Un programme unique en son genre

Marie-Hélène Alarie Collaboration spéciale
À ce jour, le Fonds de recherche du Québec en santé aide à consolider la recherche au Québec et à l’arrimer à ce qui se fait à travers le Canada.
Photo: Annik MH De Carufel Le Devoir À ce jour, le Fonds de recherche du Québec en santé aide à consolider la recherche au Québec et à l’arrimer à ce qui se fait à travers le Canada.

Ce texte fait partie du cahier spécial Santé - Recherche

Au Québec, en 2013, selon les derniers chiffres de Transplant Québec, 1047 personnes étaient en attente d’un don d’organe. Afin d’augmenter le nombre d’organes disponibles et de prolonger la longévité des greffes, la docteure Marie-Josée Hébert codirige le Programme national de recherche en transplantation du Canada.

Le Programme national de recherche en transplantation du Canada (PNRTC) est unique en son genre, tant au niveau de ses recherches que de sa structure. Ailleurs, les grands groupes européens et américains se confinent habituellement à un seul champ d’expertise. De son côté, le PNRTC concentre ses recherches non seulement sur la transplantation d’organes, mais aussi sur les cellules souches hématopoïétiques ainsi que sur le don d’organes. Le fonctionnement du programme est basé sur le regroupement d’équipes multidisciplinaires qui, depuis quelques années, ont appris à travailler ensemble et à créer un langage commun dans le but d’augmenter la qualité de vie des receveurs d’organes.

 

Le programme est dirigé par les docteures Lori West, de l’Alberta Transplant Institute, à l’Université d’Alberta à Edmonton, et par Marie-Josée Hébert, du centre de recherche du Centre hospitalier de l’Université de Montréal (CRCHUM). À lui seul, le programme réunit plus de 100 chercheurs de 21 institutions à travers le Canada. Avant d’en arriver à la forme actuelle du programme, il est nécessaire d’en expliquer l’origine.

 

« Le Fonds de la recherche en santé du Québec (FRQS) a joué un rôle important dans la création du PNRTC, explique la docteure Marie-Josée Hébert, puisque de 2004 à 2011, le Fonds a d’abord subventionné le programme d’hémovigilance en médecine transfusionnelle et transplantation. » Si ce programme n’existe plus aujourd’hui, il a jeté les bases de ce qu’allait devenir le PNRTC : « Je dirigeais ce groupe de huit chercheurs québécois et on avait déjà ce projet de travailler de manière multidisciplinaire dans le domaine de la transplantation d’organes et de cellules souches hématopoïétiques. Grâce à ce groupe, on a acquis de solides bases pour construire le PNRTC. Je ne suis même pas certaine que le FRQS est conscient du rôle qu’il a joué à l’époque ! »

 

Aujourd’hui, le FRQS participe au financement du PNRTC, il aide à consolider la recherche au Québec et à l’arrimer à ce qui se fait à travers le Canada, « mais son rôle encore plus important a été de nous permettre de créer une masse critique de chercheurs qui ont acquis une capacité à travailler dans un milieu multidisciplinaire. À former aussi de jeunes chercheurs qui maintenant ont un rôle de leader au sein du PNRTC. » Cher à Marie-Josée Hébert, le travail multidisciplinaire, une expérience acquise de longue date, est mis à profit lors de la création du PNRTC. Pourtant, l’exercice n’a pas été une tâche facile parce qu’on avait affaire à une grande organisation, une organisation matricielle où les différents projets sont construits de manière à ce qu’il y ait une fertilisation croisée parmi les projets.

 

Des plateformes

 

Pour illustrer son propos, la docteure Marie-Josée Hébert donne comme exemple un des projets qui s’attarde à définir des biomarqueurs de dommages tissulaires. Ceux-ci peuvent être autant des biomarqueurs de rejet que des biomarqueurs de la maladie du greffon contre l’hôte — qui est l’équivalent du rejet, mais dans le domaine de la greffe de cellules souches. Ils peuvent aussi être utiles pour développer de nouvelles techniques pour mieux préserver les organes et les améliorer avant même la transplantation. « Si on travaillait seulement en vase clos, on ne s’intéresserait qu’au rejet. Mais quand on travaille ensemble au sein de ce grand programme, on fait notre programmation de recherche en incluant des contrôles qui nous permettent d’appliquer plus rapidement nos données, et dans ce cas précis, pas seulement au contexte du rejet, mais aussi à celui de la dysfonction d’organe précoce après la greffe et avant même que le rejet puisse être établi. » Ces recherches peuvent avoir un impact sur le don d’organe : « Actuellement, il y a des organes qu’on n’ose pas utiliser parce qu’on a peur qu’ils ne fonctionnent pas. Mais si on peut prédire le risque et réparer l’organe, on peut augmenter la quantité d’organes disponibles. »

 

Pour créer cette organisation matricielle entre les différents projets du PNRTC, il fallait imaginer un organigramme assez complexe, fait de nombreuses plateformes : « Ces plateformes qui nous supportent sont constituées d’experts et de chercheurs qui sont là pour nous aider à faire le pont. On a par exemple une plateforme de recherche clinique qui nous aide à développer tous nos projets dans ce secteur auprès des patients. Une autre plateforme est au service de l’enseignement et de la formation : elle permet de poursuivre le travail transdisciplinaire et de préparer une relève qui va parler plus rapidement que nous le langage multidisciplinaire et qui sera plus ouverte à cet environnement. Une dernière plateforme sert la bioéthique. On y trouve des experts en bioéthique, en droit et en économie de la santé. Ils développent leur propre projet de recherche, mais ils sont là aussi pour faire le lien entre les différents projets et essayer d’appréhender rapidement quels peuvent être les défis qui sont suscités par les nouveaux résultats. »

 

« On peut donc dire, souligne la docteure Marie-Josée Hébert, que l’investissement initial du FRQS dans ce domaine a eu un rayonnement aux niveaux national et international, tout en permettant l’essor de nouvelles carrières en recherche au Québec. »