Fronde des médecins contre la réforme Barrette

Le ministre de la Santé, Gaétan Barrette
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne Le ministre de la Santé, Gaétan Barrette

Les médecins n’adhèrent pas au projet de réforme du réseau de la Santé et des Services sociaux de Gaétan Barrette. Le ministre a essuyé les critiques et les inquiétudes du corps médical, lundi, pour la première journée d’étude du projet de loi 10 en commission parlementaire.

« La réforme est comme un train de 19 wagons avec une seule locomotive, le ministère, et un seul mécanicien, le ministre », a illustré le président-directeur général du Collège des médecins du Québec (CMQ), le Dr Charles Bernard. « Mais où va le train ? » a-t-il demandé, inquiet. Pour le CMQ, la réforme ne doit pas se faire au détriment de l’accessibilité, voire de la qualité des services de santé au Québec.

Pour leur part, les médecins spécialistes ont été durs envers leur ancien président. Le projet de loi est « irrecevable », a déclaré la présidente de la Fédération des médecins spécialistes du Québec (FMSQ), la Dre Diane Francoeur. « Vous nous demandez un chèque en blanc », a-t-elle lancé au ministre au cours des échanges, alors que celui-ci tentait de lui faire admettre que, sur le fond, elle partageait sa vision.

Bien que déplorant toujours les trop courts délais qui lui ont été consentis, la FMSQ a finalement accepté de présenter son mémoire lundi. La réforme pourrait avoir plus d’effets négatifs que positifs, avertit la Fédération. « Les avantages ne seront constatés qu’après de nombreuses années d’instabilité et de sous-performance », croit la Dre Francoeur.

La FMSQ, bien que prônant depuis longtemps l’abolition des agences de la santé, est loin de se réjouir alors que cela pourrait être chose faite au 1er avril 2015. Elle considère que Gaétan Barrette veut s’arroger trop de pouvoirs. « Ce projet de loi remet en question l’organisation locale des soins de santé et concentre une gamme de pouvoirs discrétionnaires excessifs et sans précédent entre les mains d’une seule personne », a affirmé la Dre Francoeur, qui, dans son mémoire, dénonce cette « appropriation ministérielle des pouvoirs ».

Elle demande au ministre de reconnaître qu’il « va trop loin ».

Plutôt que d’accorder plus de pouvoirs aux établissements, la réforme proposée attaque le palier local, dénonce la FMSQ. « L’organisation actuelle du réseau n’est pas déficiente au point qu’elle doive être remise en question », écrit la fédération dans son mémoire, truffé de questions traduisant les inquiétudes, nombreuses, des médecins spécialistes.

Le comble, pour la FMSQ, c’est que toutes ces questions en suspens pourraient être « édictées de façon unilatérale par le ministre et sans consultation ». Les règlements adoptés ne seront pas soumis à l’obligation actuelle de publication et de consultation, interprète la FMSQ.

Le Collège des médecins, de son côté, a voulu faire preuve de réserve sur l’aspect politique de la réforme. Mais l’ordre professionnel s’inquiète des conséquences pour la qualité des services. « Nous ne trouvons pas dans le projet de loi une préoccupation pour développer la première ligne », s’inquiète le Dr Charles Bernard. Il se dit notamment préoccupé du maintien des missions spécialisées de certains établissements au sein de la nouvelle méga-structure, comme les instituts de gériatrie ou de santé mentale.

Le Collège affirme qu’il fallait du « courage politique » pour proposer une telle révolution, et qu’il en comprend les impératifs budgétaires, mais il craint une « fragmentation territoriale » qui se traduirait par une moins bonne accessibilité aux soins pour le citoyen.

Le ministre défend sa vision

Se faisant reprocher depuis le dépôt du projet de loi de bâillonner le réseau et de précipiter l’adoption de sa réforme, le ministre Gaétan Barrette a dit entamer le processus parlementaire avec « ouverture ». « Il s’agit de la plus grande régionalisation du réseau jamais faite, contrairement à ce que prétendent les critiques. Le projet de loi ne vise pas une quelconque centralisation », a-t-il affirmé d’entrée de jeu. « Le projet de loi vise à ce qu’une fois pour toutes, les décisions soient prises en fonction du patient », a-t-il déclaré.

Mais la porte-parole du Parti québécois en santé, Diane Lamarre, en doute. « Il n’y a rien sur le parcours du patient, mais bien des choses sur le contrôle du ministre », a-t-elle déploré. Elle s’inquiète également des décisions qui doivent s’ensuivre. « Ce projet de loi est le premier morceau d’un casse-tête, on doit malheureusement se prononcer sans avoir les autres morceaux », a-t-elle reproché au ministre.

Le député de la Coalition avenir Québec Éric Caire, bien que relativement favorable au projet de loi, demande à Gaétan Barrette de ne pas plonger le Québec « dans une autre mauvaise réforme ».

La Fédération des médecins omnipraticiens du Québec doit être entendue demain.

Des centres de réadaptation appelés à disparaître

À partir du mois d’avril prochain, en vertu du projet de loi 10 du ministre de la Santé, Gaétan Barrette, les vingt centres de réadaptation en déficience intellectuelle et en troubles envahissants du développement (CRDI-TED) du Québec pourraient cesser d’exister. Les services qu’ils offrent aux personnes autistes et déficientes intellectuelles seraient intégrés aux centres intégrés de santé et de services sociaux que veut créer le ministre Barrette. Lundi, le directeur de la Fédération de ces centres, Claude Belley, s’est dit inquiet de ce projet. Pas tant pour son propre emploi ou celui des 25 employés de la Fédération que pour le maintien d’une expertise développée au fil des ans en matière de déficience et d’autisme. M. Belley participait à une journée de formation destinée au personnel spécialisé en intervention auprès des personnes autistes. « En avril prochain, la Fédération ne devrait plus exister, dit-il. Alors, qui organisera des événements comme celui-là ? »Depuis longtemps cependant, on constate que l’accès aux services pour les personnes autistes laisse à désirer. « En mars 2013, 850 enfants étaient en attente de service », reconnaît M. Belley. Le projet de réforme du ministre Barrette vise entre autres à mieux harmoniser les services de première, deuxième et troisième lignes. Mais M. Belley craint cependant que l’on retourne à une approche très « hospitalocentriste », qui permet à l’hôpital de décider où iront les ressources. « Ça va loin et vite », dit-il.
21 commentaires
  • Denis Paquette - Abonné 21 octobre 2014 04 h 35

    Les populations ne sont pas dupes et ne le seront jamais

    Faut il donner la responsabilité ultime aux politiques, sont-ils capables de faire mieux que les autres, si nous analysons leurs capacités respectives, ils sont loins de faire le poid, comment des parvenus peuvent ils y prétendre, les populations ne sont pas dupes, voila ce que j'en pense

    • Gérard Pitre - Inscrit 21 octobre 2014 06 h 34

      À Denis Paquette. Je veux bien vous croire que la population n'est pas dupe, mais j'ai perdu la foi en ce qui a trait à l'intelligence du peuple. Si ce peuple n'était pas dupe, il n'aurait pas ramener au pouvoir un parti corrompu sous le seul prétexe qu' un nouveau chef pouvait refaire un vieux bazou tout rouillé qu'est le plq. Oui la population est dupe parce qu'elle dort du profond sommeil de l'inconscience politique. Et dans 4 ans ils le rééliront contre la menace d'un futur référendum. Selon ce que j'ai déjà entendu dire de la part de gens compétents, le niveau de conscience du peuple sur l'ensemble de la planète est à peu près de 3%, ce qui veut dire que 97% vivent dans l'inconscience totale. Ça vole bas au pays du Québec. On se croirait au temps de Maria Chadelaine. Gérard Pitre

    • Guy Vanier - Inscrit 21 octobre 2014 07 h 53

      <<<ils sont loins de faire le poid, comment des parvenus peuvent ils y prétendre, les populations ne sont pas dupes, voila ce que j'en pense>>>

      Comment voulez vous que le simple citoyen comprennent ce qui se passe? Ils peuvent seulement le constater quand ça leur arrivent en plein front et encore. A ce moment là il sera trop tard et nous hériterons d'un système a deux vitesses comme au USA ou, si vous tombez malade vous perdez votre maison, si vous en avez une.
      Mes les bons docteurs vont garder la leurs sans problème.
      L'appauvrissement de la classe moyenne et des pauvrent a sont meilleur!

    • Benoît Landry - Inscrit 21 octobre 2014 11 h 35

      @ Gérard Pitre

      concernant l'intelligence du peuple je ne suis pas d'accord avec votre interprétation. Le peuple n'a pas voté PQ peut-être justement parce qu'il a compris que le différence avec les libéraux ne se distingue plus autant qu'avant et pour ça il faut avoir un minimum d'intelligence non ?

      Il y a un noyau dur qui a voté libéral comme d'habitude d'un côté plus des gens qui ont eu peur de la charte et du référendum et le vote qui s'est divisé entre plusieurs partis de l'autre côté. Si le PQ avait eu la décence d'installer la proportionnelle quand il a en eu l'occasion durant ses 4 mandats majoritaires, le peuple pourrait maintenant user de son intelligence pour voter selon sa conscience au lieu de bêtement répondre à des appels de suivre le troupeau en jouant sur la peur et en jouant à la victime. Il serait temps que ce parti vieillisse et cesse d'accuser les autres de ses déboires, c'est fatigant à la fin ....

  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 21 octobre 2014 04 h 55

    … l’être humain ?

    « La réforme est comme un train de 19 wagons avec une seule locomotive, le ministère, et un seul mécanicien, le ministre » (Dr Charles Bernard, pdg, CMQ)

    Depuis notre naissance, plusieurs réformes ont eu cours au sein de la Santé et Services Sociaux ; des réformes tant structurelles qu’infrastructurelles ; des réformes d’intérêts, parfois ou toujours, hasardeux, aléatoires, et d’impunité défaillante, déficitaire.

    De toutes ces réformes, incluant celle visée de l’actuel projet de Loi 10, ce questionnement :

    À quoi ou à qui servent-elles si, en bout de ligne, le Réseau concerné ou ciblé tend à oublier sa « clientèle », ou à l’utiliser à d’autres fins (politiques, sociaux, économiques prévues) que prévues ?

    À quoi ou à qui servent-elles si, dudit Réseau, le monde des préjugés, en lien avec la jeunesse, l’ainé et la « ph », poursuit sans problème son train-train quotidien ?

    Finalement, à quoi, à qui servent-elles si elles tendent à escamoter l’essentiel et …

    … l’être humain ? - 21 oct 2014 -

  • Robert Henri - Inscrit 21 octobre 2014 05 h 50

    Avouons le...

    Quand même, ils sont meilleurs que le gouvernement Charest. Il réussissent à se faire haïr par un peu tout le monde pas mal plus vite.

    • Guy Vanier - Inscrit 21 octobre 2014 07 h 56

      Vous avez un bon point Monsieur Henri, pensons positif c'est bon pour la santé.

  • Laurier Francois - Inscrit 21 octobre 2014 07 h 25

    La solution

    Tant et aussi longtemps qu'on ignore combien il y a d'employés dans la fonction publique, incluant la santé, toute réforme s'avere plutôt inefficace. Je suis certain qu' il y a plusieurs fonctionnaires et employés dont on ignore les fonctions, ce qu'ils font et encore pire ou ils sont .

    Cela existe dans toute multinationale et grande entreprise. Plusieurs personnes passent leur temps en meeting , à se faire des powerpoints, et à se conter comment cela va mal et quoi faire pour remédier à la situation. J'ai même été témoin d'un département qui a un chef pour un indien et demi dans le privé.Ce doit pas être mieux au gouvernement.

    Dans la santé le ratio supervision et personnel de plancher qui s'occupe des patients est presque de 1 pour 1. et ce n'est pas à la veille de se régler because la sécurité d'emploi. Si il est adressé tout de suite , on pourra s'en sortir avec l'attrition d'ici 5 à 10 ans, si on contrôle l'embauche et les planchers d'emploi.

    • Sylvain Auclair - Abonné 21 octobre 2014 10 h 13

      Avant de les comper, il faut déterminer QUI on compte. Les employés des entreprises sous contrat (pour le ménage, la sécurité, la cafétéria, mais aussi toutes les formes de conseil) sont-ils des employés de la fonction publique? Les médecins, pour la plupart, ne le sont pas; c'est d'ailleurs ce qui fait qu'un hôpital préfère un médecin de plus, qui sera payé par la RAMQ, qu'un nutritionniste de plus, qui sera payé par l'hôpital...

  • Denis Chénier - Inscrit 21 octobre 2014 07 h 34

    Allo!

    J'ai besoin d'un médecin de famille, j'attend depuis 2 ans.

    Ya t-il un médecin dans la....

    Denis Chénier