La réforme de la santé, une porte ouverte au privé?

Françoise Bertrand, la p.-d.g. de la Fédération des chambres de commerce du Québec
Photo: Jacques Nadeau Le Devoifr Françoise Bertrand, la p.-d.g. de la Fédération des chambres de commerce du Québec

La réforme du réseau de la santé et des services sociaux imaginée par Gaétan Barrette est-elle une occasion pour le privé d’y occuper une plus grande place ? C’est du moins ce que réclame la Fédération des chambres de commerce du Québec (FCCQ), qui salue le projet de loi 10.

« Le projet de loi va dans le sens de ce qu’on réclame depuis de nombreuses années, soit de simplifier les structures », explique en entrevue Françoise Bertrand, présidente-directrice générale de la FCCQ.

Rejeté ou critiqué par la majorité des acteurs du réseau de la santé jusqu’à maintenant, le projet de loi séduit la fédération. Mais ses membres y voient-ils carrément une occasion de brasser des affaires ? « Oui, éventuellement, dit Mme Bertrand, mais c’est surtout une occasion pour moins de bureaucratie et plus de soins sur le terrain. »

La FCCQ espère jouer un rôle dans les nouvelles structures. « On ose croire que le ministre saisira l’occasion d’inviter davantage d’entrepreneurs à siéger aux conseils d’administration, insufflant ainsi davantage d’entrepreneuriat dans la gestion », écrit-elle dans son mémoire déposé à la Commission de la santé et des services sociaux, qui étudie le projet de loi.

Les Centres intégrés de santé et de services sociaux (CISSS), qui auront les responsabilités d’organiser les soins, devront, selon la FCCQ, s’assurer de livrer les services « au meilleur coût ». Pour cela, le privé serait une option incontournable : les CISSS devraient faire appel à « divers types d’organisations pour une livraison optimale », écrit la fédération, soit le public, les entreprises privées, les coopératives et les organismes sans but lucratif.

Pour atteindre les ambitieux objectifs budgétaires du gouvernement, « il faut faire différemment ce que nous avons fait jusqu’à ce jour, plaide la FCCQ. Sinon, nous aurons les mêmes résultats : des dépenses en croissance vertigineuse et une accessibilité précaire aux services. […] Loin de se replier, le secteur public de la santé se doit d’envisager de manière pragmatique et sereine des alliances avec le secteur privé. »

Les secteurs de l’entretien ménager, des services informatiques, de la gestion du parc immobilier, des chirurgies d’un jour, de l’hébergement et des soins de longue durée ainsi que des soins à domicile seraient concurrentiels par rapport au public, juge la FCCQ.

Le projet de loi 10 stipule que le ministre peut intervenir pour favoriser la conclusion « d’ententes de services visant à répondre aux besoins de la population ». Rien ne semble exclure que ces ententes soient conclues avec le privé.

La crainte du privé

Ce qui réjouit la FCCQ catastrophe la Coalition solidarité santé, un collectif syndical et communautaire qui défend le caractère public et universel des soins au Québec.

La Coalition craint dans un premier temps la présence majoritaire du milieu des affaires dans les conseils d’administration des futurs CISSS. « Il y aura une majorité d’indépendants, et ça, ça veut dire des gens d’affaires, nommés par le ministre », remarque Jacques Benoît, coordonnateur de la Coalition.

Ensuite, il voit en ce projet de loi une porte « grande ouverte » à la conclusion d’ententes pour une prestation privée de soins. « Et soyons clairs : le privé en comparaison de la prestation publique va toujours coûter plus cher », dénonce-t-il. Il craint que les secteurs lucratifs comme la chirurgie d’un jour soient sous-contractés au privé, pendant que le public, lui, n’aura d’autre choix que de fournir les soins coûteux et non rentables.

M. Benoît craint aussi pour la qualité des soins offerts par des prestataires privés dans un contexte de recherche de la rentabilité, ainsi que pour la qualité des conditions de travail.

22 commentaires
  • simon villeneuve - Inscrit 25 octobre 2014 01 h 19

    Ben oui ...

    « Oui, éventuellement, dit Mme Bertrand, mais c’est surtout une occasion pour moins de bureaucratie et plus de soins sur le terrain. »


    "La FCCQ espère jouer un rôle dans les nouvelles structures. « On ose croire que le ministre saisira l’occasion d’inviter davantage d’entrepreneurs à siéger aux conseils d’administration, insufflant ainsi davantage d’entrepreneuriat dans la gestion », écrit-elle dans son mémoire déposé à la Commission de la santé et des services sociaux, qui étudie le projet de loi."

    Le constat du prive dans le domaine de la construction pour des projets publics dans les municipalites et les 2 mega centres hospitaliers ( CHUM et le CUSM) furent un fiasco epouvantable de corruption, depassement des couts, etc.

    Non merci !

    Svp les liberaux, epargnez la sante au Quebec (domaine le plus important de notre province) de ces vautours ...

  • Patrice Giroux - Inscrit 25 octobre 2014 07 h 59

    Les grugeaux

    La chambre de commerce vient de mettre cartes sur tables. Avec le projet de loi 10, la méchante bureaucratie cédera le pas aux avantages autoclaironants et rutilants des conglomérats privés. Une des différences majeures, voire l'avantage concurrentiel du privé dans les perceptions avec le public, c'est qu'avec les profits qu'il génère à nos dépends, le privé peut se payer de la pub, de la promotion, qui font rayonner leur marque à travers les yeux des contribuables. « Nous sommes les meilleurs ». Le système public, et c'est similaire en éducation, n'arrive pas à justifier ces campagnes, ou si peu en comparaison. Alors, le privé devient « le meilleur ».
    Bon. Ceci. Si par malheur nous nous faisons littéralement avoir par ces grugeaux du trésor public que personnellement j'enverrais promener (toutes les installations et les actifs publics sur lesquels ils prendront appui...) et des épargnes individuelles que vous avez soutirées à la « juste part » fiscale, il est fort à parier que le système de justice ne rendra pas plus efficace les poursuites au civil contre des médecins omnipotents, mais incompétents qui se contenteront d'encaisser sous le vernis de leur image impeccable. De toute manière, il faudra encore de l'argent pour démolir l'image. Quelle régression ce serait. Je ne peux pas croire que ces grugeaux vont réussir. J'espère que les Québécois vont faire dans l'antiparasitaire.

    • Guy Vanier - Inscrit 25 octobre 2014 08 h 14

      Me crainte est la même que vous. Nous nous dirigeons vers la privatisation avec nos 3 docteurs.
      Si les gens veulent avoir une idée comment ça fonctionne, ils ont seulement à regarder nos voisins américains.
      Vous tombez gravement malade et vous perdez votre maison, si vous avez le malheur d'être pauvre ou dans la classe moyenne.

    • Patrice Giroux - Inscrit 25 octobre 2014 11 h 08

      Ils se sont affranchis de la fiscalité et ils ont trouvé le paradis fiscal à la fin de leurs jours, ils se sont affranchis du cadre légal comme des règlements et de la fonction publique qui voit à les appliquer, maintenant ils vont vouloir nous faire payer en s'appropriant les actifs publics. Ce sont définitivement des professions « libérales ».

  • François Dugal - Inscrit 25 octobre 2014 08 h 09

    FCCQ

    Le PLQ est le bras politique de la FCCQ; je remercie madame Bertrand de nous expliquer cette évidence avec autant le clarté.

  • Denis Miron - Inscrit 25 octobre 2014 08 h 11

    Pour promouvoir le privé en santé il faut vraiment être privé de sens éthique

    Comment le privé dont le but 1er est la recherche de profit maximal peut en arriver à coûter moins cher dans un contexte où tout est est mis en oeuvre pour transformer le patient en client. Plus on ouvre la porte au privé, et plus la facture grimpe dans les rideaux. On a qu’à se référer à l’intrusion du privé au ministère des transport, le coût est surévalué de 30 à 40 % plus élevé. L’entretient des routes l’hiver par des contracteurs privés, est devenu lamentable, car ils économisent sur les moyens à prendre pour le déglacage. En régions éloignées on patine toute l’hiver en auto. Pour promouvoir le privé en santé il faut vraiment être privé de sens éthique

  • Jean Claude Pomerleau - Inscrit 25 octobre 2014 08 h 38

    Le privé : le modèle américain

    Les modèle américain coute plus cher (pourcentage du PIB) est plus lourd d'administration et laisse pour compte plus de 50 millions de citoyens (les plus mal pris. On devrait avoir un journaliste qui nous fait la recherche sur cette comparaison entre le privé et le publique.

    • Jean-Yves Arès - Abonné 25 octobre 2014 14 h 06

      Vous pouvez avoir un aperçu de la place du Canada au sein de l’OCDE dans le document suivant. Ce document est particulièrement intéressant par son graphique en page 2 qui distingue trois sources dans le financement privé, les "versements nets des ménages", les "assurances privées", et "autre".

      Si le "autre" (1%) reste nébuleux on peut dire que le versement des ménages nous place dans le domaine de la consommation et nous reporte au schéma social habituel d’accès selon la richesse de chacun.

      La partie "assurance privée" elle aussi a sa part nébuleuse puisque que sa source de financement est partagée et que les différents paliers d’États sont des payeurs de premier plan sans que leurs contributions soient classés du coté "administration publique". Il serait intéressant de connaître plus précisément cette place que tiennent nos administrations publiques dans ces assurances privées puisque le Canada est positionné en troisième place, ex-æquo avec la France, avec 13% de l’ensemble de ses dépenses, derrière le Chili a 19% et les É-U a 33%.

      Cette information serait d'autant importante que ce 13% de l’ensemble des dépenses représente tout de même 45% des dépenses du privé. Et encore plus du fait que cette partie assurance a un effet inflationniste sur le commerce de ces services puisqu’elle diminue le coût et la visibilité de ces dépenses pour l’utilisateur. Ce qui amplifie l’écart d’accessibilité entre les assurés privés et ceux qui doivent supporter seul l’achat de ces services.

      http://www.oecd.org/fr/france/49084343.pdf

      Par ailleurs on peut penser que ni nos statisticiens, ni nos journalistes seront trop trop portés a fouiller ce sujet par le simple fait qu’ils se retrouvent du coté de ceux titulaires de ces assurances privées.

    • François Laforest - Abonné 25 octobre 2014 23 h 18

      Tout à fait, de plus, les États-uniens opèrent déjà ici avec des PAB aux salaires minimum dans leurs résidences de Lanaudière tout en se tapant de la belle promotion dans une activité culturelle de prestige.