L’appréhension monte d’un cran

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La tension est à son comble dans le réseau de la santé, où les rumeurs de réorganisation, voire de révolution, donnent des maux de tête aux travailleurs et aux gestionnaires.

« Le niveau d’inquiétude, à ma connaissance, n’a jamais été aussi élevé, dit Carole Trempe, qui gravite dans le réseau depuis 1992. Même des gestionnaires qui sont là depuis 35 ans n’ont jamais vécu ça », affirme la directrice générale de l’Association des cadres supérieurs de la santé et des services sociaux.

Abolition des agences ? Passage à une petite trentaine d’entités administratives regroupant les établissements d’un territoire, forcément, beaucoup plus large ? On ignore la force et le moment de frappe exacts de la tempête à venir. Mais la réforme sera importante, a promis le ministre de la Santé Gaétan Barrette. Le projet de loi, qui sera forcément volumineux, pourrait être dévoilé début octobre, selon les informations qui circulent. Mais elles sont parcellaires.

Les gestionnaires du réseau affirment ne pas être consultés. « Nous n’avons pas d’information. C’est tuant. Ce qu’on apprend, c’est par les médias ! dit Mme Trempe. C’est vraiment du “radio corridor”. Les rumeurs se multiplient. »

Structures «mammouths»

La grande majorité des acteurs du réseau s’entendent pour dire que la création de mégaentités administratives risque d’éloigner le réseau des besoins réels de la population. « Les gens ont l’impression qu’en diminuant la structure administrative, ils vont avoir plus de services, constate Carole Dubé, présidente de l’APTS. Mais je suis loin d’être certaine que c’est ce qui va arriver ! »

La CSN qualifie le plan de Gaétan Barrette de « réforme improvisée » :« On va créer des structures mammouths ingérables ! », s’indigne son vice-président, Jean Lacharité.

« Mon plus grand malaise, dit Régine Laurent, présidente du syndicat infirmier FIQ, c’est ce que ça va vouloir dire en matière de proximité pour les patients ». Sans compter que, plus il y aura d’hôpitaux au sein d’une même structure administrative, plus les budgets en santé publique, en prévention, en services sociaux ou en soins à domicile risquent d’en souffrir. « Comment allons-nous protéger les autres missions du système de santé ? », demande Mme Laurent.

« Les travailleurs en ont ras le pompon de la restructurite aiguë, dit le président de la FTQ, Daniel Boyer. Prochaine étape, on va se ramasser avec un seul hôpital au Québec ? », ajoute-t-il, ironique.

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