Les plus vulnérables écopent

L’agence compte couper des sommes importantes dans les services offerts à certains des usagers les plus vulnérables du réseau.
Photo: Jean-Sébastien Evrard Agence France-Presse L’agence compte couper des sommes importantes dans les services offerts à certains des usagers les plus vulnérables du réseau.

À Montréal, les personnes souffrant de troubles de santé mentale, les personnes âgées en perte d’autonomie et les personnes atteintes de déficience intellectuelle et de troubles envahissants du développement risquent de faire les frais des compressions de 100 millions commandées à l’agence de la santé par Québec.

Un document du conseil d’administration de juin, obtenu par Le Devoir et Radio-Canada, montre que l’agence compte aller chercher des économies importantes dans les programmes offerts à certains des usagers les plus vulnérables du réseau.

Le tableau synthèse «Répartition de l’effort d’optimisation 2014-2015» émanant de l’Agence de la santé et des services sociaux de Montréal est daté du 16 juin 2014. Par rapport au même tableau produit en 2013-2014, on voit apparaître une toute nouvelle colonne. On y qualifie des programmes visés par des mesures d’optimisation de « programmes riches ». On y trouve, entre autres, la santé mentale. La directrice des finances à l’Agence, Geneviève Dufresne, explique que les programmes ciblés sont « mieux pourvus » que dans d’autres régions et que c’est pour cette raison que des « pistes d’optimisation » y sont ciblées.

Pour l’ensemble du réseau montréalais, le secteur santé mentale est délesté de plus de 9 millions de dollars. À eux seuls, les quatre établissements spécialisés en santé mentale de l’île font face à des compressions de 4,9 millions. L’Hôpital de Rivière-des-Prairies doit faire l’essentiel de l’effort, soit 3,2 millions.

Toujours dans la colonne des programmes qualifiés de « riches », en déficience intellectuelle et en troubles envahissants du développement (DI-TED), l’effort demandé est de près de 2,3 millions de dollars. Trois établissements seulement sont ciblés, soit le CRDITED Montréal, le Centre Miriam et le Centre de réadaptation de l’ouest de Montréal. Ces derniers offrent des services aux personnes atteintes, souvent des enfants, et à leurs familles : stimulation précoce, évaluation, soutien, répit-gardiennage, etc.

Le programme Soutien à l’autonomie des personnes âgées (SAPA) est aussi touché, et ce, à une hauteur de 8,8 millions de dollars. Le programme SAPA « regroupe tous les services destinés aux personnes en perte d’autonomie et à leur entourage, que ces services soient dispensés dans un établissement, à domicile ou ailleurs », selon le ministère de la Santé (MSSS).

« L’objectif est de tenter de réduire les coûts sans toucher aux services », dit Mme Dufresne. Aussi, les établissements visés peuvent choisir d’aller chercher les économies d’autres manières, affirme-t-elle, mais les objectifs financiers doivent être atteints.

D’autres postes budgétaires sont mis à contribution. Les établissements de santé de l’île devront économiser plus de 17 millions dans l’administration.

Les services alimentaires doivent retrancher 8,4 millions de dollars de leurs budgets. Déjà, l’an dernier, l’effort était de 7,4 millions.

Les heures supplémentaires et l’assurance salaire sont aussi visées. On y cherche des économies de plus de 1,8 et de 3,1 millions respectivement.

Les spécificités de Montréal ignorées

Tant le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, que la p.-d.g. de l’Agence de la santé de Montréal, Patricia Gauthier, ont affirmé dans les derniers mois que les compressions, qu’on préfère appeler efforts d’optimisation, ne toucheront pas les services. « Ce n’est pas dans les services qu’on doit couper, mais dans la structure », répétait M. Barrette dimanche à Tout le monde en parle, comptant pour ce faire sur le projet de loi 10 revoyant la structure du réseau de fond en comble.

Mais le réseau réfute cette interprétation officielle. Le directeur du Regroupement régional de Montréal de l’AQESSS, François Rabeau, affirme que les cibles fixées pour les programmes dits « riches » ne tiennent pas compte de la réalité de la métropole. « Pour calculer que Montréal est mieux pourvu en santé mentale ou en d’autres programmes, on tient compte de la population de l’île, mais pas de la population de desserte », déplore celui qui représente les administrateurs du réseau de la santé de Montréal. Et bien sûr, les patients viennent aussi des rives sud et nord. Sans compter les particularités montréalaises qui peuvent alourdir les besoins. « Par exemple, les Montréalais en perte d’autonomie sont plus isolés, plus pauvres aussi, ils ont besoin de plus de services ! », rappelle M. Rabeau.

La présidente de l’Alliance du personnel professionnel et technique (APTS), Carole Dubé, affirme que « ça frise le ridicule de couper dans les secteurs où les clientèles sont les plus vulnérables ». Travailleurs sociaux, psychologues ou ergothérapeutes, les membres de ce syndicat sont aux premières loges pour observer les conséquences des efforts budgétaires demandés. Les chiffres de l’agence « nous démontrent noir sur blanc ce qu’on voit sur le terrain depuis des mois », dit Mme Dubé.

Au total, les compressions pour l’année en cours sont légèrement moins importantes que pour l’an dernier, et représentent 1,49 % du budget total. Mais c’est la première année où il est flagrant que les services à la population sont touchés, selon Pierre Blain, directeur général du Regroupement provincial des comités des usagers (RPCU). « Tout le monde le disait l’an dernier, le citron administratif a été pressé au maximum ! On savait que c’est cette année que ça allait faire mal. Et qu’est-ce qu’on fait ? On coupe chez les plus vulnérables », s’indigne-t-il. Selon lui, c’est « toute la société qui va souffrir » des conséquences de ces réductions de budget.

Exemples des efforts d’optimisation totalisant 87,2 millions à Montréal

Administration : 17,1 millions

Santé mentale : 9,1 millions

Soutien à l’autonomie des personnes âgées : 8,8 millions

Alimentation : 8,4 millions

Assurance salaire : 3,1 millions

Déficience intellectuelle et troubles envahissants du développement : 2,3 millions

Santé publique : 983 566 $

Source : Agence de la santé et des services sociaux de Montréal
28 commentaires
  • Gaston Langlais - Inscrit 30 septembre 2014 05 h 45

    Toujours les mêmes victimes.

    Bonjour,

    Ce sont toujours les plus vulnérables qui écopent. Quant on voit la situation de l'ex-directrice, devenue à nouveau directrice après 72 heures, du centre Constance-Lethbridge il y a de quoi rager. De plus cet exemple n'est pas unique. Les gouvernements semblent faire le calcul suivant: Il vaut mieux faire bénéficier un ami pour 100 000$ et réduire de 1$ les prestations ou les services à 200 000 personnes. Il y a là pour nos bons administrateurs une économie de 100 000$. Les plus faibles finiront bien par s'exprimer, se faire entendre.

    Gaston Langlais - Gaspé.

    • Guy Desjardins - Inscrit 30 septembre 2014 09 h 07

      De toute façon dans la vie, il y en a qui l'ont et d'autres ne l'auront jamais.

    • David Boudreau - Inscrit 30 septembre 2014 10 h 13

      @M.Desjardins. Je lis dans la facilité votre commentaire une belle façon de se dédoiner de ses responsabilités sociales. Et si c'était quelqu'un que vous aimiez profondément qui " ne l'avait pas" on fait quoi? On le laisse tomber? Après moi le déluge? La compassion, ça vous dit quelque chose?

  • Robert Bertrand - Inscrit 30 septembre 2014 06 h 36

    Qui sont ces personnes ciblées par le Gouvernement ?

    Connaissant ce fait : « Trois établissements seulement sont ciblés ».

    Il serait intéressant de découvrir comment ces personnes ont exercé leurs droits de votes. Les urnes comptées sont connues. Celles provenant de ces «établissements» devraient être facile à recouper pour tout analyste.

    Il est juste et raisonnable de savoir. Toutes décisions d'un parti au pouvoir servent-elles ou déservent-elles un groupe qui aurait ou n'aurait pas voté du bon bord ?

    Pour savoir, il faut vérifier.

    • Francois Cossette - Inscrit 30 septembre 2014 13 h 40

      Pauvre vous, le droit de vote....
      Il faudrait aussi se demander, est-ce que ca compte encore un vote dans notre pseudo democratique. La reponse est non ce qui fait que nous avons des gouvernements majoritaires qui représentent a peine 35% des votants. Le plus drole c'est que ces memes personnes demandaient 60% pour valider un référendum mais qu'il se contente de 35% pour nous imposer les vues.

      Apres cela le canada fait des lecons de democraties aux autres pays, un autre cordonnier mal chaussé.

  • Jean-Marc Tremblay - Abonné 30 septembre 2014 07 h 35

    D’un et de l’autre côté…


    Dans ce budget de santé publique, d’un côté on coupe chez les plus vulnérables, tandis que de l’autre on s’entend pour augmenter les salaires des médecins spécialistes qui gagnent en moyenne $384,000 par année. Bonjour la justice sociale au Québec….

    • Francois Cossette - Inscrit 30 septembre 2014 13 h 42

      Vous oubliez aussi une mega-cimenterie en gaspesie a 2 millions la job.m Ca si c'est pas du gaspillage. Mais ce sont des petits amis dans le projet et non pas des pauvres gens qui n'ont jamais mis une cenne dans les caisses electorales.

      Notre systeme est pathetique, nos dirigents sont pathetiques, la population qui vote pour cela est pathetique.... je sais pas vraiment de quoi on peut etre fier dans le canada et le quebec de 2014.

  • Gilles Théberge - Abonné 30 septembre 2014 07 h 36

    Levez la main

    Tous ceux et celles qui sont surpris, pris de court, stupéfaits, tombés en bas de leur chaise, n'en reviennent pas, levez la main bien haut pour qu'on vous voie.

    Il y a un petit air de déjà vu dans ces annonces. Ils n'en mourront pas tous bien entendu, mais tous seront frappés...

  • François Dugal - Inscrit 30 septembre 2014 07 h 38

    Le comité

    A la tête du comité de révision des programmes, quel est le "per diem" de madame Robillard?

    • France Martin - Abonnée 30 septembre 2014 09 h 56

      Question et réponse d'une telle tristesse.