Le spectre d’une réingénierie inquiète l’AQESSS

Diane Lavallée, directrice générale de l'AQESSS.
Photo: Annik MH De Carufel Le Devoir Diane Lavallée, directrice générale de l'AQESSS.
Après les syndicats, ce sont les gestionnaires qui expriment leur inquiétude quant aux rumeurs de réorganisation dans le réseau de la santé. Ils déplorent ne pas avoir été consultés.

Le projet de Québec, dont filtrent beaucoup de rumeurs mais peu de détails, arrive sur fond de compressions, de négociation avec les médecins et de renouvellement prochain des conventions collectives des travailleurs. « Beaucoup de choses bouillent dans la marmite et nous craignons que ça déborde », illustre Diane Lavallée, directrice générale de l’Association québécoise d’établissements de santé et de services sociaux, l’AQESSS.

À l’instar des syndicats, elle se dit préoccupée, et craint un dérapage. « Je suis inquiète. C’est un gros réseau, ça ne se tourne pas sur un dix sous. On a pris 40 ans à le bâtir. Il ne faudrait pas, sous prétexte de difficultés budgétaires, prendre des décisions qu’on pourrait regretter sans prendre le temps d’aller chercher un plus large consensus. »

Le ministre de la Santé Gaétan Barrette doit honorer une commande de 1 milliard pour équilibrer le budget de son ministère l’an prochain. « Nous sommes très conscients des grands enjeux budgétaires de l’État québécois. Mais pour y contribuer, on doit sentir une écoute », dit Mme Lavallée, qui craint un plan parachuté de Québec.

Gains mineurs

« Est-ce qu’on peut éviter de reproduire les erreurs de la dernière grande réorganisation ? Prendre le temps d’échanger serait salutaire », ajoute-t-elle.

Sans rejeter l’idée que certains établissements puissent être effectivement fusionnés, Mme Lavallée ne croit pas que les gains économiques seront substantiels.

« Les fusions peuvent entraîner une certaine diminution des postes d’encadrement, mais c’est marginal. La réorganisation ne doit pas se faire dans un objectif de réduction des coûts uniquement. Il y a tant d’autres choses à regarder dans le réseau », explique Mme Lavallée.
5 commentaires
  • Gilles Lacoste - Inscrit 6 septembre 2014 00 h 43

    Faire plus de ce qui n'a pas fonctionné

    Fusionner encore davantage d'établissements est la solution la plus simpliste aux problèmes actuels du réseau de la santé et va déboucher sur de plus gros monstres organisationnels inefficaces et incontrôlables. D'ailleurs la décision d'avoir un hôpital dans chaque CSSS va conduire inévitablement à une violation de la loi sur la santé qui veut que chaque citoyen peut choisir son centre hospitalier. Pendant que l'on renforcera ces structures hospitalo-centristes, la première ligne continuera d'être l'enfant pauvre du système de santé tandis que l'absentéisme du personnel continuera de croître dans des organisations sans âme. Pourtant il existe tellement de pistes plus prometteuses de réduction des coûts tels: le regroupement des approvisionnements, la revision gobale de processus de soins inefficaces et coûteux, la réduction du nombre de centres d'info-santé, l'otimisation des spécialisations et équipements hospitaliers, etc. Mais confier un aussi gros dossier à un politicien sans expérience valable de gestion risque d'être catastrophique.

    • Jacques Patenaude - Abonné 6 septembre 2014 09 h 18

      Vous pourriez ajouter le projet de la FIIQ de créer des dispensaire dans les localités. Le jour où on n'aura plus à se présenter à l'hopital parce que on a un bobo à faire vérifier mais aucune place autre que l'hopital pour le faire soigner on aura beaucoup progressé. Les urgences doivent redevenir ce qu'elles auraitent toujours dû rester: un lieu pour les cas urgents.

  • Robert Beauchamp - Abonné 6 septembre 2014 08 h 19

    Réingéniérie ou réforme?

    Appelons donc les choses par leur vrai nom: réforme. Réingénierie, cet anglicisme ancré par notre ex-premier ministre biligue me laisse songer à quelque chose de
    patenté qu'il faut rafistoler tandis que réforme me fait penser à quelque chose qu'il faut réorganiser en profondeur, à condition d'en avoir soi-même. Là dessus. je suis très songeur pour ne pas dire que j'ai même très peur. La tronçonneuse (autant le bistouri) aux mains d'incompétents peut être dévastatrice, à moins que ce ne soit tout simplement la coupe à blanc qui soit envisagée. Ma méfiance est totale.

  • André Michaud - Inscrit 6 septembre 2014 09 h 35

    La bureaucratie

    Un ménage dans la bureaucratie s'impose. Plus on est gros en santé et plus on est inefficace, et plus les citoyens attendent et attendent et attendent..

    Tous les pays sociaux démocrates européens ont amélioré leurs services de santé en privatisant plusieurs services, tout en les laissant ouvert à tous.

    Ma belle soeur en voyage a pu se faire soigner en France plus rapidement qu'ici dans une petite clinique privée couverte par la "sécu" pour les citoyens français.

    Plein d'examens pourraient être fait plus rapidement hors des hopitaux , ne gardant ceux ci que pour les opérations...il y a trop de taches à faire pour les hopitaux ce qui occasionne des délais interminables pour les citoyens..

  • François Genest - Inscrit 6 septembre 2014 11 h 03

    Chaque fusion dilue le pouvoir des citoyens

    Il y a toujours un comité des usagers par établissement. Plus on fusionne, moins il y a d'espaces démocratiques pour défendre les droits des usagers. Et plus ce travail bénévole de représentation devient compliqué.