Santé Canada interdit la citronnelle

À partir du 31 décembre, tous devront se rabattre sur les produits à base de DEET pour éloigner les moustiques.
Photo: Julie Tinker Getty Images À partir du 31 décembre, tous devront se rabattre sur les produits à base de DEET pour éloigner les moustiques.

Après dix ans d’incertitude et de sursis, la petite industrie du chasse-moustiques à base de citronnelle a perdu son combat face à Santé Canada : les dernières bouteilles d’insectifuge devront être retirées des rayons d’ici la fin de l’année, point final. Une décision dénoncée par le NPD à Ottawa.

 

« On se demande pourquoi Santé Canada fait fi des recommandations des scientifiques et interdit la vente d’un produit naturel », a indiqué mardi par communiqué Libby Davies, porte-parole en santé du Nouveau Parti démocratique. « Santé Canada devrait réexaminer sa décision. »

 

Celle-ci date de 2007, mais prendra complètement effet à la fin de l’année. Dans la foulée d’une réévaluation entamée en 2004 par l’Agence de réglementation de la lutte antiparasitaire (ARLA), l’organisme fédéral avait demandé aux fabricants de fournir des études prouvant la non-dangerosité de leur produit. C’était là une condition sine qua non au maintien de leur indispensable homologation.

 

Mais ces études coûtent cher à produire — trop pour la taille modeste des entreprises impliquées, plaide-t-on chez les deux compagnies québécoises qui produisaient un chasse-moustiques contenant de la citronnelle, Héloïse et Druide. Au final, personne à travers le pays n’a été en mesure de fournir les documents demandés, a indiqué Santé Canada au Devoir mardi.

 

Druide détenait la dernière homologation encore en vigueur : celle-ci vient à échéance le 31 décembre. À partir de cette date, les randonneurs, pêcheurs et autres jardiniers devront essentiellement se rabattre sur les produits à base de DEET pour éloigner les moustiques. Une solution qui « inquiète bon nombre de citoyens », pense la députée Libby Davies.

 

«Aucun risque»

 

Pourtant, jamais l’utilisation de la citronnelle dans les chasse-moustiques n’a causé le moindre incident, font valoir les défenseurs du produit. Sur son site Internet, Santé Canada reconnaît d’ailleurs n’avoir « détecté aucun risque pour la santé ». Mais pour les produits de la catégorie « insectifuge », l’agence exige des données sur l’innocuité — notamment des tests sur cinq générations d’animaux. En l’absence de problème, il faut tout de même prouver qu’il n’y a pas de problème.

 

En 2006, un comité de cinq experts mandaté par Santé Canada avait conclu que la citronnelle n’était pas dangereuse. Les spécialistes rappelaient dans ce rapport que la plante asiatique est utilisée depuis longtemps comme chasse-moustiques (la première homologation en Amérique date de 1943) et qu’il n’existe aucune preuve permettant de croire qu’elle puisse être dangereuse pour l’homme.

 

Selon le comité, le seul point controversé autour de la citronnelle concernait la présence d’un possible agent cancérigène dans l’huile essentielle, le méthyleugénol. Mais le président de Druide, Alain Renaud, soutient que l’essence de citronnelle qu’il utilise ne contient pas de méthyleugénol, et que Santé Canada n’a pas pris cette nuance en considération.

 

Méthodes

 

Le dossier soulève des questions à propos des méthodes d’homologation de Santé Canada. Le NPD estime que « si les faits démontrent qu’un produit spécifique pose problème, alors il importera de veiller à ce qu’il ne se retrouve plus sur les tablettes des magasins ». Mais le chemin inverse — retirer un produit sans problème, mais dont l’innocuité est mal étudiée — n’est pas la voie à suivre, dit-on.

 

Un des scientifiques ayant siégé au sein du comité d’experts en 2006 indiquait cette fin de semaine à la CBC qu’il ne « comprenait pas les raisons justifiant l’exclusion » des chasse-moustiques à base de citronnelle. Sam Kacew affirme que les doutes qu’entretient Santé Canada à l’égard de la citronnelle sont basés sur de mauvaises prémisses — notamment des tests agressifs menés sur des rats.

 

Présidente des laboratoires Héloïse, Marie-Gabrielle Lamoureux estime qu’il y a un net désavantage pour les fabricants de produits à base naturelle. « Les demandes de Santé Canada sont très sévères, dit-elle. Même quand tu as l’homologation, si tu veux changer un mot sur l’étiquette, c’est compliqué et il faut payer. C’est un harcèlement sans fin. »

 

Cela alors que les joueuses de l’industrie concurrente du DEET (un produit conçu comme dissolvant à plastique) sont toutes de grandes entreprises possédant les ressources pour répondre aux exigences de Santé Canada, dénonce Mme Lamoureux. Alain Renaud formule essentiellement les mêmes critiques.

 

À Santé Canada, on rétorque que « la loi s’applique de la même façon pour tout le monde ».

 

La restriction imposée ne concerne que les chasse-moustiques : les autres produits contenant de la citronnelle ne sont pas visés.

47 commentaires
  • Pierre-Alain Cotnoir - Abonné 3 septembre 2014 01 h 12

    Pays de morons

    Le meilleur remède, en sortir! Vite un harpertifuge!

    • André Bastien - Abonné 3 septembre 2014 07 h 45

      Pendant ce temps, on permet à une pétrolière de forer dans la pouponnière des bélugas même si l'entreprise, qui en a les moyens financiers, n'a pas fourni d'étude environnementale.

      Deux poids, deux mesures. Vive le beau pays de Harper et des pétrolières.

      Une tartine au bitume avec ça?

    • Jean-Christophe Leblond - Inscrit 4 septembre 2014 09 h 27

      C'Est sûr. Et il y a six mois, lorsque le PQ était au pouvoir et montrait tout autant d'empressement à développer les hydrocarbures et approuver les projets de pipelines, il y a plein de gens qui louangeaient le «réalisme» de ce gouvernement, et qui étiquetaient de pelleteux de nuages ceux qui les critiquaient. On a entendu pendant un an qu'il fallait avoir les moyens de se donner un pays, et donc qu'il fallait aller de l'avant avec les projets pétroliers.

      Ce serait bien d'être capable d'une pensée critique nourrie de conscience sociale et environnementale quel que soit le parti au pouvoir, et pas juste lorsque ce sont les Libéraux.

  • simon villeneuve - Inscrit 3 septembre 2014 02 h 51

    Assez incroyable ?

    L'environnement est bon pour la sante mais depuis que les conservateurs sont la, ils font tout pour detruire l'environnement ( pour le petrole par exemple)..

    Mais la, sans aucune preuve de danger pour la sante, ont fait tout pour abolir un produit naturel.

    Je ne comprends rien...

    • Guy Vanier - Inscrit 3 septembre 2014 11 h 01

      faut protéger les grosses corporations que ces petites entreprises attaques avec une tapette à mouches!

    • Daniel Bérubé - Abonné 3 septembre 2014 16 h 46

      @ Guy Vanier

      Chut ! Y va interdire les tapette à mouches ! ;-)

  • Benoît Landry - Abonné 3 septembre 2014 06 h 02

    Et pendant ce temps, les OGMs....

    envahissent notre vie. Sans réelles contrexpertises.....

    • Guy Vanier - Inscrit 3 septembre 2014 07 h 01

      <<<Et pendant ce temps, les OGMs....
      envahissent notre vie. Sans réelles contrexpertises.....>>>

      Que vous avez raison!
      Et avec l'approbation des gouvernements, Monsanto, avec ses 35,0000 produits chimiques, est en train de prendre le contrôle des semences mondiales sans que nous puissions nous protéger. Ils ne veulent même pas exiger que les OGMs soient étiquetés sur ce que nous consommons....
      Ils refusent de protéger les fermiers qui veulent protéger leurs récoltes contre ces produits envahissants et dammagables pour notre santé.

      De même pour la cigarette qui est encore permise......

      harper ton jupon dépasse encore et encore.....
      Dehors harper !

      Pas tanné de mourir bandes de cav.........

    • Rémi-Bernard St-Pierre - Abonné 3 septembre 2014 17 h 13

      Moi aussi je ne comprend pas.

      Sur le OGM, il n'y a jamais eu de réel danger de prouvé. Mais je n'ai jamais entendu parlé de recherche très sérieuses, d'études précises qui déclarent qu'ils sont réélement sans danger. D'ailleurs, est-ce que ça se peut, prouver ça sur n'importe quel produit?

      Bien sur ce n'est pas Monsento qui a manqué d'argent pour faire de telles études, encore faut-il apprendre que c'est eux qui fournissent la preuve. Mais comment ce fait-il que la recherche fondamentale passe mieux qu'un produit naturel?!?

      Il faudrait peut-être peut-être en parler à Maxim Bernier: que disait-il hier, si ce n'est avant hier? :

      (Je paraphrase)
      Si nous ne sommes pas d'accord avec les jugements des tribunaux, on a qu'à changer les loi, le législatif, c'est nous!

  • Patricia Beloin - Abonnée 3 septembre 2014 06 h 46

    C'est tué un maringouin avec un canon. Le vrai danger c'est dans le manque de jugement et les "gros" plein d'argent qui veulent en faire toujours plus. Honteux!

  • Richard Bérubé - Inscrit 3 septembre 2014 07 h 08

    Et qui est derrière tout ça?

    Ces produits naturels devaient déranger quelques industries à quelque part. Au plus fort la poche...rien ne change...

    • Gilles Goulet - Inscrit 3 septembre 2014 08 h 47

      Vous ne pourriez dire mieux.

    • Jean-Yves Arès - Abonné 3 septembre 2014 10 h 22

      Ou simplement la mécanique bureaucratique dans toute sa splendeur.

      Le règlement dits que: " x y ", vous devez suivre a la lettre ce règlement et d'aucune façon faire appel a votre jugement.

    • Robert Breton - Inscrit 3 septembre 2014 17 h 45

      @ J-Y Arès:

      c'est grâce au règlement «x y», ie une rigueur scientifique, qui sauve des vies.
      De plus, Druide stipule que c'est au Créateur ou au gouvernement de faire les tests. Alors pourquoi pas pour toutes les autres compagnies?

    • Carmen Labelle - Abonnée 4 septembre 2014 22 h 51

      règlement xy qui sauve des vies Monsieur Breton? Si ces règlements xy visent à sauver des vies, l'application àà deux vitesses laisser filer entre les mailles les produits les plus dangeureux . Une véritable intégrité aurait interdit le Viox bien avant qu'il y ait autant de morts....on aurait interdit la thalidomide dès les premiers soupçons du lien entre ce medicament et les bébés sans bras ou jambes. Et tant d'autres exemples. Les scientifiques de Santé Canada ne subiraient pas de pression d'en haut pour faire homologuer des substances bannies ailleurs , comme la tylosine et l'hormone de croissance bovine, dénonçées par des scientiqes de Santé Canada ( dont Dr Shiv Chopra ), ce qui leur a valu d'être congédiés, même si ces faits ont été prouvés en cour. À lire: Shiv Chopra, Corrupt to the Core: Memoirs of a Health Canada Whistleblower, 2009, KOS Publishing. ISBN 978-0-9731945-7-9
      (fr) Shiv Chopra, Corrompus jusqu'à la moelle, 2009, Mieux-être, ISBN 978-2922969245 (trad. en français du précédent)