Une chirurgie pour le diabète?

La «chirurgie métabolique» est une forme de chirurgie bariatrique qui vise à traiter le diabète. Une des procédures consiste à inverser deux segments intestinaux.
Photo: Kristy Wigglesworth Associated Press La «chirurgie métabolique» est une forme de chirurgie bariatrique qui vise à traiter le diabète. Une des procédures consiste à inverser deux segments intestinaux.

Des personnes souffrant du diabète de type 2 peuvent, dans certains cas, abandonner médicaments et injections d’insuline à la suite d’une chirurgie que des médecins québécois espèrent pouvoir offrir ici bientôt. L’International Federation for the surgery of obesity and metabolic disorders tient son congrès annuel ces jours-ci à Montréal, et les échanges autour de cette procédure suscitent beaucoup d’intérêt chez les experts.

 

« Déjà, des patients commencent à nous contacter pour se renseigner sur ces nouvelles procédures, car ils sont désespérés », relate le Dr Michel Gagner, président du congrès et chirurgien à l’hôpital Sacré-Coeur.

 

La « chirurgie métabolique » est une forme de chirurgie bariatrique qui vise à traiter le diabète. Une des procédures consiste à inverser deux segments intestinaux. « La partie basse du petit intestin secrète des hormones qui stimulent la production d’insuline et envoient un signal de satiété », explique le Dr Gagner. Quand cette partie de l’intestin est greffée plus près de l’estomac, 70 à 80 % des diabétiques de type 2 se retrouvent en rémission, relate le chirurgien. Et ce, avant même qu’une perte de poids n’ait eu lieu, ce qui mystifiait les scientifiques lorsqu’ils ont commencé à pratiquer cette intervention pour l’obésité, et qui fait entrer en jeu l’hypothèse d’une action hormonale.

 

« L’idée est d’intervenir assez tôt dans la maladie pour éviter les complications liées au diabète », rappelle le Dr Gagner, raison pour laquelle des personnes qui ne souffrent pas d’obésité morbide pourraient aussi en bénéficier.

 

Les médecins québécois, qui côtoient cette semaine des collègues indiens, brésiliens et chinois qui ont pratiqué cette intervention sur des milliers de patients, aimeraient la rendre accessible aux diabétiques ici. « C’est la prochaine étape, dit le Dr Gagner. Des équipes de Montréal et Québec sont intéressées. Mais ça va nous prendre l’appui du ministère : nous allons écrire des lettres au ministre. »

 

Le Dr Gagner estime que cette chirurgie est une option « économique », quand on considère le fardeau que représente le diabète de type 2 en ce qui a trait aux médicaments et aux complications de santé.

 

L’accessibilité à cette chirurgie serait d’autant plus rendue difficile par les longues listes d’attente qui sont la norme pour la chirurgie bariatrique visant le traitement de l’obésité morbide. Le Dr Gagner estime que de 8000 à 10 000 patients obèses par an en auraient besoin, alors que moins de 2000 passent réellement sous le bistouri. Relativement peu de patients se tournent vers le secteur privé, dit le Dr Gagné, en raison des coûts élevés afférents.

 

Dans une revue de la littérature publiée en 2013, le Journal of the American Medical Association (JAMA) concluait qu’il faut attendre d’obtenir plus de données sur les conséquences à long terme de la chirurgie pour statuer sur son utilisation chez les personnes diabétiques qui ont un surpoids, mais qui ne souffrent pas d’obésité morbide. Selon différentes études scientifiques, plus de 80 % des patients verraient leur diabète diminuer en sévérité.

Type 1, type 2 : la différence

Alors que le diabète de type 1 est caractérisé par l’absence totale de sécrétion d’insuline et qu’il apparaît dès l’enfance, le diabète de type 2 se manifeste le plus souvent après 40 ans. Représentant environ 90 % des cas diagnostiqués, le diabète de type 2 peut être dû à une carence dans la production d’insuline par le pancréas ou à une résistance des cellules à l’insuline. Résultat : le corps n’arrive pas à métaboliser les apports alimentaires en sucre. Un demi-million de Québécois âgés de plus de 20 ans souffrent du diabète, selon le ministère de la Santé, et 16 000 en décèdent chaque année. Un adulte sur dix pourrait souffrir du diabète en 2020, selon les prévisions.
5 commentaires
  • Raymond Carles - Inscrit 28 août 2014 09 h 23

    La suffisance médicale

    Si je comprend bien, c'est notre corps qui a été mal monté. Les chirurgiens vont nous "réparer" ça… moyennant un petit supplément. L'arrogance des nouveaux sorciers à son meilleur!

    • Sylvain Auclair - Abonné 28 août 2014 11 h 32

      Vous savez, notre corps n'a aucune raison de vivre passé 40 ans. À cet âge, on devrait avoir déjà procréé et éduqué nos enfants.

      Et ça règlerait le problème des caisses de retraite...

    • Beth Brown - Inscrite 28 août 2014 22 h 41

      @ Sylvain Auclair

      Ceux qui, selon votre hypothèse, ne vivraient que pour procréer et éduquer leurs enfants sont déjà morts-vivants.

      L'expérience humaine ne se confine pas seulement à la dimension très étroite de passer ses chromosomes et mourir. C'est ce qui nous distingue des saumons...

      Mais j'entends déjà les saumons maugréer:
      "Vous avez volé l'eau des rivières. On n'a rien volé! (nous)"

  • Marie-Noël Labrecque - Inscrite 28 août 2014 20 h 11

    « L’idée est d’intervenir assez tôt dans la maladie pour éviter les complications liées au diabète »
    Est-ce vraiment d'aider les gens de les déresponsabiliser ainsi? S'il existe un traitement sans effort, pourquoi devrais-je changer mes mauvaises habitudes de vie? Le début de la maladie est un moment crucial dans la prise de conscience des mauvaises habitudes de vie et une catalyseur potentiel de changement vers de saines habitudes de vie. On devrait plutôt concentrer nos énergies sur la prévention, non?

  • Roger Simard - Abonné 29 août 2014 06 h 55

    On va écrire des lettres au ministre... Et plus loin dans l'article, on retrouve la phrase assassine " Dans une revue de la littérature publiée en 2013, le JAMA concluait qu'il faut attendre d'obtenir plus de données sur les conséquences à long terme de la chirurgie pour statuer sur son utilisation chez les personnes diabétiques...
    Donc nos chirurgiens vont prendre les Québécois pour des cobayes ?
    De toute beauté. Et je ne parlerai pas de l'oreille qu'ils auront auprès du "Ministre"