Le CHUM prépare la transition

Hélène Roulot-Ganzmann Collaboration spéciale
Le directeur général du CHUM, Jacques Turgeon, assure que le nouvel hôpital devrait être fonctionnel dans le courant de 2017, après le déménagement de Notre-Dame.
Photo: Michaël Monnier Le Devoir Le directeur général du CHUM, Jacques Turgeon, assure que le nouvel hôpital devrait être fonctionnel dans le courant de 2017, après le déménagement de Notre-Dame.

Ce texte fait partie du cahier spécial Santé 2014 - L'incertitude

Alors que le Centre universitaire de santé McGill (CUSM) vient de confirmer qu’environ 85 % du projet n’a pas pu être réalisé conformément aux échéanciers prévus, du côté de l’autre futur mégahôpital, le nouveau CHUM, on affirme que, pour l’instant, tout est contrôlé. Selon son directeur général, Jacques Turgeon, la phase 2, soit l’ouverture au public de la majorité des services hospitaliers, débutera à l’automne 2016, comme initialement prévu.

En réalité, le transfert a déjà démarré. Une partie du CHUM est aujourd’hui en activité, notamment le centre de recherche et le centre intégré d’enseignement et de formation. Près de 2000 personnes travaillent déjà dans leurs nouveaux bureaux. Comment s’est déroulé le déménagement ?

Le site est effectivement occupé depuis tout juste un an. Déménager un centre de recherche, c’est tout un exploit. Il y a énormément de matériel ultrasophistiqué, ultraspécialisé, de toutes petites pièces que les chercheurs ont organisées, miniaturisées. Il y avait aussi quatre animaleries à transférer et il fallait parfois arrêter des expériences qui avaient démarré un ou deux ans auparavant. On a mis trois ans à planifier le déménagement. Pour certaines lignées, on a congelé des embryons pour ne pas avoir à transférer les animaux en tant que tels, il y aurait eu trop de risques de contamination. Déménager des individus et des bureaux, ça, c’est facile. Déménager tout l’aspect recherche qui est autour, c’est un autre défi !

Vous voulez dire que le transfert de la phase 2 sera plus facile…

Loin de là, car c’est une tout autre échelle ! On parle de 14 000 personnes environ, qui travaillent aujourd’hui sur les trois sites que sont l’hôpital Saint-Luc, l’Hôtel-Dieu et Notre-Dame. La livraison provisoire de l’édifice est prévue en avril 2016, ça veut dire que, à partir de cette date, nos équipes peuvent commencer à entrer pour, petit à petit, tester tous les systèmes, valider les protocoles, les salles de chirurgie, etc. Afin que, au moment où on déménage, tout soit prêt. Il ne faut pas qu’on ait besoin d’oxygène pour un patient et qu’il n’y en ait pas dans le mur… Bref, le transfert de la phase 1 a été un succès et nous allons nous appuyer sur cette expérience pour que tout fonctionne aussi bien dans la phase 2. J’ai confiance.

Combien de temps devrait durer la transition ?

Nous espérons amorcer le transfert des activités de l’hôpital Saint-Luc à l’automne 2016, l’édifice devant être démoli afin de construire la phase 3 du nouveau CHUM, à savoir un amphithéâtre, une bibliothèque et des cliniques externes. Ensuite, nous libérerons l’Hôtel-Dieu, puisque l’édifice ne sera plus à nous, nous devons donc le rendre. Et nous finirons par le déménagement de Notre-Dame. En principe, dans le courant de 2017, tout sera fonctionnel au CHUM.

Le ministre Barrette a annoncé en juin que l’hôpital Notre-Dame resterait sous votre contrôle jusqu’en 2020. Comment vont s’articuler les activités des deux établissements durant la transition ?

Grâce à cette décision, nous allons éviter les ruptures de services. Dans le cas contraire, le nouveau CHUM se serait servi et Notre-Dame aurait dû s’organiser en conséquence. Là, je suis responsable, donc j’ai la volonté que ça fonctionne dans les deux places. Si on n’est pas prêt, on pourra aller un peu moins vite afin qu’il n’y ait pas de ruptures de soins. Pendant la transition, certaines cliniques externes qui sont aujourd’hui à Saint-Luc vont venir s’installer à Notre-Dame, en attendant que la phase 3 du CHUM soit complétée. Nous allons également moderniser l’établissement, qui doit devenir, après 2020, un hôpital de première et de deuxième lignes pour la population de Montréal.

La transition va donc durer environ cinq ans. Pendant toute cette période, comment les usagers sauront-ils où ils doivent se rendre ?

En règle générale, on se rendra au nouveau CHUM en y étant référé. Vous allez voir votre médecin de famille parce que vous avez mal au foie, par exemple. Avant de penser à une transplantation, il va tenter autre chose, donc vous envoyer à Notre-Dame en première ou deuxième lignes. Si ça s’avère plus grave, alors là on vous enverra voir un spécialiste au CHUM.


Ce qui signifie que, en ambulatoire, les patients devront se rendre à l’urgence de Notre-Dame… Ne craignez-vous pas que, rien que par curiosité, ils préfèrent se rendre au CHUM ?

Nous avons un grand défi de communication et de marketing, c’est certain. Nous allons, par exemple, complètement rénover l’urgence de Notre-Dame. Au CHUM, nous accueillerons surtout des patients qui arriveront en ambulance, mais si certains se présentent à l’urgence, nous n’allons pas les refuser. Alors, oui, il y aura sûrement de la curiosité, mais, après quelque temps, tout va rentrer dans l’ordre et les gens se rendront à l’hôpital le plus proche. C’est toujours dans son milieu de vie que le patient est le mieux. Surtout que, lorsqu’il est dans un centre hyperspécialisé comme le sera le CHUM, non seulement il coûte très cher, mais si, en plus, son état ne nécessite pas les technologies de pointe, il occupe un lit qui pourrait être offert à quelqu’un qui en a vraiment besoin.

On est à deux ans du début du transfert, comment réagit le personnel aujourd’hui ?

Il y a du stress, c’est certain. On n’aime jamais beaucoup le changement. Nous avons commencé à discuter avec les syndicats et je dois avouer que, pour l’instant, le climat est bon. Le fait que nous nous projetons sur six ans environ rassure les gens. Nombre d’entre eux auront d’ailleurs quitté les services, que ce soit pour un départ à la retraite ou pour une tout autre raison. Nous devrons également embaucher, et les nouveaux employés n’auront jamais connu rien d’autre que le CHUM. En phase 1, nous avions organisé des visites. Le fait de visualiser les lieux rassure. Il y aura aussi des révisions de processus à faire, parce qu’il y a des manières de travailler à l’Hôtel-Dieu qui ont des centaines d’années, qui sont différentes de ce qui se fait à Saint-Luc ou encore à Notre-Dame. Nous devons opérer une fusion de ces cultures avec des gens qui ont appris à mettre la seringue à droite et d’autres à gauche. Ce n’est pas grand-chose, mais, mises bout à bout, toutes ces petites choses inquiètent. Mais j’ai confiance que nous parviendrons tous ensemble à les surmonter.

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