Les cas de VIH se multiplient chez les jeunes gais

Jean-Pierre Routy, spécialiste du sida du Centre universitaire de santé McGill (CUSM), sonne l’alarme : une vingtaine de jeunes hommes homosexuels de moins de 25 ans ont reçu un diagnostic de VIH en moins d’un an dans son département. C’est trois fois plus de cas que les années précédentes.

 

De quoi inquiéter, d’autant plus qu’une certaine banalisation de la maladie donne aux jeunes la fausse impression qu’ils sont à l’abri du VIH. « À l’époque, c’était catastrophique d’apprendre à quelqu’un qu’il avait le VIH, mais ce qui est surprenant maintenant, c’est que les jeunes sont peu surpris d’apprendre qu’ils sont infectés », note d’emblée le Dr Routy qui, en 20 ans de pratique, ne voyait que quelques cas par année de jeunes hommes de moins de 25 ans atteints du VIH. Jusqu’à tout récemment, la moyenne d’âge des infections chez les hommes gais était de 39 ans à Montréal.

 

Même si les jeunes connaissent généralement les moyens de protection, le Dr Routy remarque que la nouvelle génération se croit à tort invincible. Il faut dire que les moins de 25 ans n’ont pas connu les grandes campagnes contre le sida des années 1980 et 1990, ni été marqués par des film s comme Philadelphia, de Jonathan Demme, en 1993. Avec la trithérapie, ils ont l’impression que cette maladie se traite désormais facilement.

 

L’utilisation d’applications pour téléphones intelligents comme GrindR ou Badoo, qui permettent de trouver des partenaires en tout temps, lui apparaît aussi en partie responsable de la hausse. « Ça augmente les probabilités de rencontres et, par le fait même, de s’infecter », constate le Dr Routy. « Mais comme la transmission du VIH est relativement faible, ils peuvent s’y exposer une dizaine de fois sans rien avoir et le danger, c’est qu’il y a une sorte de confiance qui s’installe » déplore-t-il en rappelant que les risques de contracter le VIH sont de 1 sur sur 300 lors d’une relation hétérosexuelle et de 1 sur 100 lors d’un rapport homosexuel.

 

Les jeunes boudent les condoms

 

Les jeunes de moins de 25 ans adoptent des comportements à risque le plus fréquemment dans deux type de situations. « Ce qu’on entend surtout, c’est que, lors d’une soirée bien arrosée ou lors d’une fête où il y a eu beaucoup de drogues récréatives, les jeunes sont tentés de moins se protéger, ils subissent parfois une pression de leurs pairs, et veulent faire comme les plus vieux. Il y a aussi ceux qui ont l’impression qu’ils ne valent rien et qui se disent que ce n’est pas grave s’ils s’infectent », déplore-t-il.

 

À 32 ans, Jonathan est l’un des patients du Dr Routy qui a contracté le VIH à la mi-vingtaine. Dans son cas, c’est un ancien copain qui lui a transmis le virus, mais il reconnaît que les jeunes ont souvent des comportements à risque dans le milieu gai. « J’entendais souvent dire que les condoms, c’était pour les vieilles tapettes », lâche-t-il avec franchise. « Mais lorsque j’ai appris que j’avais le VIH, ma jeunesse a été détruite. C’est comme si j’étais devenu une bibite ambulante », poursuit-il.

 

Aujourd’hui, ce jeune homme originaire de l’Outaouais mène une vie relativement normale grâce à la trithérapie. « Je prends un médicament par jour, je vois mon médecin aux six mois, et ça va très bien », confie Jonathan.

 

Or, les traitements de VIH coûtent cher à l’État québécois. Selon le Dr Routy, la trithérapie coûte 800 $ par mois, sans compter les rendez-vous chez les médecins et les prises de sang. « Ça coûte en moyenne entre 30 000 et 40 000 $ par année pour une personne », affirme-t-il.

 

Cet expert du VIH soutient donc qu’il est urgent de limiter la propagation du VIH chez les jeunes en les incitant à se faire tester davantage pour pouvoir les traiter rapidement. « La première année d’infection, à acte sexuel égal, le risque de transmettre le virus est dix fois plus élevé », indique-t-il en suggérant aussi de relancer des campagnes de sensibilisation.

 

Le professeur de l’Université Laval et expert en sociologie de la sexualité Michel Dorais partage cet avis. « Même s’il y a eu des efforts louables, il faut recommencer avec chaque génération, parce que chaque génération est à risque », mentionne-t-il en insistant pour dire qu’il ne faut toutefois pas viser uniquement les jeunes gais.

 

Selon lui, il est incontournable de passer par les réseaux sociaux et les sites de rencontres que les jeunes utilisent. « Sur ces sites, il faudrait leur faire passer un message positif en 10 secondes du genre « c’est le fun, tu vas rencontrer quelqu’un, mais n’oublie pas de te protéger ». »

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1 commentaire
  • Louise Gagnon - Inscrite 2 septembre 2014 10 h 07

    Coûts moyens: 30 000 - 40 000 $ par année - 1 personne

    Est-ce gratuit ou doivent-ils payer un certain pourcentage de leur poche ?
    Comme les personnes âgées et malades ont à le faire ?