Le FRQS a permis aux chercheurs du Québec de prendre leur place sur l’échiquier mondial

Thierry Haroun Collaboration spéciale
Créé en 1964 par le gouvernement du Québec sous le nom de Conseil de recherches médicales, le FRQS avait pour but premier de conseiller le ministre de la Santé en matière de recherche médicale.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Créé en 1964 par le gouvernement du Québec sous le nom de Conseil de recherches médicales, le FRQS avait pour but premier de conseiller le ministre de la Santé en matière de recherche médicale.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Le Fonds de recherche du Québec en santé (FRQS) a permis, au cours de ses 50 premières années d’existence, à des équipes de chercheurs québécois de prendre leur place sur l’échiquier de la recherche à l’échelle canadienne, voire internationale. Voilà ce qu’avance le scientifique en chef du Québec, Rémi Quirion, en entrevue avec Le Devoir. Bilan et perspectives d’un fonds qui a marqué son temps et qui s’inscrit dans l’avenir.

Cinquante ans, ça se fête, n’est-ce pas ? « Tout à fait ! Vous savez, des organismes de recherche qui célèbrent 50 ans d’existence, il n’y en a pas beaucoup. Je préciserais que l’équivalent du FRQS en France, soit l’Institut national de la santé et de la recherche médicale, célèbre aussi ses 50 ans cette année. Il y a beaucoup de collaborations entre les équipes québécoises et françaises sur le plan de la recherche »,précise M. Quirion, ajoutant que, dans cette perspective festive, ces deux organismes vont organiser des activités conjointes au cours de l’année, telles que des ateliers et des discussions. Bref, les 50 ans du FRQS « sont une étape importante », dit-il avant d’ajouter que ce fonds a permis aux chercheurs du Québec d’être davantage concurrentiels « à l’échelle canadienne et internationale ».

 

Créé en 1964 par le gouvernement du Québec sous le nom de Conseil de recherches médicales, le FRQS avait pour but premier de conseiller le ministre de la Santé en matière de recherche médicale. Cinquante ans plus tard, le FRQS joue un rôle de premier plan dans la planification et la coordination du développement de la recherche québécoise dans ce secteur.

 

Le FRQS alloue chaque année plus de 100 millions de dollars en bourses et en subventions à la recherche publique en santé humaine et dans les centres de recherche du réseau de la santé, et ce, quelle que soit la méthodologie utilisée (fondamentale, clinique, épidémiologique, etc.). Pour accomplir sa mission, le FRQS investit principalement dans l’appui aux chercheurs et aux étudiants performants, dans le soutien aux regroupements de chercheurs, dans la valorisation de l’excellence, de l’innovation et la diffusion des connaissances, dans la responsabilité sociale et les pratiques éthiques de même que dans le partenariat.

 

Le fait français et l’héritage

 

La mise sur pied du FRQS n’est pas étrangère à l’importance du fait français, dans un contexte où la communauté des chercheurs anglophones était déjà bien organisée dans les années 1960, note M. Quirion. « Avec l’Université McGill, les anglophones avaient déjà un historique sur le plan de l’organisation et de la collaboration. Ils entretenaient des liens plus étroits avec des équipes dans le reste du Canada. » Quand on demande au professeur Quirion de définir l’héritage du FRQS 50 ans après son lancement, deux choses lui viennent à l’esprit. Premièrement, le fait d’avoir offert des occasions uniques de carrière pour les chercheurs d’ici dans le secteur de la santé par l’entremise d’un programme de bourses. L’autre élément est le fait d’avoir permis la mise sur pied d’un réseau de centres et d’instituts de recherche en santé à travers le Québec. « Jepense ici aux facultés de médecine ou encore aux hôpitaux qui se sont associés au milieu médical en appui aux activités de recherche. Écoutez, nous avons, avec le temps, développé au Québec un réseau d’expertise dans plusieurs domaines, comme les sciences de la vie, des maladies cardiovasculaires à la génétique en passant par la santé mentale », fait valoir M. Quirion.

 

Bien, mais est-ce que la mission et les principes directeurs du FRQS sont toujours les mêmes qu’en 1964 ? Rémi Quirion répond par l’affirmative, en précisant toutefois que « l’aspect de la santé publique est plus présent qu’il l’était il y a 50 ans ». C’est-à-dire ? « Il est de plus en plus question de ce qu’on appelle la “santé personnalisée”, qui est associée à notre génétique, à notre génomique. La tendance est de mettre le patient au coeur de sa santé. Il ne s’agit plus d’aller voir le médecin pour obtenir un médicament. Désormais, on mise davantage sur la prévention, et c’est probablement vers cela qu’on va se diriger au cours des prochaines années. Il est vrai que nous avons plein d’outils, comme l’imagerie médicale. Mais, jusqu’à un certain point, c’est à moi, comme individu, de prendre en charge ma santé. Et au moment où émerge un problème de santé, un médecin, une infirmière ou un psychologue intervient, bien sûr. »

 

En résumé, insiste-t-il, le temps est à la responsabilisation du patient envers sa propre santé, car l’idée de mettre « un Dieu le Père au-dessus, qui s’appelle un médecin et qui va guérir tous nos problèmes » sera chose du passé.

 

Demain…

 

Dans une perspective d’avenir à l’échelle de la recherche en santé, la formation de la relève aura tendance à miser sur une approche « transversale », croit M. Quirion. « C’est-à-dire en intégrant de plus en plus de gestion, d’éthique, de gouvernance et de technologie, en fonction de l’intérêt de chacun, bien sûr. Je dis cela parce que les équipes de recherche seront de plus en plus intersectorielles et multidisciplinaires. Oui, il faut être spécialiste dans un domaine, mais il faudra au moins avoir une base dans d’autres secteurs pour être davantage en mesure d’échanger et d’apprendre le langage de l’autre. »