Les protocoles d’urgence ajustés à la réalité sur le terrain

Etienne Plamondon Emond Collaboration spéciale
«Les hôpitaux sont très bien équipés et connaissent ce qu’il faut faire pour se protéger d’infections qui pourraient arriver de l’extérieur», soutient la directrice du Laboratoire de santé publique du Québec, Cécile Tremblay.
Photo: Florian Plaucheur Agence France-Presse «Les hôpitaux sont très bien équipés et connaissent ce qu’il faut faire pour se protéger d’infections qui pourraient arriver de l’extérieur», soutient la directrice du Laboratoire de santé publique du Québec, Cécile Tremblay.

Ce texte fait partie du cahier spécial Santé 2014 - L'incertitude

Comment les services de santé du Québec se sont-ils préparés à l’éventualité de recevoir un patient infecté par le virus Ebola ? Aperçu des mesures adoptées.

En avril, un premier cas suspect d’Ebola, dans un hôpital montréalais, a été un signal d’alarme. Le patient n’était finalement pas infecté par le virus tant redouté, mais « c’est un peu ce qui a éveillé la conscience des microbiologistes, raconte François Coutlée, microbiologiste au Centre hospitalier de l’Université de Montréal (CHUM). Cela avait généré une panique locale, parce que personne n’était préparé. »

En fait, le Plan québécois des urgences infectieuses, pour les maladies infectieuses à surveillance extrême, existait déjà. Mais il a été mis à jour durant l’été « pour être en mesure de tenir compte de la situation de façon plus efficace », explique Cécile Tremblay, directrice du Laboratoire de santé publique du Québec (LSPQ). « Il y a eu une mise à jour de nos plans de réponse d’urgence. Il n’y a pas de changements fondamentaux dans la façon dont on réagit par rapport à une urgence infectieuse, mais il y a une adaptation pour être prêt à différents scénarios. »

Anne Fortin, responsable du Comité des infections nosocomiales du Québec à l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ), indique que son comité a aussi mis à jour les mesures d’urgence de son plan. Le Guide pratique pour les demandes d’analyse de laboratoire, pour des patients chez qui une maladie à virus Ebola (MVE) est suspectée, a aussi été revu et corrigé en 2014, puis diffusé. « Les hôpitaux sont très bien équipés et connaissent ce qu’il faut faire pour se protéger d’infections qui pourraient arriver de l’extérieur. Mais, selon le virus émergent, on se doit d’être plus spécifique et de donner des directives très précises pour que les gens aient la bonne protection », note Cécile Tremblay.

Plusieurs téléconférences ont été organisées durant l’été avec des professionnels concernés. « Parfois, il y a des protocoles qui sont un peu dissociés de la réalité. Mais là ils ont vraiment été bâtis avec les acteurs du terrain », dit M. Coutlée. Reste que le chef du département de microbiologie de l’hôpital Notre-Dame a dû adapter le protocole à son milieu. « Dans un protocole de cette nature, il faut indiquer le numéro des pièces, quel appareil on utilise et comment on l’utilise. Il faut que chaque geste du technologiste soit répertorié pour qu’il n’ait pas à penser, pour que tout devienne un automatisme. » Il ajoute que, « seulement pour s’habiller et se déshabiller, il y a un protocole ». Plusieurs formations ont aussi été données.

Dans le cas de l’hôpital Notre-Dame, le patient isolé au début du mois de septembre, qui n’était finalement pas porteur du virus, a incité l’établissement à peaufiner et à préciser son approche. « On pensait avoir tout prévu. Puis, quand est arrivé le patient suspect, on s’est rendu compte qu’il y avait des éléments qu’on n’avait pas prévus », indique M. Coutlée. Le protocole a donc par la suite été davantage détaillé. « Il faut que tout soit écrit, pour que les gestes soient faits de façon répétitive et standardisée. C’est essentiel. »

L’hôpital Notre-Dame et l’hôpital Sainte-Justine ont été désignés, le mardi 2 septembre, par le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) pour prendre en charge d’éventuels cas confirmés d’Ebola. Dès que leur établissement a été désigné, des médecins affectés aux soins intensifs de l’hôpital Notre-Dame ont communiqué avec des collègues qui avaient pratiqué en Afrique dans des camps pour répondre à Ebola. « Essentiellement, ça leur a vraiment permis de saisir ce qui était important chez un patient qui est en crise d’Ebola, parce qu’on n’a pas cette expérience au Québec », dit M. Coutlée.

Mais tout a été pensé pour que chaque hôpital soit préparé à accueillir et à protéger un patient suspecté d’être infecté et à prévenir la transmission du virus. « Ce qui est différent avec les hôpitaux désignés, c’est la quantité de matériels », note Anne Fortin, de l’INSPQ. « Ce qu’on demande, c’est que les hôpitaux non désignés s’approvisionnent en matériels pour tenir 24 heures et qu’ils concluent des ententes avec d’autres établissements, advenant un cas où le patient aurait besoin d’avoir des soins pendant plus de 24 heures. »

Si un patient était déclaré positif, il serait aussitôt transporté par avion ou par ambulance dans l’un des deux centres hospitaliers désignés. « Autant les hôpitaux ont des lignes directrices pour savoir quoi faire avec leurs patients, autant les services préhospitaliers et les ambulanciers ont eu des lignes directrices dans l’éventualité que ce type de patient se présente à eux », assure Anne Fortin, en évoquant des indications sur l’équipement et le comportement envers le patient.

Il est à noter que, depuis quelques semaines à peine, au Québec, des mesures ont été prises pour détecter plus rapidement si un patient est véritablement infecté par le virus Ebola. Auparavant, les échantillons de sang devaient être acheminés au seul laboratoire de niveau 4 au pays qui est habilité à faire la culture virale, soit le Laboratoire national de microbiologie (LNM) à Winnipeg. Désormais, le Laboratoire de santé publique du Québec (LSPQ), un laboratoire de niveau 3, peut manipuler des échantillons de sang où le virus est désactivé. L’acheminement de ces échantillons est effectué par « des transporteurs qui sont certifiés et qui ont la capacité d’empaqueter, d’étiqueter et d’assurer le transport, autant terrestre qu’aérien, de ces échantillons », précise Cécile Tremblay.

Un échantillon est toujours envoyé au laboratoire de Winnipeg, qui peut à son tour confirmer le diagnostic dans le cas où il serait positif. Mais la nouvelle décentralisation des laboratoires permet aux établissements du Québec d’obtenir une réponse dans un plus court délai. Cette façon de faire vise aussi à établir rapidement un diagnostic différentiel, afin de s’assurer qu’il ne s’agit pas plutôt du paludisme ou de la fièvre typhoïde. Si tel est le cas, l’hôpital peut traiter le patient plus adéquatement ou relâcher les mesures d’isolement.

Et les professionnels de la santé ? Sont-ils inquiets devant l’éventualité qu’un patient infecté du virus Ebola se présente dans leur établissement ? « On a vu un stress, mais qui est tout à fait mesuré pour qu’ils puissent se préparer », juge Anne Fortin. « La meilleure façon d’apaiser les gens, c’est d’avoir des guides pratiques clairs, une conversation intelligente, et ils se sentent alors prêts à faire face à n’importe quoi et sont en mesure de réagir correctement », ajoute Cécile Trembaly.

Modes de contamination

Les risques de propagation du virus dans un contexte comme celui du Québec demeurent minimes. Le virus se transmet uniquement par un contact avec des liquides corporels, tels le sang, la sueur, la salive, l’urine ou les vomissements. Il ne se transmet pas par voie aérienne. Il demeure facile de nettoyer les lieux infectés à l’aide d’un désinfectant comme l’eau de Javel.


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