Un poste de médecin en réserve

Les ministres Gaétan Barrette et Yves Bolduc possèdent encore tous deux des postes permanents.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Les ministres Gaétan Barrette et Yves Bolduc possèdent encore tous deux des postes permanents.

Les ministres Gaétan Barrette et Yves Bolduc possèdent encore tous deux des postes permanents qui leur permettraient de revenir à leur pratique médicale dans leur ancien milieu si leur vie politique prenait fin.

Alors que Gaétan Barrette détient toujours son poste de radiologiste à l’Hôpital Maisonneuve-Rosemont de Montréal, Yves Bolduc détient un « avis de conformité » au plan régional d’effectifs médicaux (PREM) qui lui permet d’exercer la médecine de famille sur le territoire de la Capitale nationale, a appris Le Devoir. Sans exercer, ils n’ont pas renoncé à leurs postes, malgré leurs fonctions ministérielles.

Au Québec, les médecins ne peuvent pas pratiquer où bon leur semble. Un certain nombre de postes sont disponibles dans les différentes spécialités par régions ou par établissements. Les besoins sont déterminés par Québec en fonction des besoins prioritaires des régions.

Selon l’Agence de la Santé et des services sociaux de la Capitale nationale, Yves Bolduc pourrait décider de recommencer à pratiquer à Québec demain ou dans dix ans, indique l’agence.

En conservant ses privilèges, le ministre de l’Éducation n’empêcherait toutefois pas un jeune médecin de venir s’installer dans la région. « Comme il a plus de 20 ans de pratique, il ne compte pas dans nos plans d’effectifs médicaux », indique le responsable des relations médias de l’agence, René Bouchard. Le poste de M. Bolduc l’attendra aussi longtemps qu’il le désirera. Un médecin qui possède plus de 20 ans d’expérience dans le réseau peut s’installer dans la région de son choix, même si le PREM de cette région est comblé, indique le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) sur son site Web.

« L’important pour M. Bolduc, c’est que ça ne gêne pas l’embauche d’un nouveau médecin dans la région », dit sa directrice de cabinet, Marie-Ève Bédard. C’est pour cette raison que, même s’il a indiqué à la RAMQ qu’il ne pratiquait pas présentement, M. Bolduc n’a pas senti le besoin de se départir de son poste. « Il ne voulait pas nécessairement conserver un poste. En théorie, en raison de son ancienneté, il pourrait choisir d’aller pratiquer dans la région de son choix », dit Mme Bédard.

Gaétan Barrette, lui, perdra sa permanence à l’Hôpital Maisonneuve-Rosemont le 2 novembre prochain, après deux années sabbatiques consécutives. L’actuel ministre de la Santé et des Services sociaux n’a pas renoncé à son permis régional d’exercice médical (PREM), qui consiste en un poste permanent dans cet hôpital universitaire où il a exercé plusieurs années.

Toutefois, l’hôpital ne compte pas lui accorder de dérogation pour renouveler son congé sabbatique, car on souhaite accorder le poste permanent à un collègue radiologiste qui occupe actuellement le poste par intérim. M. Barrette n’a pas non plus présenté de demande pour prolonger son congé sabbatique à ce jour.

« Le premier renouvellement de sa sabbatique a été accordé de façon exceptionnelle », indique le directeur des services professionnels de l’hôpital, le Dr Francis Méthot. Le comité d’éthique, le conseil des médecins, dentistes et pharmaciens et le conseil d’administration ont tous autorisé, l’automne dernier, Gaétan Barrette à prendre une deuxième année sabbatique. « Si on lui accordait un nouveau renouvellement, nous perdrions l’occasion de donner le poste à un médecin qui est prêt à le prendre, dit le Dr Méthot. Ce n’est pas simple de recruter en raison des expertises particulières qui sont requises ici. »

Gaétan Barrette n’a pas pratiqué la médecine depuis deux ans. Après sa première défaite électorale comme candidat pour la Coalition avenir Québec en 2012, il est retourné à la présidence de la FMSQ, mais pas à la pratique médicale.

Selon le Dr Méthot, Gaétan Barrette ne contrevient à aucune règle en conservant son poste. « Nous ne sommes pas en rupture de service en raison de son absence. Il a vraiment agi selon les règles », indique-t-il.

Choix personnels

Ce n’est pas un précédent pour un ministre médecin, puisque le précédent ministre de la Santé, Réjean Hébert, alors qu’il était dans un gouvernement minoritaire, avait aussi conservé son PREM à l’Institut universitaire de gériatrie de Sherbrooke, a-t-il confirmé au Devoir. Il a d’ailleurs retrouvé ses fonctions depuis son retrait de la vie politique.

Gaétan Barrette a également maintenu, en juillet, son permis de membre actif au tableau du Collège des médecins du Québec. Son collègue Yves Bolduc ainsi que le premier ministre Philippe Couillard sont inscrits comme membres retraités. Il n’y a pas de règle en cette matière, indique le collège. « C’est un choix personnel de rester membre actif ou non », indique la responsable des communications, Leslie Labranche. Le fait de s’inscrire comme membre retraité, plutôt que de simplement cesser de verser une cotisation à l’ordre professionnel, permet de continuer à utiliser le titre de docteur sans nécessairement pratiquer.

Gaétan Barrette compte, après sa vie politique, retourner pratiquer la radiologie. « Il a à coeur la pratique, et la vie politique, ce n’est pas éternel, indique son attachée de presse, Joanne Beauvais. Après la politique, il souhaiterait retourner pratiquer à l’Hôpital Maisonneuve-Rosemont, et non pas prendre sa retraite. »

 

29 commentaires
  • Jean-Marie Francoeur - Inscrit 7 octobre 2014 01 h 36

    Et bien...

    Il n'y a pas à dire, les médecins sont gras durs.

    Ne cherchez plus où couper.

    • Francois Cossette - Inscrit 7 octobre 2014 10 h 19

      Une fois qu'il a vidé la caisse pour les médecins spécialistes barette veut maintenant que tous on se sert la ceinture pour regarnir les coffres de l'état. Dans les prochaines années tous les employés du gouvernement vont s'appauvrir (Gel de salaires et Cotisations de retraites plus élevés) TOUS.... NON.... les médecins eux vont voir leur salaire continué a monter, monter et monter. Et, a quoi doit-on cela, au généreux docteur barette qui a su si bien négocier pour ses ex-confrères et pour lui-même avec sa prime de gratitude de 1.3 million.

      Mais le pire c'est que tout le monde semble trouver la situation normale a commencer par couillard. Ah oui, j'oubliais .... c'est aussi un médecin. Mais en démocratie on vote, faut croire que l'on a ce qu'on mérite.

  • Yan St-Pierre - Inscrit 7 octobre 2014 03 h 12

    Ou est le probleme?

    Ou est le probleme ici? Politicien est un "service public" pas un emploi ou une carriere. Que Barrette et Bolduc puisse retourner a leur carriere prive dans le cas ou ils perdraient leur siege est logique. Plusieurs politiciens sont en sabbatique sans solde dans leur carriere privee pour la duree de leur mandat.

    Si la politique est un emploi, c'est un probleme majeur car les gens gouverneneront en fonction de garder cet emploi plutot que le bien collectif. Oups, il semble que j'ai decrit le systeme actuel...

    • Jean-François Trottier - Inscrit 7 octobre 2014 08 h 40

      Le problème est évident.
      Le DOCTEUR Barette négocie avec les médecins un étalement de l'augmentation des revenus. Pas question de gel ici, n'est-ce pas ? Plutôt, un arrangement qui lui permettra de ne rien perdre lors d'un éventuel retour à la pratique après un ou deux mandats.
      Le DOCTEUR Bolduc, après avoir usé et probablement abusé du système pour se remplir les poches, est par sa fonction parfaitement au courant de la démarche de Barette, et l'appuie sans réserve, au moins pour raisons de solidarité ministérielle. Mais depuis quand un appui par solidarité n'est pas un appui ?
      Lui aussi profitera de l'augmentation juste au bon moment que je sache, puisque personne ne peut douter que Bolduc retournera à la pratique selon ce qu'il a fait lorsque dans l'opposition.
      On parle des actions de PKP, avec raison. Alors parlons de la position intenable de ces deux médecins, et même de celle du DOCTEUR Couillard qui a déjà prouvé ses accointances avec le privé durant son mandat ministériel.
      Au mieux il y a apparence d'injustice. Au pire, apparence de malhonnêteté crasse. La vérité se situe probablement quelque part entre les deux: préjugé favorable envers le Collège, accointance morale, réflexe du privilégié, sais pas.
      Dans tous les cas, il y a problème majeur.

    • Serge Lemay - Inscrit 7 octobre 2014 09 h 11

      Le probléme vient du fait que ces trois médecins coupent en santé avec derrière la tête l'idée de créer des super cliniques privées afin de permettre à leur corporation de développer des modèles d'affaires auxquels ils auront un accès direct dès qu'ils le souhaiteront. Ça ressemble drôlement à un conflit d'intérêt !!!

    • Danielle Houle - Inscrite 7 octobre 2014 09 h 38

      D'accord mais à condition que cela puisse s'applquer à TOUS ceux qui vont en politique fédérale, provinciale ou municipale. Seuls quelques privilégiés jouissent de cette passe-passe. La majorité des gens n'ont pas un employeur qui garde leur emploi disponible lorsque l'enfant prodigue (ou prodige) reviendra.

    • Pierre Boutet - Inscrit 7 octobre 2014 11 h 02

      Un des problèmes est qu'ils peuvent saccager l'état tant qu'ils le veulent parce qu'ils se balancent de leur réélection.

  • Pauline Gagnon - Abonnée 7 octobre 2014 06 h 11

    « Le premier renouvellement de sa sabbatique a été accordé de façon exceptionnelle », indique le directeur des services professionnels de l’hôpital, le Dr Francis Méthot. Le comité d’éthique, le conseil des médecins, dentistes et pharmaciens et le conseil d’administration ont tous autorisé, l’automne dernier, Gaétan Barrette à prendre une deuxième année sabbatique. « Si on lui accordait un nouveau renouvellement, nous perdrions l’occasion de donner le poste à un médecin qui est prêt à le prendre, dit le Dr Méthot. Ce n’est pas simple de recruter en raison des expertises particulières qui sont requises ici. »

  • Gérard Lépine - Inscrit 7 octobre 2014 06 h 33

    perennité politique

    Le Québec, comme le Canada, a toujours obligé les employeurs, quels qu'ils soient, à reprendre leurs collaborateurs après un mandat politique et ce n'est que justice. L'un de mes oncles, dès 1898, a repris son poste de linotypiste à la Presse après deux mandats de député à Ottawa (et de président du syndicat) sans perte d'ancienneté ni de traitement. Sans cela, nous n'aurions qu'un parterre de politiciens professionnels et hélas! nous n'en manquons guère.
    (J'ai encore dans mes archives son invitation aux funérailles de John A Macdonald, redingote et haut de forme éxigés!!!)

  • Gérard Lépine - Inscrit 7 octobre 2014 06 h 38

    démocratie

    Incidemment, cette protection des emplois pour ex-députés doit s'appliquer également aux petits syndicalistes, comme feu mon oncle, ou aux gros médecins ou avocats : même PET en a profité en revenant à l'UdeM, de même que plusieurs ministres, par exemple, Tardif (Transports de René L.). Même chose pour une campagne électorale (j'en ai profité moi-même) : congé sans solde, ou avec selon les conventions collectives, que le patron DOIT accorder. Ce n'est que justice démocratique.

    • Jocelyn Cloutier - Inscrit 7 octobre 2014 10 h 27

      Vous analysez ce phénomène sous l'angle du valeureux citoyen prêt à sacrifier des années de sa vie croyant être assez compétent et intègre pour véritablement "servir" les intérêts de ses concitoyens.
      Tenant compte de l'austérité essentielle pour réussir à sauver des valeurs sociales toutes aussi essentielles et d'un portrait un peu moins idyllique de nos politiciens contemporains que celui qui pouvait exister en 1898 à l'époque de votre oncle, cela m'incite à plus de réticences que de votre part, à leur accorder le beurre et l'argent du beurre.