Le mieux-être et l’excellence comme objectifs

Michel Bélair Collaboration spéciale
Le Dr Renaldo Battista
Photo: Yves Barrière Le Dr Renaldo Battista

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Lorsqu’il parle des chercheurs, des programmes et des projets du Fonds de recherche québécois en santé (FRQS), le docteur Renaldo Battista cache difficilement son enthousiasme. Spécialiste reconnu en politique et gestion de la santé — il a présidé, entre autres, l’Office canadien de coordination de l’évaluation des technologies de la santé (OCCETS) et l’International Society of Technology Assessment in Health Care (ISTAHC) —, le directeur scientifique du FRQS ne peut s’empêcher de souligner le côté visionnaire du docteur Jacques Genest, qui créa le Conseil de recherche médicale, l’ancêtre du FRQS, en 1964 — il y a 50 ans cette année.

 

À l’époque, le Conseil avait pour fonction de conseiller le ministre de la Santé en matière de recherche médicale. Aujourd’hui, le Fonds est devenu un organisme subventionnaire majeur dans le secteur de la recherche en santé au Québec.

 

Un réseau inscrit dans la réalité d’ici

 

« Jacques Genest était un visionnaire. Il fallait l’être pour penser mettre en place un instrument visant à coordonner les recherches dans le but ultime d’assurer une meilleure santé aux Québécois. Grâce à lui, le Québec a été le pionnier du secteur et, à sa suite, les provinces puis le gouvernement fédéral ont créé des structures équivalentes, comme les divers Instituts de recherche scientifique du Canada (IRSC). Bien sûr, au fil des années et des transformations, le mandat du Fonds s’est élargi ; les recherches que nous finançons aujourd’hui ne sont plus seulement médicales. Nos chercheurs-boursiers travaillent par exemple autant à des projets de recherche fondamentale qu’à des recherches cliniques ou épidémiologiques. »

 

L’orientation, la philosophie de base du FRQS restent toutefois les mêmes, souligne son directeur scientifique. « À l’heure de la recherche intersectorielle, poursuit le docteur Battista, notre objectif principal est toujours de stimuler le développement de la recherche scientifique en santé. Notre but est d’assurer une meilleure santé et de meilleurs soins aux Québécois, mais aussi de faire travailler nos jeunes chercheurs ici plutôt qu’à l’extérieur. » Pour y arriver, le Fonds investit massivement dans la formation, et plus précisément dans les programmes de recherche de ses chercheurs-boursiers, tout en consolidant son réseau.

 

Il est important de souligner que depuis sa création au siècle dernier, le Fonds a toujours choisi de favoriser la recherche interdisciplinaire en milieu hospitalier puisque c’est là que les applications pratiques de la recherche sont les plus concrètes. Tout en permettant à une foule de jeunes chercheurs de démarrer leur carrière ici, l’impact majeur de la recherche fondamentale appliquée financée par le FRQS se fait ainsi sentir quotidiennement dans le milieu où elle est la plus indispensable. « Certains programmes étendus, explique le docteur Battista, peuvent par exemple permettre aux chercheurs dont nous finançons le salaire de travailler jusqu’à 12 ou même 16 ans sur des projets touchant plusieurs réseaux. »

 

Rappelons à quel point le grand réseau du FRQS est colossal et profondément inscrit dans la réalité québécoise. Il comprend d’abord les grands centres de recherche hospitaliers universitaires (CHU de Montréal, Québec et Sherbrooke) et leurs hôpitaux et instituts associés, puis des groupes interdisciplinaires et des regroupements par thème de recherche. Au total, les 18 centres, 9 groupes et 17 réseaux thématiques du Fonds impliquent plus de 3000 chercheurs et quelque 6000 étudiants aux cycles supérieurs. Dans son ensemble, le réseau couvre des secteurs de recherche aussi différents que la santé mentale, la réadaptation et la traumatologie, le suicide, la pneumologie, la cardiologie, la gestion de la santé publique, l’oncologie, la bio-ingénierie, la douleur, la gériatrie et bien d’autres.

 

« Cette simple énumération, reprend le docteur Battista, montre bien à quel point nous en sommes venus, au fil du temps, à travailler de plus en plus en partenariat. Avec les nouvelles technologies qui se développent à un rythme effarant, le décloisonnement et les contacts entre les membres de nos réseaux sont encore plus concrets qu’ils ne l’ont jamais été. »

 

Un instrument dynamique

 

Quand on le questionne sur les critères de sélection des projets de recherche du Fonds, son directeur scientifique fait d’abord référence à son objectif premier, qui est d’assurer les meilleurs soins possible à la population. Mais il parle surtout de rigueur, de transparence et d’évaluation par les pairs.

 

« Qu’il s’agisse du projet d’un chercheur-boursier qui travaille dans une de nos institutions affiliées ou encore du programme de tout un centre de recherche installé dans un CHU ou un institut, la démarche est la même, ou presque. Ainsi, chaque centre est évalué sur une durée de quatre ans par un comité d’experts indépendant mis sur pied par le Fonds. Ces experts visiteront aussi le site et examineront sur place les dossiers, avec un chargé de programme du Fonds. Il en va de même pour les chercheurs-boursiers qui présentent leur projet à l’institution qui les accueille et qui, elle, le soumet à un comité de pairs et de spécialistes. Dans les deux types de cas, le comité d’évaluation soumet son rapport au CA du Fonds, qui décide ensuite de l’octroi et du montant des subventions. »

 

Le fonds de recherche québécois en santé administre un budget annuel global de plus de 100 millions de dollars. M. Battista explique que 40 % de cette somme va directement à la formation alors que 45 millions $ permettent d’assurer les frais de fonctionnement des infrastructures de recherche. Les quelque 15 millions qui restent sont investis dans des programmes de recherche spécifiques en large partenariat touchant des maladies comme le cancer ou l’Alzheimer.

 

« De cette somme globale, ajoute-t-il, 77 millions $ sont investis par le gouvernement québécois, alors que le reste vient des divers partenariats, aussi bien privés qu’institutionnels — Merck, Pfizer, RAMQ, IRSC —, tissés au fil des années par le Fonds. Nous avons aussi développé des programmes internationaux, et nos chercheurs participent à de grands projets de recherche en Europe, en Asie et en Israël. Nous travaillons aussi très activement à la mise sur pied d’une nouvelle Alliance pancanadienne qui regroupera bientôt les agences de financement de la recherche en santé. Tout cela fait du Fonds un instrument dynamique en contact étroit avec la communauté scientifique et un outil de développement de plus en plus important. »

 

On serait enthousiaste à moins…