilles peu avant d’être déclaré positif au virus.

Le Dr Spencer était rentré depuis quelques jours de Guinée, où il avait traité des patients atteints de l’Ebola pour Médecins sans frontières.

« Si on écoute CNN, on a l’impression qu’il y a 250 000 cas aux États-Unis ! » dénonce le Dr Marchand, microbiologiste-infectiologue à l’Institut de cardiologie de Montréal. « La probabilité que ce médecin ait transmis le virus est à mon avis très faible », indique-t-il.

Par exemple, Thomas Duncan, qui est décédé du virus à Dallas après l’avoir contracté en Afrique, avait été en contact plusieurs jours avec sa famille, tout en étant symptomatique. Aucun de ses proches n’est tombé malade. Ce sont les infirmières qui l’ont soigné dans la phase aiguë de la maladie, avant son décès, qui ont contracté la maladie. L’une d’entre elles a été déclarée guérie vendredi. Le président américain Barack Obama l’a rencontré le jour même, lui faisant même l’accolade pour contrer le vent de panique qui souffle sur l’Amérique.

Le Dr Marchand rejette l’idée de mettre en quarantaine tout voyageur ou travailleur humanitaire en provenance des pays africains touchés. Plusieurs Québécois sont engagés dans cette lutte. « Aucun médecin humanitaire ne veut transmettre ce virus à sa famille, explique le Dr Marchand. Ils sont très prudents et suivent les protocoles. » Le risque que le médecin new-yorkais ait transmis le virus à un passant en prenant le métro ou en visitant un bar, avant même que sa fièvre ne se déclare, est aussi extrêmement faible, puisqu’un contact avec les fluides corporels infectés est nécessaire, et ce, uniquement en présence de symptômes.

Le Québec prêt ?

Que le virus soit à New York ou à Conakry, le Québec doit être prêt à prendre en charge un premier cas, dit le Dr Marchand, qui la semaine dernière dénonçait le retard dans la formation des professionnels de la santé.

Depuis, le processus s’est accéléré, remarque-t-il, bien qu’il ne soit pas d’accord avec Québec pour affirmer que nous sommes totalement préparés.

« Si demain nous avions un premier cas, oui, je crois qu’il pourrait y avoir des infections secondaires », estime-t-il. Entre autres, le matériel de protection personnel n’est pas encore arrivé dans tous les établissements de santé. De plus, encore faut-il savoir l’utiliser, et il y a toujours des lacunes à ce niveau.

« Ça prend des répétitions, une véritable discipline militaire, pour être prêt à intervenir avec l’équipement, dit-il. Si j’ai un livre de recettes, ça ne fait pas de moi un grand chef ! » Selon lui, un médecin ou une infirmière trop peu entraînés peuvent commettre des erreurs fatales dans l’utilisation du matériel de protection.

Il s’inquiète aussi que, pendant que tous les yeux sont tournés vers l’Ebola, d’autres menaces infectieuses soient négligées. « Si on craint d’approcher un malade qui a des symptômes, mais que c’est finalement la malaria, on va avoir l’air fou si on ne l’a pas traité assez vite parce qu’on avait peur ! »

Le ministère de la Santé et des Services sociaux indique que le cas new-yorkais ne change en rien la stratégie de la santé publique, qui poursuit son plan d’action.

Le maire de New York se fait rassurant

New York — Les autorités sanitaires américaines vantent la présence d’esprit d’un médecin qui est devenu la première personne infectée par le virus Ebola à être hospitalisée à New York.

Le Dr Craig Spencer a signalé ses symptômes aux responsables dès leur apparition, jeudi.

Ailleurs aux États-Unis, les National Institutes of Health ont annoncé vendredi que l’infirmière texane Nina Pham est guérie et qu’elle a obtenu son congé. Mme Pham, la première infirmière infectée par le virus en soignant un homme à Dallas, était hospitalisée près de Washington.

Le maire de New York, Bill de Blasio, et le gouverneur Andrew Cuomo ont demandé aux New-Yorkais de ne pas s’inquiéter, même si le docteur Spencer a utilisé les transports en commun, qu’il a pris un taxi et qu’il est allé jouer aux quilles depuis qu’il est rentré de Guinée il y a une semaine.

Le maire a fait valoir que tous les responsables de la ville avaient suivi des protocoles « clairs et solides » à l’égard du patient.

« Nous voulons qu’il soit très clair que les New-Yorkais n’ont pas de raison de s’inquiéter, a dit M. de Blasio. Les New-Yorkais qui n’ont pas été exposés [au virus] ne sont pas à risque. »

Le gouverneur Cuomo a abondé dans le même sens vendredi, déclarant à la télévision américaine que le médecin « ne se sentait évidemment pas symptomatique » quand il est sorti « d’une façon limitée ».

« Quand tu es médecin, tu sais que tu n’es pas contagieux tant que tu n’es pas symptomatique, a-t-il dit. Dès qu’il a eu une fièvre, il s’est présenté de lui-même à l’hôpital. »

Le gouverneur a aussi assuré aux New-Yorkais qu’ils peuvent emprunter le métro en toute sécurité.