Un modèle au Canada

Thierry Haroun Collaboration spéciale
Le président des Instituts de recherche en santé du Canada, Alain Beaudet.
Photo: IRSC Le président des Instituts de recherche en santé du Canada, Alain Beaudet.

Ce texte fait partie du cahier spécial Santé - Recherche

Le Fonds de recherche du Québec — Santé (FRQS) joue non seulement un rôle de leader dans son domaine, mais il sert également de modèle ailleurs au pays, fait valoir le président des Instituts de recherche en santé du Canada (IRSC), Alain Beaudet.

Alain Beaudet connaît bien le FRQS pour l’avoir dirigé de 2004 à 2008. Selon lui, le 50e anniversaire de ce fonds est une occasion idéale pour rappeler à quel point il a joué un rôle essentiel dans le secteur de la santé au cours des dernières décennies. Au moment où il a été mis sur pied, rappelle M. Beaudet, le Québec « ne tirait pas bien son épingle du jeu quand venait le moment de chercher des subventions à Ottawa » dans le domaine de la recherche. « Dès sa naissance, ce fonds a eu la bonne idée de ne pas essayer de copier ce qui se faisait à l’échelle fédérale, mais de plutôt positionner le Québec de façon stratégique, de sorte à être concurrentiel sur le plan de la recherche. Ce faisant, ce fonds a réussi à aller chercher de l’argent à Ottawa, ce qui a été une stratégie brillante et a très bien fonctionné. »

 

Cette réussite, fait valoir Alain Beaudet, reposait dès le départ sur des programmes de financement ciblés. Premièrement, en misant sur les jeunes chercheurs, c’est-à-dire « en rapatriant au Québec des jeunes chercheurs qui se retrouvaient en formation un peu partout dans le monde. Et comme les universités [au Québec]
n’étaient pas en mesure de leur offrir un salaire, la création d’un programme de chercheur-boursier par le FRQS soutenait justement ces salaires, dans la mesure où les universités leur offraient un poste et s’engageaient à prendre en charge leur salaire au bout de quelques années. Donc, l’idée de départ était de miser sur la relève par l’entremise de programmes qui permettaient de bâtir, d’attirer des talents tout en leur permettant de lancer leur carrière, ce qui est fondamental ».

 

Par ailleurs, le soutien du FRQS à la mise sur pied des centres de recherche au sein même des hôpitaux démontrait, dit-il, une volonté de « vraiment placer la recherche là où l’on dispense les soins de santé. C’était alors une façon extraordinaire et habile de se donner des infrastructures qui favorisaient le regroupement [des chercheurs]. Et donc, d’encourager une recherche qui soit multidisciplinaire en amenant, par exemple, des biologistes à travailler avec des médecins. Par ailleurs, c’est une façon de s’assurer que les résultats de la recherche profitent le plus rapidement possible aux patients ».

 

Les patients

 

Justement, l’organisme que dirige présentement Alain Beaudet a notamment pour priorité une stratégie de recherche qui est axée sur le patient. Dans ce cadre, note-t-il, une « synergie » s’est faite entre le FRQS et les IRSC. Il donne en exemple le domaine de la recherche sur les maladies dégénératives et le vieillissement, « avec un fort accent sur la maladie d’Alzheimer ». Ainsi, la Stratégie de recherche axée sur le patient repose sur le constat suivant, précise M. Beaudet : « Nous avons au Canada l’un des réseaux de recherche en santé les plus performants au monde ; je pense ici à la recherche clinique. Maintenant, quand on regarde notre réseau de la santé, on remarque au fond qu’on tire un peu de la patte sur le plan des coûts et de l’accès aux soins. Il s’agit de consulter les données de l’OCDE. Comment se fait-il que nous ayons une recherche d’une grande qualité, mais qui ne parvient pas à mieux traduire les résultats de recherche, par de meilleurs soins qui servent le patient ? » se demande M. Beaudet.

 

Cela dit, en revenant sur l’apport du FRQS à l’échelle canadienne, Alain Beaudet précise que ce fonds a inspiré d’autres provinces à mettre sur pied ce type d’initiative avec les mêmes objectifs, lesquels visent à développer une recherche qui soit en phase avec les mandats des provinces. M. Beaudet fait d’ailleurs remarquer que le FRQS a servi de modèle à la création de la Michael Smith Foundation for Health Research, de la Colombie-Britannique. « Vous savez, l’imitation est la plus belle forme de compliment. Cette fondation a toujours été reconnaissante envers le FRQS de l’avoir aidée. Je dois dire aussi que le FRQS a été très généreux dans la façon dont il a soutenu cet organisme. »

 

À propos des IRSC

 

La documentation indique que les IRSC intègrent la recherche selon une structure interdisciplinaire unique composée de 13 instituts « virtuels ». En cela que ces instituts ne sont pas des immeubles ni des centres de recherche, mais des réseaux de chercheurs réunis pour se concentrer sur des problèmes de santé considérés comme « importants ». Chaque institut est voué à un domaine particulier en vue de mettre en relation et de financer des chercheurs qui poursuivent les mêmes objectifs. Chaque institut englobe plusieurs types de recherche, allant de la recherche clinique et biomédicale fondamentale à la recherche sur les systèmes et les services de santé, en passant par la recherche sur la santé des populations, les dimensions sociétales et culturelles ainsi que sur les effets de l’environnement sur la santé.