Les associations patronales en santé menacées

Diane Lavallée, directrice générale de l’Association québécoise d’établissements de santé et de services sociaux
Photo: Annik MH De Carufel Le Devoir Diane Lavallée, directrice générale de l’Association québécoise d’établissements de santé et de services sociaux

Le projet de loi 10 signe l’arrêt de mort de nombreuses associations d’établissements, mettant à mal, selon ces dernières, la liberté d’expression, la liberté d’association ainsi que des services, par exemple le programme qui permet l’encadrement des conducteurs épinglés pour conduite avec les facultés affaiblies.

De nombreuses associations québécoises ont confirmé au Devoir être très sérieusement menacées de disparition, pour la simple et bonne raison que les établissements qui leur versent des cotisations disparaîtront dans la foulée des fusions. « S’il n’y a plus de membres, il n’y a plus d’associations », indique Diane Lavallée, directrice générale de l’Association québécoise d’établissements de santé et de services sociaux (AQESSS), la plus importante des associations qui se retrouve sur la corde raide.

Des principes démocratiques sont en jeux, selon elle. « Ce serait déplorable de museler collectivement et individuellement les employeurs d’un réseau qui gère près de 50 % du budget de l’état. La liberté d’expression et de libre association ne devrait pas être menacée, ce serait une note assez discordante et surprenante dans une société démocratique », affirme Mme Lavallée.

Alors que tous les secteurs d’activités, allant des banques au réseau scolaire, possèdent leurs associations patronales, elle s’interroge. « Comment justifier que le plus grand employeur au Québec, le réseau de la santé, ne soit pas représenté ? » demande Mme Lavallée.

Outre l’AQESSS, l’Association des centres jeunesse (ACJQ), l’Association des centres de réadaptation en dépendance (ACRDQ), l’Association des établissements en réadaptation en déficience physique (AERDPQ) et la Fédération québécoise des Centres de réadaptation en déficience intellectuelle et en troubles envahissants du développement (FQCRDI-TED) disparaîtraient à l’entrée en vigueur du projet de loi 10.

Des lignes de presse du ministre de la Santé et des Services sociaux, Gaétan Barrette, datées du 25 septembre dernier et obtenues par Le Devoir, le confirment noir sur blanc. La disparition des associations d’établissements n’est pas inscrite au projet de loi 10, mais en est une conséquence. « Comme tous les établissements relèveront directement du ministère, il n’y a pas lieu d’avoir d’intermédiaire entre les deux paliers. Aucune valeur ajoutée », lit-on dans le document qui rassemble les réponses préparées pour le ministre Barrette par son équipe de communications.

Si le projet de loi est adopté tel quel, seuls les médecins et les syndicats auront encore une voix publique libre dans le réseau, selon Diane Lavallée. « Non, on ne dit pas toujours ce que les ministres de la Santé veulent entendre, mais ça ne veut pas dire que notre voix ne mérite pas d’être entendue », s’indigne-t-elle.

Des services méconnus

Le milieu des services sociaux est particulièrement inquiet. La directrice générale de l’association qui regroupe les centres de réadaptation en dépendance, Lisa Massicotte, explique que les associations comme la sienne sont garantes de la qualité et de la sécurité des services.

Les associations assurent la diffusion des meilleures pratiques, tant auprès des intervenants que des gestionnaires.

Des programmes directs sont aussi menacés, comme le programme d’évaluation des conducteurs arrêtés pour conduite avec les facultés affaiblies. Une entente avec la Société de l’assurance automobile du Québec (SAAQ) oblige les contrevenants à faire évaluer leur risque de récidive dans un centre de réadaptation en dépendance. « On fait nos recommandations à la SAAQ concernant le renouvellement de leurs permis. On oriente 28 000 personnes vers nous chaque année ! » précise Mme Massicotte.

Ce n’est qu’un exemple parmi tant d’autres racontés par les différentes associations concernées. Anne Lauzon est directrice générale de l’AERDPQ, qui donne des services aux personnes avec des déficiences motrices, visuelles, auditives ou du langage. « Avec peu de moyens, on a beaucoup de résultats ! » explique-t-elle. Quand Québec a instauré le dépistage de la surdité dans toutes les maternités, c’est cette association qui a formé le réseau pour intervenir auprès de bébés de six mois.

« On assure aux familles que les meilleures pratiques sont utilisées, que ce soit en Gaspésie ou à Laval », précise pour sa part Claude Belley, directeur général de la FQCRDI-TED. Il se demande comment l’offre de service, notamment aux enfants autistes, sera protégée. « Nous sommes tous petits à côté des hôpitaux », dit-il, inquiet du poids de ses établissements dans les futurs CISSS.

Des économies modestes

Les cotisations des différentes associations, payées à même les budgets octroyés aux établissements par Québec, seront économisées dans la foulée de leur disparition. Ces économies, selon les différentes associations, pourraient être annulées par la nécessité d’offrir leurs services ailleurs dans le réseau ou à forfait avec le privé.

L’AQESSS reçoit environ 4,5 millions de dollars en cotisation des établissements par an. Elle retire aussi des revenus d’environ 5,5 millions de formations et services vendus, notamment au réseau public.

Les autres associations en péril fonctionnent avec des budgets issus de cotisations plus modestes, soit 1 million de dollars ou moins chacune.

Québec engrangerait une fausse économie, selon Diane Lavallée. « Seulement faire produire les rapports de performance dont nous nous occupons par le privé, on parle de sommes substantielles. Pensons ensuite aux formations qu’on donne, aux services d’interprétation des conventions collectives, des services de relations de travail, au partage des meilleures pratiques… » L’AQESSS siège à de nombreux comités au MSSS. Pour Mme Lavallée, « on menace un partenaire de longue date et un partenaire du réseau ! »

Les centres jeunesse et le projet de loi 10: les enfants seront-ils vraiment gagnants?

Delphine Collin-Vézina, directrice du Centre de recherche sur l’enfance et la famille à l’Université McGill, craint pour la protection de l’enfance. Avec la disparition des CA des centres jeunesse et de l’association qui les représente, ainsi que l’intégration aux CISSS, cette mission cruciale pourrait être diluée dans les soins de santé. Ses collègues et elle signent une lettre ouverte.
14 commentaires
  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 9 octobre 2014 06 h 13

    Quelle tristesse !

    « on menace un partenaire de longue date et un partenaire du réseau ! » (Diane Lavalée, dg, AQESS)

    Quelle tristesse de voir que ce projet de loi 10 puisse autant entraîner, de conséquences inusitées abolir (?), ou affaiblir des Systèmes de services de gestions et de coordinations de services en lien avec des « clientèles » qui, diversifiées, constituent l’ossature directrice et centrale du RSSS !

    Quelle tristesse de voir que la Gouvernance actuelle s’empresse de changer ou de faire changer des structures qui, existantes depuis plusieurs décennies, risquent leur disparition, et ce, sur de simples coups de baguette législative éventuelle !

    Quelle tristesse ! - 9 oct 2014 -

    • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 9 octobre 2014 09 h 01

      AQESS : lire, pluôt AQESSS (nos excuses)

  • Francois Cossette - Inscrit 9 octobre 2014 06 h 35

    Live and let die !!!!

    Ce sont les medecins qui dirigent maintenant le quebec, ce sont eux qui vont ramasser le pactole dans les prochaines annees. A part eux tous devront, dans le meilleur des cas, se serrer la ceinture ou dans le pire... disparaitre.

    Mais les quebecois ont vote pour ca, ils ferrront comme ils l'ont toujours fait, ca sera encore la faute des autres.

    • Serge Lemay - Inscrit 9 octobre 2014 08 h 37

      EN effet, au moment même o1 ils vont voter une motion visant à restreindre les apparences de conflits d'intérêt pour les propriétaires d'organisme de presse qui se lancent en politique, les docteurs ministres et premier ministre sabrent dans les programmes sociaux avec la détermination à peine voilée de créer des super cliniques privées où certains d'entre-eux auront l'occasion d'aller ttravailler éventuellement, mais là il n'y a pas d'apparence de conflit d'intérêt...

    • Francois Cossette - Inscrit 9 octobre 2014 09 h 32

      Le quebec est maintenant rentré dans l'air de la MEDICALOCRATIE. Les pauvres petits québecois ont confondu connaissance et compétence. De toute facon aurait-il fait autrement avoir eu les moyens de comprendre. Probablement pas, les gens pensent que les actions des polticiens n'ont pas d'impact sur leur vie de tous les jours, ce qui est totalement faut.

      Vivre la démocratie, une démocratie qui ressemble de plus en plus a un dictature dans notre systeme parlementaire britannique.

  • Sylvain Auclair - Abonné 9 octobre 2014 07 h 14

    Commissions scolaires, attention!

    On peut voir de quel bois le gouvermenent libéral se chauffe: plus aucun pouvoir intérmédiaire, il gère l'État de manière strictement hiérachique.

  • Jacques Morissette - Abonné 9 octobre 2014 08 h 52

    Si j'avais les ailes d'un anges. charlebois.

    Ce ne serait effectivement pas démocratique. Parlant de muselage, il n'y a pas alors que les employés qui le serait, les patrons le seraient aussi. Sauf que rares sont les patrons qui parlent quand le gouvernement les invite à faire des coupures dans leurs établissements, s'ils ne sont pas dérangés eux-mêmes par ces coupures.

  • Marc-André Maranda - Abonné 9 octobre 2014 09 h 03

    Le soliste

    Pour assez bien connaître ce ministère, il m'apparaît évident que ce dernier ne dispose pas des compétences nécessaires pour assumer tous les rôles que le Ministre Barrette veut s'approprier. En séries finales, tu ne te présentes pas seul au bâton et tu ne joues pas à toutes les positions.