Les syndicats proposent d’autres solutions

Martine Letarte Collaboration spéciale
La présidente de la CSQ, Louise Chabot
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir La présidente de la CSQ, Louise Chabot

Ce texte fait partie du cahier spécial Santé 2014 - L'incertitude

Des coupes en soins de santé et services sociaux ont été annoncées dans le dernier budget, d’autres sont à prévoir. Gaétan Barrette, ministre de la Santé et des Services sociaux, a aussi déposé à la fin du mois le projet de loi 10 pour procéder à une grande réforme administrative. L’objectif est de supprimer des postes de cadre pour se concentrer sur les services aux patients. Les syndicats ne partagent pas la vision du ministre et proposent d’autres solutions pour économiser.

Coupes de plus de 15 millions dans le budget du Centre hospitalier universitaire (CHU) de Québec. Compressions de 12 millions au Centre de santé et de services sociaux (CSSS) de Laval. Réductions budgétaires de 20 millions dans les centres jeunesse, alors que le nombre de signalements à la Direction de la protection de la jeunesse a bondi de 17 % depuis 2010. Abolition de 60 postes d’infirmière, pour un total de 100 000 heures de soins par année au CSSS de Chicoutimi.

Voilà quelques exemples de coupe, conséquences du dernier budget provincial, répertoriés dans le système de santé et de services sociaux par Jean Lacharité, deuxième vice-président de la Confédération des syndicats nationaux (CSN). On y ajoutera celles qui résulteront des conclusions de la Commission de la révision permanente des programmes et celles de la réforme administrative du projet de loi 10, qui prévoit l’abolition des Agences de la santé et des services sociaux, pour un total de 1300 postes de cadre.

« Nous sommes dans une opération qui vise à atteindre l’objectif de l’équilibre budgétaire pour 2015-2016, affirme Jean Lacharité. Nous sommes dans une politique d’austérité. Nous ne voyons pas de vision pour réorganiser le système de santé et des services sociaux afin d’assurer la pérennité des services publics. »

Régine Laurent, présidente de la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec (FIQ), est du même avis.

 

« On comprend que le ministre veuille respecter ses engagements électoraux, mais rien dans ces coupes annoncées ne permet d’offrir un meilleur accès aux soins et de répondre davantage aux besoins de la population, affirme-t-elle. Ce qui nous inquiète aussi, c’est qu’on sait qu’il y aura d’autres coupes, mais on ne sait pas où. Nous n’arrivons pas à nous faire une vision globale. »

Infrastructures et médicaments

 

Pour réduire significativement les coûts en santé et services sociaux, Jean Lacharité croit que le gouvernement devrait s’attaquer aux partenariats public-privé (PPP).

« Les dépassements de coûts faramineux de la construction du CUSM et du CHUM sont tout à fait scandaleux, dénonce-t-il. En France, l’État a repris les clés d’un PPP parce qu’il allait vers une catastrophe financière. Ici, le gouvernement continue d’aller de l’avant comme si de rien n’était. »

Récemment, la Centrale des syndicats du Québec (CSQ) a publié les taux de croissance des dépenses en santé entre 2003 et 2013, d’après les données de l’Institut canadien d’information en santé. Au sommet de la liste, on retrouve les immobilisations, avec une augmentation de 230 %. Ensuite viennent la rémunération des médecins (103 %) et les médicaments (73 %).

Louise Chabot, présidente de la CSQ, croit qu’une autre solution importante pour réduire les dépenses en santé serait de créer un régime universel d’assurance médicament.

« Depuis 20 ans, nous le demandons, affirme-t-elle. Si nous étions tous couverts par le régime public et que nous avions une politique du médicament, nous pourrions obtenir de meilleurs prix. »

Soins de première ligne

 

Les syndicats croient qu’on pourrait aussi économiser à moyen et à long terme en améliorant l’offre de services aux patients.

D’abord, Jean Lacharité pense aux soins à domicile. L’ex-ministre péquiste Réjean Hébert avait mis la table dans le domaine en créant le programme d’assurance autonomie. Le gouvernement de Philippe Couillard a annulé, dans le dernier budget, l’investissement de 110 millions de dollars pour l’année dans les soins à domicile.

« C’était loin de la coupe aux lèvres, mais le gouvernement a mis une croix là-dessus, affirme M. Lacharité. C’était pourtant une excellente idée. Lorsqu’on donne des soins à domicile, moins de gens se retrouvent à occuper des lits dans les établissements et à l’urgence. Ça coûte beaucoup moins cher et ça réduit le temps d’attente. Jusqu’en 2017-2018, 500 millions devaient être investis et ce qui aurait permis des économies ailleurs dans le système de santé. »

Régine Laurent croit que le déploiement de cliniques de proximité tenues entre autres par des infirmières praticiennes et des travailleurs sociaux serait également un bon moyen d’améliorer le suivi des patients et, au bout du compte, de réaliser des économies.

De passage à Tout le monde en parle, Gaétan Barrette a toutefois affirmé, en réponse à une question de Boucar Diouf, qu’on verrait l’installation de ces premières cliniques dès le début de l’hiver 2015.

Régine Laurent croit aussi que les établissements de santé devraient enfin commencer à utiliser les ordonnances collectives. Ce sont des ordonnances données par des médecins pour des groupes de patients, mais qui peuvent être réalisées par des infirmières notamment.

« Par exemple, elles pourraient faire le suivi de patients qui ont une maladie chronique, comme l’hypertension ou le diabète, sans toujours avoir besoin du médecin, indique Mme Laurent. Elles référeraient le patient à un médecin en cas de problème. La loi le permet depuis 13 ans et c’est très peu utilisé. »

Les leaders syndicaux s’inquiètent en ce moment de l’avenir du système de santé public au Québec et souhaitent participer à la recherche de solutions ailleurs que dans les coupes et les réformes administratives, qui risquent, selon eux, de mobiliser le personnel, de créer des surcharges de travail et d’essouffler le réseau.

« Une réorganisation des services peut nécessiter des sommes de la part de l’État, mais ça rapporterait à moyen et à long terme, affirme Louise Chabot. Ce ne seraient donc pas des dépenses, mais des investissements. »

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